À la une
Le siège de Corinthe : 1826-2026Pour en savoir plus sur...
Se préparer aux Vêpres siciliennes – Festival d’Aix-en-Provence, 16 juillet...
Les Festivals de l’été –Accabadora à Aix : une tragédie grecque...
Se préparer au SIÈGE DE CORINTHE (1826) – Festival Rossini...
Les Festivals de l’été –Aix : L’humanité merveilleuse de la Femme...
Se préparer au War Requiem, Philharmonie de Paris, 26 novembre...
Les festivals de l’été –Les riches heures de Marianne au...
Se préparer à LE VILLI, Opéra Grand Avignon, 12-14 mars...
Se préparer à Hubička (Le Baiser), Opéra Royal de Wallonie-Liège,...
CREATINE PRICE : « Ma mission, montrer au public français qu’un ténor...
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs
Première Loge

Pour ne rien manquer de l'actualité lyrique, restons en contact !

Saison 25-26En EuropeÀ voir

Le siège de Corinthe : 1826-2026
Pour en savoir plus sur le premier chef-d’œuvre français de Rossini, dont on fête cette année le bicentenaire (4/6)

par Stéphane Lelièvre 13 juillet 2026
par Stéphane Lelièvre 13 juillet 2026
Maquette d'un costume de Pamyra par Hippolyte Lecomte - © Gallica / BnF
0 commentaires 1FacebookTwitterPinterestEmail
153

Deux siècles après Berlioz, qui ne voyait guère en Rossini qu’un « gros homme gai », le regard porté par les Français sur le compositeur de Pesaro semble avoir peu évolué. Il ne faut en tout cas évidemment pas attendre de l’Opéra de Paris qu’il commémore le bicentenaire du Siège de Corinthe ni, plus largement, qu’il offre à son public autre chose que les sempiternels Barbier de Séville, Italienne à Alger ou Cenerentola. C’est donc à Pesaro qu’il conviendra de se rendre cet été, à partir du 11 août, pour redécouvrir Le Siège de Corinthe, premier grand succès français de Rossini , créé triomphalement à Paris salle Le Peletier le 9 octobre 1826.

Afin de mieux faire connaissance avec cette œuvre encore trop rarement donnée, nous avons demandé à notre collaborateur Damien Colas Gallet, l’un des plus fins connaisseurs du répertoire rossinien, de répondre à quelques-unes de nos questions. Ses éclairages revêtent un intérêt tout particulier puisque c’est son édition critique qui sera exécutée lors des représentations du Festival de Pesaro cet été.

 Ceux qui souhaiteraient, sans plus attendre, se faire une première idée de ce chef-d’œuvre rossinien pourront également consulter le dossier que nous lui avions consacré il y a quelque temps…

La vocalité de Pamyra

Maquette d'un costume de Pamyra par Hippolyte Lecomte - © Gallica / BnF

Stéphane LELIÈVRE : Le rôle de Pamyra a été créé par Laure Cinti-Damoreau, très célèbre en son temps – au point que Balzac s’inspirera d’elle pour le personnage de la Tinti dans Massimila Doni. Mais le rôle a depuis été interprété par des chanteuses aux profils vocaux très différents, de Beverly Sills à Renata Tebaldi, en passant par Luciana Serra ou plus récemment Nino Machaidze. Cette année à Pesaro, le rôle sera tenu par Vasilisa Berzhanskaya, dont la carrière s’est d’abord développée dans le répertoire de mezzo-soprano. Comment définiriez-vous la vocalité de Pamyra ? Existe-t-il, selon vous, un type de voix idéal pour ce rôle ?

Damien COLAS GALLET  : Ah ! la petite Cinti ! Quel personnage intéressant ! Et de la petite Cinti à la grande Cinti-Damoreau, quel parcours incroyable ! À commencer par son nom. On entend à peu près toutes les prononciations : « Sineti », « Tchineti », « Sainti ». La dernière est certainement à éviter, car elle crée une confusion avec une autre famille de chanteurs, les « Moreau-Sainti », qui n’ont rien à voir avec elle. En réalité, née Montalant, elle s’appelait « Laure-Cinthie ». Le prénom Cinthie est devenu très rare en français, alors qu’il est en revanche courant en italien (Cinzia) et en anglais (Sindy, Cynthia). En entrant au Théâtre-Italien en 1816, elle italianisa son nom pour faire chic, et se fit appeler Laure « Cinti ». C’est pour cette raison je l’ai toujours appelée « Tchineti », à l’italienne. Puis elle épousa un monsieur Damoreau.

Elle commença sa carrière dans des rôles modestes au Théâtre-Italien, et se fit remarquer par l’agilité et la légèreté de sa voix. Les journalistes qui ne l’aimaient pas plaisantaient sur son « ramage ». Elle devait donc avoir, dans son émission, un côté « rossignol » qui n’était pas pour déplaire au public français. L’Opéra-Comique devait d’ailleurs répondre à cette demande par des airs avec flûte obligée, que l’on rencontre du Rossignol de Lebrun (1816) aux Contes d’Hoffmann d’Offenbach (1881). D’ailleurs, Cinti-Damoreau servit Auber à l’Opéra-Comique, dans des rôles à vocalises tels qu’Angèle du Domino noir (1837) ou Catarina des Diamants de la couronne (1841). Lors de la mise sous tutelle du Théâtre-Italien par l’Académie royale de musique (1819-1827), deux Français se distinguèrent dans les opéras italiens de Rossini : Cinti-Damoreau, et la basse Nicolas-Prosper Levasseur. Rossini devait particulièrement les apprécier, puisqu’il les fit venir, l’une et l’autre, à l’Opéra où il leur confia les premiers rôles de ses œuvres composées à Paris : Cinti-Damoreau fut la première comtesse de Folleville (Il viaggio a Reims, 1825), la première Pamyra, la première Anaï (Moïse), la première comtesse de Formoutier (Le comte Ory, 1828) et la première Mathilde (Guillaume Tell, 1829). Levasseur, quant à lui, créa les rôles de Don Alvaro (Il viaggio), le rôle-titre de Moïse, le Gouverneur (Le comte Ory) et Walther Furst (Guillaume Tell). S’il n’interpréta pas le rôle-titre de Mahomet, c’est que ce dernier était conçu pour baryton (ou basse chantante) alors que Levasseur était une basse profonde.

L'air de la Comtesse de Folleville dans Il viaggio a Reims (Lella Cuberli, dir. C. Abbado, Milan, 1985)
Le Domino noir, "Flamme vengeresse" (Sumi Jo, dir. R. Bonynge)

La voix de Cinti était-elle aussi fluette que cela ? Il y a quelques raisons d’en douter. À regarder la scène de la tempête dans Le comte Ory, ou son aria « Pour notre amour, plus d’espérance » dans Guillaume Tell, force est de constater que Rossini composa pour elle des parties où elle est accompagnée par un orchestre immense, et souvent déchaîné.

Guillaume Tell, Acte 3 : Air. "Pour notre amour plus d'espérance" (Mathilde) · Lamberto Gardelli · Montserrat Caballé

Il est vrai qu’il n’est pas forcément nécessaire qu’une voix soit puissante pour passer le « mur » de l’orchestre, et qu’il faut surtout que son formant dans la zone sensible de l’oreille soit bien défini – comme nous l’enseignait Michèle Castellengo dans son extraordinaire cours d’acoustique musicale au Conservatoire ; il n’empêche qu’un minimum de force est requis et que Cinti n’avait sans doute pas une « voix de moustique », comme les mauvaises langues la qualifient. Ces critiques négatives, surtout au début de sa carrière, peuvent sans doute s’expliquer par le fait que Cinti était alors dans l’ombre de deux illustres chanteuses. Caroline Branchu, à l’Opéra, qui triomphait dans les rôles de Spontini, devait selon toute vraisemblance être un véritable « canon à décibels ». L’expression de urlo francese avait été forgée par les Italiens pour dénigrer cette approche déclamatoire du chant, qui consiste à séparer, parfois exagérément, les syllabes, au détriment de toute ligne de chant. Cette technique, encore employée par certains chanteurs wagnériens – mais heureusement pas tous – était aux antipodes de la ligne mélodique primordiale sur laquelle reposait l’art du chant italien.

 Du côté du Théâtre-Italien, Cinti commença sa carrière à l’ombre de Giuditta Pasta, une figure mythique du chant italien, que l’on associe de nos jours au nom de Bellini, mais qui servit Rossini auparavant. Elle était considérée comme aussi bonne tragédienne que chanteuse, et le grand acteur Talma de la Comédie-Française venait la voir et l’admirer au Théâtre-Italien.

 De ces informations contradictoires, de ce contexte artistique, que peut-on retenir ? En tout vraisemblance que Cinti avait une voix claire, pas forcément légère, et extraordinairement flexible. Elle devait avoir une certaine puissance, comme en témoignent les rôles écrits pour elle par Rossini, sans être une voix lourde. Sa technique vocale impeccable pendant une carrière de trente ans explique sans doute pourquoi elle fut nommée professeur de chant au Conservatoire de Paris en 1833.

Elle publia une Méthode de chant en 1849 dans laquelle on trouve de nombreux traits et cadences des rôles de son répertoire. Ces exercices de virtuosité sont, en réalité, un peu plus travaillés et difficiles que ce qu’elle faisait vraiment sur scène, comme en témoigne la comparaison avec les partitions qu’elle utilisait à l’Opéra. Il n’empêche qu’elle fut l’un des maillons essentiels dans la transmission de l’art du chant à l’italienne au XIXe siècle, à une époque où l’écriture ornée et virtuose tendait à passer de mode et n’était guère plus représentée que dans les genres de l’opéra-comique et de l’opérette.

Quelle serait aujourd’hui la chanteuse idéale pour reprendre le flambeau de son répertoire ? De nombreux directeurs de casting confient ces rôles à des sopranos légers, ce qui fonctionne bien, dans certains cas, mais pas du tout dans d’autres. Avoir un timbre clair et avoir des suraigus ne sont pas la même chose. Il se trouve que, depuis plusieurs décennies, les voix sombres sont à la mode dans le circuit international, tant et si bien que certaines écoles de chant – dont on taira le nom – enseignent aux jeunes chanteurs à sombrer la voix, souvent artificiellement, ce qui les vieillit, quand cela ne les détruit pas tout prématurément. Je suis frappé par ces sopranos de moins de trente ans qui sonnent comme des grands-mères. Lorsqu’on écoute les enregistrements du grand répertoire par des chanteuses de la première moitié du XXe siècle, ou même de l’immédiat après-guerre, on est frappé par l’abondance de voix claires là où nous sommes habitués aujourd’hui à des voix sombres et lourdes. La mode a changé. Je crois qu’il est grand temps de redonner leurs chances aux mezzos et sopranos au timbre clair, et les conforter dans la conviction qu’il s’agit pour elles d’un atout, non pas d’une faiblesse. C’est avec ce type de voix qu’on se rapprocherait sans doute le plus de ce que pouvait être l’émission de Cinti-Damoreau.

L'assedio di Corinto, "Giusto cielo" - B. Sills, 1969 (live, dir. T. Schippers))

Enfin, et surtout, il faut impérativement une interprète qui prononce correctement le français. Et, dans ce registre, on assiste, ces dernières années, au meilleur comme au pire. Comment se fait-il que certains professeurs de chant accordent une importance fondamentale à une prononciation compréhensible du texte, tandis que d’autres semblent ne se préoccuper que de suraigu et de puissance ? Tout auditeur ne s’attend pas à comprendre le texte à la perfection. Soyons raisonnables : il y a bien sûr les passages en diminution, où le texte est déchiqueté, les passages dans l’aigu, où la sonorité des voyelles est forcément altérée. S’accrocher au mot serait vain dans de tels passages. On accepte alors tout à fait de ne pas tout comprendre. Mais le plus gênant, voire l’insupportable, est quand on reconnaît soudain un mot français complètement estropié par une diction amateuriste : des voyelles nasales non maîtrisées, des « eu » qui ne ressemblent à rien. Comment se fait-il que des chanteurs comme Patrizia Ciofi, Anna Caterina Antonacci, Juan-Diego Florez, Michele Pertusi prononcent le français à merveille, quand d’autres le massacrent ? C’est une question de travail et de conscience professionnelle. Prenons exemple sur l’école américaine : les élèves passent de longues années à étudier la diction en utilisant l’alphabet phonétique international. Et forcément, les résultats sont là.

Enfin, pour rester dans le domaine de la prononciation, la chanteuse idéale pour ce répertoire serait celle qui peut ne pas rouler les r, ou les rouler le moins possible. Natalie Dessay et Annick Massis savent le faire à merveille, et il est impressionnant de constater comme une prononciation proche du français parlé facilite la compréhension de l’auditeur. Le r roulé en français, c’est maniéré, vieillot, et surtout très moche. Il y a sur ce sujet deux écoles qui s’opposent farouchement : les archéologues et les linguistes. À chacun de choisir ses références. Pour moi, l’avenir est clair : il appartient au « r » des langues naturelles, ce qui signifie que tout le répertoire français, allemand et anglais est à réapprendre, ré-interpréter et réenregistrer. Une aubaine pour les chanteurs à venir !

Guillaume Tell, "Oui, vous l'arrachez à mon âme" (M. Spyres, A. Massis)

À consulter également :

  • Le siège de Corinthe : 1826-2026 (1/6)
    De Maometto II au Siège de Corinthe (I)
  • Le siège de Corinthe : 1826-2026 (2/6)
    De Maometto II au Siège de Corinthe (II)
  • Le siège de Corinthe : 1826-2026 (3/6)
    Une oeuvre fondatrice
  • Le siège de Corinthe : 1826-2026 (5/6)
    L’édition critique
  • Le siège de Corinthe : 1826-2026 (6/6)
    Pesaro

Damien Colas Gallet collabore régulièrement avec Première loge, Classica, et a publié plusieurs commentaires d’écoute pour l’Avant-Scène Opéra. Normalien, agrégé de musique, il est directeur de recherche au CNRS (IReMus). Ses travaux portent sur l’activité des compositeurs italiens à Paris, de Cherubini à Verdi. On lui doit les récentes éditions critiques du Comte Ory et du Siège de Corinthe de Rossini. Il travaille actuellement à la première édition critique de la version française de Don Carlos de Verdi et celle de Zaira de Bellini. En plus d’une intense activité de médiation culturelle et scientifique, il a travaillé en qualité de musicologue-conseil auprès de nombreux chanteurs et musiciens d’orchestre.

image_printImprimer
Le Siège de Corinthe
0 commentaires 1 FacebookTwitterPinterestEmail
Stéphane Lelièvre

Stéphane Lelièvre est maître de conférences en littérature comparée, responsable de l’équipe « Littérature et Musique » du Centre de Recherche en Littérature Comparée de la Faculté des Lettres de Sorbonne-Université. Il a publié plusieurs ouvrages et articles dans des revues comparatistes ou musicologiques et collabore fréquemment avec divers opéras pour la rédaction de programmes de salle (Opéra national de Paris, Opéra-Comique, Opéra national du Rhin,...) Il est co-fondateur et rédacteur en chef de Première Loge.

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Sauvegarder mes informations pour la prochaine fois.

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

post précédent
Se préparer aux Vêpres siciliennes –
Festival d’Aix-en-Provence, 16 juillet 2026

Vous allez aussi aimer...

OPERAFEST 2026 – CENTENAIRE DE TURANDOT & VARIATIONS ENIGMATIQUES À LISBONNE

1 juillet 2026

L’Opéra de Rome confirme son statut avec une...

1 juillet 2026

Découvrez la saison 2027 du Teatro San Carlo...

30 juin 2026

Saison 2027 du Teatro Comunale de Bologne :...

29 juin 2026

Le siège de Corinthe : 1826-2026 Pour en savoir...

29 juin 2026

Maggio Musicale Fiorentino – et 89e Festival del...

22 juin 2026

Maggio Musicale Fiorentino: la ricca Stagione 2027, compreso...

22 juin 2026

Le siège de Corinthe : 1826-2026Pour en savoir plus...

21 juin 2026

Riche saison 26-27 à l’Opéra de Tours

20 juin 2026

Saison 26-27 de l’OPERA DE RENNES : rencontrons-nous !

18 juin 2026

Humeurs

  • La colline verte n’a pas fini de rougir —
    L’affaire Friedman et les fantômes de Bayreuth : le festival Wagner bute sur son passé antisémite

    26 juin 2026

En bref

  • Les brèves de juillet –

    8 juillet 2026
  • Il aurait 100 ans aujourd’hui : HANS WERNER HENZE

    1 juillet 2026

La vidéo du mois

Édito

  • Édito de juillet – août : bonnes vacances lyriques !

    1 juillet 2026

Suivez-nous…

Suivez-nous…

Commentaires récents

  • Claudie Cattelain dans Les Festivals de L’été –
    Requiem de Mozart à Aix : la mémoire au cœur du cercle
  • Teulon Lardic sabine dans LETTRE OUVERTE À MICHEL GUERRIN, RÉDACTEUR EN CHEF AU MONDE
    Ni échec ni mat, l’opéra exalte et humanise tout public
  • MICHEL GALLE dans Opéra Bastille, La traviata toujours : Pretty Yende retrouve la production de ses débuts dans le rôle de Violetta
  • Morel dans LETTRE OUVERTE À MICHEL GUERRIN, RÉDACTEUR EN CHEF AU MONDE
    Ni échec ni mat, l’opéra exalte et humanise tout public
  • Fabrice del Dongo dans ADDIO DEL PASSATO, LOL

Première loge

Facebook Twitter Linkedin Youtube Email Soundcloud

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Login/Register

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Rechercher

Archives

  • Facebook
  • Twitter
  • Youtube
  • Email
Première Loge
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs

A découvrirx

OPERAFEST 2026 – CENTENAIRE DE TURANDOT &...

1 juillet 2026

L’Opéra de Rome confirme son statut...

1 juillet 2026

Découvrez la saison 2027 du Teatro...

30 juin 2026