Le monde de l’opéra italien est en deuil. Antonino Fogliani est mort à l’âge de 50 ans. Chef d’orchestre de grand talent, musicien exigeant et très apprécié de ses collègues comme du public, il laisse le souvenir d’un artiste dont la carrière, déjà riche, semblait promise à de nouveaux et brillants développements.
La nouvelle de sa disparition est d’autant plus douloureuse qu’Antonino Fogliani devait encore être cet été au Festival Puccini de Torre del Lago, où il était attendu pour diriger deux productions : Madama Butterfly et La bohème. Il avait assuré les répétitions de Madama Butterfly, mais son état de santé ne lui avait pas permis d’assister à la première, le 22 août. Leonardo Sini avait alors pris sa place au pupitre, Fogliani étant déclaré « dans l’impossibilité de diriger la représentation ». Quelques jours plus tard, le 28 août, Sini devait également le remplacer dans La bohème.
Cette dernière apparition manquée à Torre del Lago donne à la disparition d’Antonino Fogliani une résonance toute particulière. Il avait travaillé jusqu’au bout, avec cette énergie et cette exigence qui caractérisaient son approche de la musique. La veille encore, ou presque, son nom figurait sur les affiches d’un festival auquel il était particulièrement attaché.
Une solide formation et une carrière internationale
Né à Messine le 29 juin 1976, Antonino Fogliani avait reçu une formation musicale particulièrement complète. Après des études de composition au Conservatoire « G. B. Martini » de Bologne auprès de Francesco Carluccio, il avait obtenu son diplôme de direction d’orchestre au Conservatoire « G. Verdi » de Milan, où il avait travaillé avec Vittorio Parisi, qui demeurera son professeur et son mentor.
Il avait ensuite poursuivi ses études à l’Université de Bologne avant de se perfectionner à l’Académie musicale Chigiana de Sienne. Il y avait travaillé la direction d’orchestre avec Gianluigi Gelmetti et approfondi la composition auprès de Franco Donatoni et d’Ennio Morricone.
Cette double formation de compositeur et de chef contribuait sans doute à la richesse de son approche musicale. Chez Fogliani, la direction n’était jamais seulement affaire de technique : elle témoignait d’une véritable réflexion sur la partition et d’une attention constante au rapport entre musique et théâtre.
Un musicien apprécié pour son écoute et sa générosité
Au-delà de ses qualités musicales, ceux qui l’ont côtoyé soulignent son humanité, sa disponibilité et son profond respect pour les chanteurs. Dans la fosse comme au cours des répétitions, Antonino Fogliani était de ces chefs qui savent accompagner les artistes sans jamais perdre de vue les exigences de la partition.
Le message publié par la Fondation du Teatro Massimo de Palerme résume avec justesse cette personnalité artistique : elle évoque un « directeur d’orchestre de profonde compétence musicale », qui avait consacré sa vie à la musique « avec passion, sensibilité et générosité ».
Et comment ne pas être touché par les paroles de Vittorio Parisi, son ancien professeur, qui a annoncé sa mort avec une simplicité bouleversante ?
« Mon ancien élève Antonino Fogliani est mort ce matin après une longue maladie. Il avait seulement 50 ans et était un chef d’orchestre célèbre et exceptionnellement talentueux. Il a dirigé avec une force incroyable jusqu’à il y a quelques jours. Je ne me sens pas capable d’ajouter autre chose. »
Ces quelques mots disent beaucoup : le talent, bien sûr, mais aussi le courage avec lequel Fogliani aura continué à exercer son métier malgré la maladie.
Une saison 2026-2027 qui s’annonçait exceptionnelle
Quelques semaines seulement avant sa disparition, Antonino Fogliani avait célébré ses 50 ans entouré des siens, à Cadempino, en Suisse, où il résidait avec son épouse Angelica et leur fils Lorenzo.
Dans un message publié à cette occasion sur les réseaux sociaux, il remerciait ceux qui étaient venus partager ce moment avec lui et évoquait avec émotion le concert préparé par son fils et son épouse. « Entre émotion et joies intenses, j’ai touché du doigt le bonheur grâce à vous tous », écrivait-il alors. « Je vous aime. »
Il est difficile, aujourd’hui, de ne pas relire ces mots avec émotion.
Antonino Fogliani disparaît évidemment beaucoup trop tôt : à 50 ans, alors que son activité artistique ne cessait de se développer, alors qu’il était toujours sollicité par les grandes scènes et les festivals lyriques, il laisse une carrière interrompue en pleine maturité. L’agenda d’Antonino Fogliani pour la saison lyrique 2026-2027 dit mieux que tout autre chose la place qu’il avait désormais acquise dans le paysage lyrique international. Il devait notamment diriger Tosca à Berlin, La Cenerentola, Lucrezia Borgia et Marie Stuart à Munich, Madama Butterfly, La Flûte enchantée à Düsseldorf, L’esule di Roma à Bergame, La fanciulla del west à Genève… Autant de projets, désormais orphelins de leur chef, qui témoignent de la reconnaissance dont bénéficiait Antonino Fogliani et de la place qu’il avait conquise, avec talent et travail, parmi les chefs de sa génération.
Il restera, pour ceux qui ont eu le bonheur de l’écouter, le souvenir d’un chef engagé, précis, musical et généreux. Et, pour les lecteurs de Première Loge, celui d’un artiste dont nous avons eu à plusieurs reprises l’occasion de vanter les mérites (nous avions notamment vivement apprécié son Ermione à Bad-Wildbad en juillet 2022, son Nabucco et sa Fedora à Genève en juin 2023 et décembre 2024, sa Butterfly à Torre del Lago en août 2025, sa Cenerentola à Turin en janvier 2026, …) – et que nous aurions aimé retrouver encore longtemps dans les fosses des théâtres et des festivals…
À sa familles, ses amis, ses collègues, Première Loge adresse ses condoléances les plus sincères.

