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Charmant double ravélien à Liège

par Frédéric Meyer 31 octobre 2026
par Frédéric Meyer 31 octobre 2026

© J. Berger ORW Liège

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L’Heure espagnole, L’Enfant et les sortilèges, Opéra de Liège, jeudi 29 octobre 2026

L’Opéra Royal de Wallonie-Liège propose le diptyque L’Heure espagnole / L’Enfant et les sortilèges, dans la célèbre mise en scène de Jean-Louis Grinda, avec une distribution belge pour l’essentiel.

Première œuvre lyrique de Ravel, L’Heure espagnole fut créée en 1911. Elle est sous-titrée par le compositeur en tant que comédie musicale. Ce vaudeville hilarant en un acte et 21 scènes met en scène le trio classique mari, amant, maîtresse avec comme élément centrale deux horloges servant de refuge aux amants. L’action est magnifiée par la magique et envoûtante musique de Ravel, véritable orfèvre en la matière. Écrite entre 1907 et 1908, elle ne fut créée qu’en 1911 à l’Opéra-Comique, en raison du sujet sulfureux décrivant le caractère adultère du personnage. Après le scandale suscité par le livret, l’œuvre fut créée en 1921 au théâtre de la Monnaie, avant d’être donnée, la même année, au Palais Garnier. Retour aux sources donc, pour cette belle soirée liégeoise, avec une production qui vient de Monte Carlo (applaudie en 2023 à Avignon).

Le décor unique, signé Rudy Sabounghi, donne l’impression d’un univers de bande dessinée, avec ces horloges peintes à la main. Les éclairages (Laurent Castaingt) sont particulièrement agréables, générant de fort belles teintes pastel.

La soprano Anne-Catherine Gillet est extraordinaire dans le rôle de Concepción. Personnage central, elle manipule à souhait tous ses amants, tout en affichant le plus profond mépris pour son mari. Il n’y a à aucun moment d’amour dans cet opéra. La projection de la voix est claire et puissante. On est complètement sous le charme de ce personnage, incarné par une interprète qui s’investit pleinement.

Torquemada est ici chanté par le ténor français Vincent Ordonneau. C’est un petit rôle : il n’apparaît qu’au début et à la fin de l’oeuvre. Il est parfaitement à l’aise aussi bien vocalement que dans son jeu de scène.

Pierre Derhet est quant à lui un truculent Gonzalve ; le timbre est superbe et la prononciation précise. Ses interventions des plus inspirées tombent juste tout au long de la soirée.

Ramiro est brillamment campé par Ivan Thirion, baryton dont la voix est des plus agréables. Il incarne parfaitement le rôle du muletier passant tranquillement d’un personnage un peu benêt à un caïd sûr de lui. 

Enfin c’est Patrick Bolleire qui chante Don ĺñigo de Gómez , parfait quand il se lance dans ses tirades poétiques.

Changement d’ambiance après l’entracte avec L’enfant et les sortilèges dont nous avons célébré l’an dernier le centenaire.  Le couplage des deux œuvres est étonnant tellement elles sont différentes !

Assez peu joué, L’enfant et les sortilèges est une charmante fable féerique narrant les aventures d’un enfant turbulent, contre qui objets et animaux victimes de sa méchanceté vont se retourner. Tout finira évidemment bien.

C’est d’abord une orchestration révolutionnaire qui témoigne du génie de Ravel arrivant à concentrer en 45 minutes des lignes mélodiques mêlant thèmes orientaux, jazz, valse, fox -trot et ragtime. De plus, des instruments inédits sont employés tels que crécelle, râpe à fromage, éoliphone (machine à vent), fouet ; le tout sur un livret mélangeant français, chinois imaginaire et franglais surréaliste.

Le décor choisi est cette fois-ci celui d’une sinistre et triste demeure victorienne à la Edgar Poe. Dans une quasi pénombre mise en valeur par les éclairages superbement maîtrisés de Laurent Castaingt, elle est peuplée de serviteurs et soubrettes tout droit sortis de Downtown Abbey et qui endosseront tour à tour les rôles des objets et animaux chargés de se retourner contre l’enfant capricieux. Les vidéos du photographe et réalisateur Julien Soulier n’apportent pas grand chose et sont plutôt superfétatoires, voire dérangeantes. On a du mal à comprendre pourquoi le metteur en scène a renoncé à tous ces objets qui chantent, pourtant base de l’histoire et remplacés en partie par les chanteurs maniant ou non lesdits objets. Le “chœur de l’arithmétique” avec une masse d’enfants vêtus de blanc et coiffés d’un bonnet d’âne agace plutôt qu’il ne fait sourire. 

La plupart des chanteurs tiennent plusieurs rôles très différents les uns des autres.

La soprano Aya Wakizono tient le rôle de l’enfant. C’est la déception de la soirée : son jeu de scène et ses nombreuses mimiques à répétition, entre colère et sourires malvenus, souvent en décalage avec le livret, ne convainquent malheureusement pas. La voix, au vibrato souvent trop prononcé, est par moments mal placée et manque de puissance, mais surtout la prononciation du français est souvent hasardeuse.

De cette galerie de personnages, on en retiendra notamment celui, volage et superficiel, de la Mère, très bien chantée par Lotte Verstaen. Pierre Doyen est un très bon Chat, mais son Horloge est un peu en-deçà…. LoÏc  Félix est quant à lui parfait dans les trois rôles du Professeur, de la Grenouille et de la Théière.

Julie Mossay se distingue particulièrement dans les personnages de la Pastourelle et de la Chauve-souris. Marlène Assayag est pleine de puissance dans ses trois rôles du Rossignol, de la Princesse et du Feu.

Tous les autres rôles sont des plus honorables.

La mise en scène est assurée par Jean-Louis Grinda. On ne peut guère faire de gros reproches au spectacle, si ce n’est qu’à force de vouloir faire montre d’inventivité scénique, parfois c’est l’œuvre qui peut perdre de sa substance. 

Reste le grand triomphateur de cette soirée. Tout au long de ces deux opéras, l’orchestre et les  choeurs de l’Opéra Royal de Wallonie – Liège, sont placés sous la baguette du chef français Jean-Yves Ossonce. Ravel est visiblement un compositeur dans lequel il excelle ; chacun des pupitres n’appelle que des éloges. Avoir caché le chœur de l’ORW est en revanche complètement incompréhensible, mais ce n’est sans doute pas le chef qui en est responsable…

Même si cette soirée reste des plus agréables, il a manqué le petit plus qui en aurait fait un total succès. Accueil mitigé et applaudissements polis d’un public liégeois qu’on a connu plus enthousiaste.

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Les artistes

L’Heure espagnole
Torquemada : Vincent Ordonneau 
Concepción : Anne-Catherine Gillet
Gonzalve : Pierre Derhet 
Ramiro : Ivan Thirion
Don ĺñigo de Gómez : Patrick Bolleire                

L’Enfant et les sortilèges
La Bergère Louis XV, La Chouette : Anne-Catherine Gillet
Le Fauteuil, L’Arbre : Patrick Bolleire
L’Enfant : Aya Wakizono
La Mère : Lotte Verstaen
La Tasse chinoise, Le Pâtre, La Libellule : Marie Kalinine
Le Feu, La Princesse, Le Rossignol : Marlène Assayag
Le petit Vieillard, La Rainette, La Théière : Loïc Félix 
L’Horloge comtoise, Le Chat : Pierre Doyen
La Pastourelle, La Chauve-souris : Julie Mossay 
La Chatte, L’Écureuil : Aurore Daubrun

Orchestre et chœurs de l’Opéra Royal de Wallonie, dir. Jean-Yves Ossonce
Mise en scène : Jean-Louis Grinda
Décors et costumes : Rudy Sabounghi
Lumières : Laurent Castaingt
Chorégraphie : Eugénie Andrin
Vidéo : Julien Soulier

Le programme

L’Heure espagnole
Opéra en un acte pour cinq voix solistes avec orchestre de Maurice Ravel, livret de Franc-Nohain, créé le 19 mai 1911 à l’Opéra-Comique de Paris.

L’Enfant et les Sortilèges
Fantaisie lyrique en deux parties de Maurice Ravel, livret de Colette, créée le 21 mars 1925 à l’Opéra de Monte-Carlo.

Opéra Royal de Wallonie Liège, représentation du jeudi 29 octobre 2026.

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Anne-Catherine GilletJean-Yves OssonceJean-Louis GrindaPatrick BolleireVincent Ordonneau
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Frédéric Meyer

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