À la une
Les brèves de février –
Les opéras du monde –Sydney, un opéra toutes voiles dehors !
Se préparer à Benvenuto Cellini, Monnaie de Bruxelles, 28 janvier...
La Clémence de Titus à Nice, une sacrée salade
8ᵉ Concours Voix des Outre-mer : le talent et l’enthousiasme en...
Sur la scène de l’Opéra de Nancy, les Carmélites de...
Parme, Orfeo ed Euridice – Humain, trop humain : un...
Le Vaisseau fantôme à Rouen : de l’errance à la chaîne...
Philharmonie : Le Paradis et la Péri par Philippe Jordan
Sabine Devieilhe et Mathieu Pordoy à Bordeaux, un hymne aux...
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs
Première Loge

Pour ne rien manquer de l'actualité lyrique, restons en contact !

ProductionCompte renduVu pour vous

À l’Opéra Montpellier : tous Mithridatisés !

par Sabine Teulon Lardic 11 avril 2025
par Sabine Teulon Lardic 11 avril 2025

© : Marc Ginot

© : Marc Ginot

© Marc Ginot

© : Marc Ginot

© : Marc Ginot

© : Marc Ginot

© : Marc Ginot

© : Marc Ginot

© : Marc Ginot

1 commentaire 6FacebookTwitterPinterestEmail
1,8K

Montpellier : Mithridate, mardi 8 avril 2025

Après Lausanne, la production de Mitridate, rè di Ponto est accueillie à Montpellier avec une distribution différente, conduite par Philippe Jaroussky. Dans la mise en scène d’Emmanuelle Bastet, l’opera seria mozartien témoigne des passions conflictuelles intrafamiliales sur fond guerrier … tout aussi toxiques dans notre monde.

Assimiler les canons de l’opera seria : en 1770 comme en 2024

En mars 1770, au cours de son premier voyage italien (il y en aura trois), Wolfgang Amadeus reçoit la commande milanaise de Mitridate rè di Ponto sur un livret de Cigna-Santi d’après la tragédie éponyme de Jean Racine (1673). Créé pour les fêtes natales au Teatro Regio Ducale, l’œuvre constitue ses premiers pas flamboyants vers l’opera seria et précède son Lucio Silla (1772, Milan). Certes, ce séjour de 15 mois lui permet d’ assimiler les codes du genre dominant en Europe, depuis Milan jusqu’au Teatro San Carlo de Naples, en sus du perfectionnement qu’il recherche auprès du docte Padre Martini (Bologne).

Mais comment un adolescent de 14 ans parvient-il à démêler les passions conflictuelles agitant le clan familial du roi Mitridate (ténor) ? Sur le déclin dans son combat contre les Romains, ce monarque jalouse ses fils – Sifare (contre-ténor), l’auto-proclamé vertueux, et Farnace (alto), le mal aimé qui se rebelle. Au cœur de ces enjeux, l’intègre princesse Aspasia (soprano), promise de Mitridate, mais amante de Sifare, et la généreuse Ismene (soprano) guident les hommes vers les chemins de la réconciliation. Au fil de 22 arias, le jeune Amadeus, sans doute aidé de Léopold (son père), parvient à cristalliser la psyché tourmentée ou fracturée de chaque protagoniste.

En 2025, Emmanuelle Bastet et le scénographe Tim Northam choisissent de traduire les méandres complexes de l’œuvre plutôt que son héroïsme guerrier dans un univers intemporel où le bleu-violet domine. Couleur de la mer, puisque l’action se situe au port de Ninfea en Crimée. Le dispositif de multiples escaliers, latéraux et rétractables, reconfigure adroitement chaque confrontation entre les dominants (Mitridate et ses fils) et les couples amoureux par la faculté de  descendre, gravir, se coucher sur les marches, voire de s’y abriter (la geôle de Farnace). Ces hauteurs ne symbolisent pas exclusivement les instruments de pouvoir du palais royal. Ils peuvent aussi représenter l’espace mental des protagonistes (les secrets, trahisons, désirs refoulés), espace labyrinthique à la manière des architectures de Piranesi. La direction d’acteur joue sur les déplacements dans ces espaces, décuplés par de lumineuses projections quadrillées au sol, ou d’ombres menaçantes sur les parois (lumières de François Thouret). Dernier dispositif, la descente de rideaux perlés (scène de l’empoisonnement tenté par le couple d’Aspasia) ou celle d’un rideau-vitrail en fond de scène (incendie du camp romain) contribuent à la flamboyance de huit-clos raciniens. Lesquels se soldent par l’apaisement empreint de l’optimisme des Lumières.

Belle et jeune distribution

En 2025, comment faire vivre un opera seria avec un seul (et bref) quintette en guise de conclusion ? En misant sur l’excellence de la préparation et de la distribution, au prix de quelques coupures. Selon le canon métastasien, le recitativo secco (récitatif) introduit chaque aria da capo. Si la continuiste Yoko Nakamura (clavecin) l’accompagne avec réactivité (parfois trop inventive), l’auditoire s’accroche davantage à l’animation des recitativi accompagnati (par l’orchestre). Leur nombre et leur puissance chahutent la dramaturgie corsetée du seria. Par ailleurs, l’écriture symphonique de quantité d’arias singularise chaque rôle, notamment par les flûtes et hautbois (Aspasie), les trompettes et timbales (finale) et le cor concertant qui enrobe la vindicte de Mitridate. A la tête de l’Orchestre national de Montpellier, Philippe Jaroussky dynamise ces orchestrations dans les ritournelles introductives qui assurent de trépidantes transitions avec le tempo des recitativi (préparation de Marco Crispo, chef assistant).

Dans le rôle-titre, le ténor Levy Sekgapane (Mitridate) fait exploser sa rage de guerrier défait (« Se di lauri il crine adorno ») et la cruauté de son amour malheureux avec un engagement physique impressionnant. Le registre belliqueux des arie di furore (une quinte aigue valeureuse) est bien conduit jusqu’ au climax atteint dans celle avec le cor concertant (Eloy Schneegans).

Au sein du quatuor des jeunes couples, la prépondérance des voix aiguës (fruit du cahier milanais des charges) est un véritable défi pour les programmateurs du XXIe siècle choisissant les timbres de contre-ténor pour remplacer ceux des castrats. Avec des choix différents du bel enregistrement de Mitridate (3 CD Erato, 2022), la distribution montpelliéraine brille par son éclat et sa jeunesse. Le couple de « Prima donna » et de « Primo uomo » (terminologie de 1770) est confié à la soprano Marie Lys (Aspasia) et au contre-ténor Key’mon Murrah (Sifare). L’une assure avec professionnalisme un parcours assassin d’arie (vocalises impeccables, mais dures) jusqu’à la pamoison de l’extatique « Pallid’ombre ». Ce rôle préfigure la galerie des victimes mozartiennes de l’amour, de Fiordiligi à Elvira. Indéniablement, la fleur de cette production est celle du contre-ténor américain Key’mon Murrah dont le timbre d’une douce et frémissante chaleur s’enflamme lors de coloratures sous contrôle ou s’adoucit en pianissimi envoûtants. Aussi, leur seul duo de la partition (« Se viver, non degg’io » ) s’écoute con piacere !  

Interprété par Hongni Wu (Farnace) et Lauranne Oliva (Ismène), le second couple délivre une musicalité expressive en relation avec leur psyché plus complexe. La mezzo-soprano (Farnace) aux graves moelleux séduit par la meilleure accentuation italienne du recitativo, tout en émouvant le public par une belle sincérité. Quant à la jeune Lauranne Oliva, sa vivacité scénique et vocale anime sa vertueuse interposition entre le roi et le fils félon, sans omettre de rayonnantes coloratures jusqu’au contre ré. Dans le rôle du gouverneur et confident du roi, le contre-ténor Nicolò Balducci (Arbate) déploie une projection énergique, tandis que la seule aria conservée pour le tribun romain vivifie le finale grâce au ténor Remy Burnens.

Si certains amoureux de l’opera seria mozartien préfèrent les titres de la maturité – Idomeneo ou La clemenza di Tito – cette production de Mitridate a l’immense mérite de légitimer sur scène l’inventivité native de Wolfgang. A l’Opéra-Comédie de Montpellier, le vif succès public rappelle celui de la première milanaise en 1770 qui proclamait  « Viva il Maestrino ! »

————————————————————–

Pour aller plus loin :

  • Mitridate, rè di Ponto de W. A. Mozart. Les Musiciens du Louvre, dir. Marc Minkowski, avec Michael Spyres, Elsa Dreisig, Paul-Antoine Bénos-Djian,  Julie Fuchs, Sabine Devieilhe. Coffret de 3 CD, Erato, 2022.
Les artistes

Mitridate : Levy Sekgapane
Farnace : Hongni Wu
Sifare : Key’mon Murrah
Aspasia : Marie Lys
Ismène : Lauranne Oliva
Arbate : Nicolò Balducci
Marzio : Remy Burnens

Orchestre national de Montpellier Occitanie, dir. Philippe Jaroussky
Marco Crispo, chef assistant 

Mise en scène : Emmanuelle Bastet
Scénographie et costumes : Tim Northam
Lumières : François Thouret

Le programme

Mitridate, rè di Ponto, K.87

Opera seria en trois actes de W. A. Mozart, livret de Vittorio Amedeo Cigna-Santi, créé le 6 décembre 1770 au Teatro Regio ducale de Milan

Montpellier, représentation du mardi 8 avril 2025

image_printImprimer
Key’mon MurrahRemy Burnensphilippe jarousskyMarie LysLevy SekgapaneEmmanuelle BastetNicolò BalducciLauranne OlivaHongni Wu
1 commentaire 6 FacebookTwitterPinterestEmail
Sabine Teulon Lardic

Sabine Teulon Lardic est chercheure à l'université de Montpellier 3. Spécialiste de l'opéra-comique du XIXe siècle et des spectacles lyriques dans les Théâtres de plein air (XIXe-XXIe siècles), elle a collaboré aux volumes collectifs de Carmen Abroad (Cambridge Press), The Oxford Handbook of the Operatic Canon (Oxford Press), Histoire de l'opéra français, t.3 (Fayard, 2022). Elle signe également des articles pour les programmes de salle (Opéra-Comique, Opéra de Montpellier) ou la collection CD du Palazzetto Bru Zane.

1 commentaire

Bonnet Léon 12 avril 2025 - 9 h 46 min

Magnifique éclairage de Sabine Teulon Lardic qui ajoute encore au plaisir d‘’assister à ce Mitridate que j’ai trouvé magnifique.

Répondre

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Sauvegarder mes informations pour la prochaine fois.

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

post précédent
CD – Indomita, le premier album d’Eleonora Buratto
prochain post
Invalides : VIVA ROSSINI ! avec Karine Deshayes et Juliette Mey

Vous allez aussi aimer...

Les brèves de février –

1 février 2026

La Clémence de Titus à Nice, une sacrée...

31 janvier 2026

8ᵉ Concours Voix des Outre-mer : le talent et...

31 janvier 2026

Sur la scène de l’Opéra de Nancy, les...

31 janvier 2026

Parme, Orfeo ed Euridice – Humain, trop humain...

31 janvier 2026

Le Vaisseau fantôme à Rouen : de l’errance à...

30 janvier 2026

Philharmonie : Le Paradis et la Péri par Philippe...

29 janvier 2026

Sabine Devieilhe et Mathieu Pordoy à Bordeaux, un...

28 janvier 2026

Opéra Bastille : Un ballo in maschera, retrouvailles...

28 janvier 2026

Monte-Carlo – Die Walküre avec voix, effets scénographiques...

28 janvier 2026

Humeurs

  • À la Fenice de Venise, un concert du Nouvel An sous le signe d’un silence assourdissant

    3 janvier 2026

En bref

  • Les brèves de janvier –

    28 janvier 2026
  • Ça s’est passé il y a 200 ans
    Création d’ALAHOR IN GRANATA de Donizetti

    7 janvier 2026

La vidéo du mois

Édito

  • Bonne année 2026 !

    1 janvier 2026

PODCASTS

PREMIÈRE LOGE, l’art lyrique dans un fauteuil · Adriana Gonzàlez & Iñaki Encina Oyón – Mélodies Dussaut & Covatti

Suivez-nous…

Suivez-nous…

Commentaires récents

  • Stéphane Lelièvre dans ERMIONE, Rossini (1819) – dossier
  • Stéphane Lelièvre dans In memoriam – JEAN-PIERRE MARTY (1932-2024)
  • LAVIGNE Jean-François dans Le Miracle d’Héliane à Strasbourg : le miracle et l’épure
  • Vinson dans ERMIONE, Rossini (1819) – dossier
  • charles Marty dans In memoriam – JEAN-PIERRE MARTY (1932-2024)

Première loge

Facebook Twitter Linkedin Youtube Email Soundcloud

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Login/Register

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Rechercher

Archives

  • Facebook
  • Twitter
  • Youtube
  • Email
Première Loge
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs

A découvrirx

Les brèves de février –

1 février 2026

La Clémence de Titus à Nice,...

31 janvier 2026

8ᵉ Concours Voix des Outre-mer : le...

31 janvier 2026