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Retour d’Otello au Maggio Musicale Fiorentino

par Camillo Faverzani 22 mai 2023
par Camillo Faverzani 22 mai 2023
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Deuxième titre opératique à l’affiche du Festival, après une absence de vingt ans

Un orchestre et des chœurs flamboyants !

Nulle part et partout

Il s’agit presque d’une première pour cette production d’Otello, annoncée pour le LXXXIIIe Festival du Maggio Musicale Fiorentino, en mai 2020, annulée pour cause de pandémie et proposée par Rai5, en novembre de la même année, en streaming. Comme le rappelle le réalisateur dans le programme de salle, la mise en scène de Valerio Binasco, aujourd’hui reprise par João Carvalho Aboim, situe l’action dans un lieu assiégé éternel, à la fois partout et nulle part, à Chypre, à Sarajevo ou en Syrie, un environnement où le temps est suspendu, dystopique et éventré. Dès lors, les costumes de Gianluca Falaschi sont transposés, sinon à notre époque au moins à celle du milieu du XXe siècle, ce qui fait endosser aux militaires de l’entourage du héros des uniformes ressemblant de très près à ceux de la Seconde Guerre mondiale. Cela n’empêche pas Otello de dégainer une épée, dès son « Esultate! », sa fidélité à Venise étant symbolisée par la croix qu’il affiche à son cou, quitte à l’arracher, par la suite, au plus haut de son désespoir. Et les étendards de la Sérénissime de descendre des cintres afin de recevoir les ambassadeurs de la République.

Un prisonnier est battu après le débarquement du général. À l’acte II, les maisons délabrées laissent la place à une cour orientalisante, aux carreaux de faïence bleue, plongée dans une végétation méditerranéenne et doublée par un intérieur bourgeois plutôt banal, dont la décoration murale est assortie au rembourrage des chaises, dans les teintes bordeaux, un pot de fleurs sur la table. Apparemment, c’est ce même tissu qui revêt la tête de lit de l’acte IV, alors que le désespoir d’Otello se confine dans un réduit assez sordide au papier peint vert.

Un Otello plus qu’honorable

Il est bien connu que nous rêvons d’un nouvel Otello depuis au moins trois générations. Malgré les sommets qu’il avait atteints dans l’interprétation du rôle, même Placido Domingo n’avait nulle réticence à avouer qu’il avait occupé une place vacante où il n’y avait personne. Et nous supposons que l’honnêteté intellectuelle caractérisant ce fin artiste qu’est Jonas Kaufmann ne l’empêcherait sans doute pas de l’admettre à son tour. Entre les deux, José Cura a été une météorite, et sans doute un leurre, que compensait un investissement scénique certain.

Bien qu’il ait abordé le Maure depuis quelques années, Arsen Soghomonyan se situe dans ce même sillage. Si son entrée, que l’on voudrait grandiose, se fait à l’enseigne de la prudence, tous les grands moments où on l’attend au tournant tombent pour ainsi dire à plat. Peu menaçant lorsqu’il s’agit d’interrompre la bagarre («Abbasso le spade!»), l’aria de l’acte II («Ora e per sempre addio sante memorie») manque d’éclat – ajoutons que l’idée d’accompagner ses premières notes de mouvements saugrenus de la part de Jago, agitant une fleur en guise de baguette de direction d’orchestre, ne lui rend nullement justice – et le ténor peine quelque peu à la tâche dans la strette qui suit («Sì, pel ciel marmoreo giuro!»). Très intériorisé, l’air de l’acte IV («Dio! mi potevi scagliar tutti i mali») souffre en partie de la déferlante orchestrale. Un finale aussi affligé que vibrant («Niun mi tema») couronne néanmoins une prestation qui, dans son ensemble, reste tout de même plus qu’honorable.

Des partenaires et une direction à toute épreuve

Le décalage avec ses acolytes est d’autant plus frappant que Luca Salsi, déjà Jago en 2020, lui donne une réplique tout en force, à tel point qu’il apparaît comme davantage menaçant que son jaloux de chef. La chanson à boire est d’emblée superlative. Quoique privé de malice, son Credo en impose. Et son récit du rêve, à l’élocution parfaite, est extrêmement sournois.

Débutant dans le rôle de Desdemona, Zarina Abaeva n’est pas vraiment servie par des costumes qui, visiblement, n’ont pas été conçus pour elle : un châle à franges pour le duo d’amour, une sorte de cape pas davantage seyante pendant la promenade avec Emilia, une robe tout en strass et paillettes pour recevoir les émissaires de Venise, une robe de chambre rose lors du sacrifice. Qu’à cela ne tienne. Son interprétation vocale est admirable. Le volume est sciemment maîtrisé dans le premier duo avec son époux, où des sons filés et une très belle ligne, surtout dans le cantabile, relaient un sens de la nuance en net contraste avec un partenaire quelque peu en difficulté dans le haut du registre et légèrement fâché avec la justesse, bien que dans une proportion sans doute imperceptible par la majorité du public. L’intensité caractérise la scène de la jalousie. Tandis que l’air du saule est abordé en clair-obscur, les adieux à sa confidente sont déchirants et l’Ave Maria poignant, avant une mort dans un souffle donnant le frisson.

Très à l’aise scéniquement, Joseph Dahdah, lui aussi en prise de rôle, campe un Cassio de bon aloi que gratifient une élocution et un phrasé bien en place

La direction énergique de Zubin Mehta fait ressortir des cuivres en état de grâce, notamment pour accompagner le retour d’Otello, puis dans le duo de la trahison et lors de l’entrée du meurtrier. Une mention spéciale pour les vents aussi, à l’ouverture de l’acte IV et pour la mort du héros. Relevons également le bonheur musical qui se dégage du quatuor de l’acte II et un finale III au cordeau dans un ensemble d’où se détache une Desdemona tout particulièrement émouvante.

Excellente musique de scène, notamment la trompette annonçant l’approche de la trirème vénitienne. Chœurs flamboyants du Maggio, dès la scène de l’orage, et des voix d’enfants de l’Accademia pour complimenter Desdemona.

Acclamation au rideau final pour Jago, accueil un peu plus froid pour le couple malheureux, injustement à notre sens pour la victime.

Les artistes

Otello : Arsen Soghomonyan
Jago : Luca Salsi
Desdemona : Zarina Abaeva
Cassio : Joseph Dahdah
Lodovico : Adriano Gramigni
Emilia : Eleonora Filipponi
Roderigo : Francesco Pittari
Montano : Eduardo Martinez Flores
Un araldo : Matteo Mancini

Coro e Orchestra del Maggio Musicale Fiorentino, dir. Zubin Mehta
Mise en scène : Valerio Binasco
Costumes : Gianluca Falaschi

Le programme

Otello

Dramma lirico en quatre actes de Giuseppe Verdi, livret d’Arrigo Boito, créé au Teatro alla Scala de Milan le 5 février 1887.
Teatro del Maggio Musicale Fiorentino – Sala Grande, représentation du samedi 20 mai 2023.

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Luca SalsiZubin MehtaArsen SoghomonyanZarina AbaevaValerio Binasco
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Camillo Faverzani

Professeur de littérature italienne à l’Université Paris 8, il anime le séminaire de recherche « L’Opéra narrateur » et dirige la collection « Sediziose voci. Studi sul melodramma » aux éditions LIM-Libreria musicale italiana de Lucques (Italie). Il est l’auteur de plusieurs essais sur l’histoire de l’opéra. Il collabore également avec des revues et des maisons d’opéra (« L’Avant-scène Opéra », Opéra National de Paris).

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