À la une
Macbeth revient à l’Opéra Royal de Wallonie après une absence...
Superbe Cavalleria rusticana à Palerme : un opéra vériste, toujours...
Cavalleria rusticana: un opera verista, tuttora attuale e dal valore...
Un Dido and Aeneas trop original ouvre la saison de...
Livre – Écrivains mélomanes, scrittori melomani (direction Camillo Faverzani, Andrea...
Se préparer à LEAR, Komische Oper Berlin, 16 septembre-03 octobre
Genève – LA TEMPÊTE de Franck MartinTempête sur le Rhône...
Les festivals de l’été – Une fin de dimanche en...
Se préparer à MACBETH – Opéra Royal de Wallonie-Liège, 18-26...
In memoriam : Pierre Constant (1933-2026)
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs
Première Loge

Subscribe our Newsletter for latest news.

ProductionCompte renduVu pour vous

Pauvre Manon !

par Marc Dumont 14 février 2022
par Marc Dumont 14 février 2022

© Emilie Brouchon / OnP

© Emilie Brouchon / OnP

© Emilie Brouchon / OnP

© Emilie Brouchon / OnP

© Emilie Brouchon / OnP

© Emilie Brouchon / OnP

© Emilie Brouchon / OnP

0 commentaires 2FacebookTwitterPinterestEmail
3,1K

La destinée de Manon est sinistre. Massenet et ses librettistes dessinent une femme libre, attirée par tout ce qui brille, dépassée par son désir qui la mène à la mort. Pauvre Manon.

C’est un des opéras-comiques les plus célèbres du répertoire français que l’Opéra de Paris présentait ce vendredi 11 février, après bien des déboires. Il y a quelques jours, la production fut même affectée par des cas de Covid. Les artistes devaient donc être à la fête avec cette occasion de pouvoir enfin se retrouver dans cette nouvelle production qui n’avait connu que deux représentations en 2020, puisque grèves puis confinements sont venus profondément perturber le déroulement du calendrier.

La fête masquée. Car, mesures sanitaires obligent, si le public portait le masque, les solistes, eux, en étaient heureusement dispensés. Ce n’était pas le cas des danseurs et des chœurs, ce qui devait rendre leur prestation compliquée, puisque chanter dans le masque n’est pas gage de facilité ni de précision d’ensemble.

La mise en scène de Vincent Huguet nous plonge dans les années 20. Pas 1720, comme le précise le livret, mais 1920. Avec mode à la garçonne, évocations multiples de l’Art déco, danse jazzy et intervention de Joséphine Baker entre les deux premiers actes. C’est Danielle Gabou qui la mime alors, sur fond de la chanson célèbre dans les années trente « Pour moi, y’a qu’un homme à Paris, c’est lui ! » Etait-ce bien nécessaire ? D’autant que ce même enregistrement, comme étouffé, est rediffusé de façon salie entre les deux derniers tableaux. Et lorsqu’à la fin de la scène du jeu Manon demande sa chaise, on se prend à repenser à la première mise en scène de cette œuvre dans les mêmes lieux, celle de Gilbert Deflo [1], située 200 ans plus tôt et faisant apparaître alors une vraie chaise à porteur. Souvenirs aussi de somptueux costumes XVIIIe en miroir de ceux des années folles, qui ne gâtent pas beaucoup la pauvre Manon dès son entrée en scène. En revanche, le chatoiement de couleurs vives alignées sur le devant de la scène amène une volée d’applaudissements au lever de rideau de l’acte du Cours-la-Reine, digne des beaux jours du MET de Zeffirelli.

L’essentiel est ailleurs. Il est dans les couleurs. Car qu’est-ce que l’opéra de Massenet ? Sûrement pas du Verdi. Mais un mélange de grand lyrisme, de subtilités harmoniques, de délicates lignes de chant, mêlés à des moments de joie, d’exubérance et de fête – celle du Cours-la-Reine au troisième acte – avec une finesse d’instrumentation qui parfois se cabre sous des choix percussifs, dramatiques, violents même.

Pour cela, il faut un travail de coloriste, de cohésion, de direction d’orchestre tour à tour énergique ou poétique. Ce qui faisait grandement défaut ce soir là, tant la direction de James Gaffigan semblait se chercher. Ici trop bruyant ou ostentatoire, là trop brouillonne (le prologue du Cours-la-Reine !) ou manquant de nerfs. De fait, symboliquement, cette direction hésitante, hors contexte stylistique semblait comme bâillonnée – comme le chef portant son masque.

L’autre problème, de fond, vient dans le choix des solistes. Pourquoi tant de mépris pour les chanteurs français ? Quel impératif a donc présidé au casting de cette distribution ? Pourquoi donc une américaine, un brésilien et un polonais pour les trois rôles principaux ? Leurs qualités vocales ne sont absolument pas en cause. Mais la diction… Aussi étudiée soit-elle – ce qui est particulièrement le cas de la magnifique Manon d’Ailyn Pérez – elle reste problématique dans les dialogues parlés qui font de cet opéra-comique français un monde à part. Il est gênant d’entendre chanter le sphix là où il s’agit de sphinx. N’y a-t-il pas de bon répétiteur pour travailler ce qui pose un énorme problème ? Il suffit que Rodolphe Briand campe un truculent Guillot, ou que la noble voix de Jean Teitgen prononce ses premiers mots en père de Des Grieux pour que l’on mesure le fossé qui sépare deux mondes.

 Entendons-nous bien : il ne s’agit nullement de revendication nationaliste, mais d’une simple adéquation nécessaire entre la musique de la langue, la prosodie particulière de Massenet et l’interprète. Il ne s’agit pas non plus de sous-estimer le travail fourni par les trois solistes principaux.

Car ce vendredi n’a pas été avare de très beaux moments de chant, que l’on doit aussi bien à la grâce d’Ailyn Pérez, aux aigus rayonnants (« Profitons-bien de la jeunesse », à la confidence touchante (« Adieu notre petite table ») à la vocalita pourtant parfois en retrait, en raison des choix de la mise en scène qui rend le personnage de Manon si terne au premier acte.

Le Des Grieux d’Atalla Ayan ne déméritait pas, bien au contraire, malgré ses soucis de prononciation et alors que la mise en scène le réduisait à un pâle jouet du jeu de l’amour. Son timbre rappelait parfois celui de Roberto Alagna… qui alterne avec lui dans cette production. Tout comme Manon, sa voix s’ouvrait davantage au fil de la soirée ce qui nous livra un splendide dernier acte tout entier consacré aux deux amants. Quant au Lescaut du baryton Andrzej Filonczyk, il impressionnait d’emblée par son autorité vocale et sa prestance.

Est-ce bouder son plaisir que de se remémorer d’autres émotions, si fortes, en ces mêmes lieux ? Les souvenirs ne s’effacent pas rapidement lorsque l’on se rappelle le Lescaut de Jean-Luc Chaignaud et que l’on a entendu René Fleming, en 1997 puis en 2001, donner à Manon une classe incroyable, un abattage, un charme bouleversants.

Manon, d’hier et d’aujourd’hui.


[1] C’était en 1997. Le spectacle fut repris plusieurs fois avant de laisser la place, pour une saison seulement, à la production de Coline Serreau en 2012.

image_printImprimer
Vincent HuguetAtalla AyanJames GaffiganJean TeitgenAilyn PérezMassenet
0 commentaires 2 FacebookTwitterPinterestEmail
Marc Dumont

Passionné par l’Histoire et la Musique, Marc Dumont a présenté des centaines de concerts et animé de multiples émissions à Radio France de 1985 à 2014. Il se consacre à des conférences et animations, rédige actuellement un livre où Musiques et Histoire se croisent sans cesse, et propose des « Invitations aux Voyages », qui sont des rencontres autour de deux invités, en vidéo.

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Sauvegarder mes informations pour la prochaine fois.

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

post précédent
Au menu de l’Opéra de Lyon, réduction de Tristan sur consommé de Strauss
prochain post
« Chantons en-sem-em-ble, chantons en-sem-em-ble… »: un Rigoletto participatif au TCE

Vous allez aussi aimer...

Macbeth revient à l’Opéra Royal de Wallonie après...

21 septembre 2026

Superbe Cavalleria rusticana à Palerme : un opéra...

20 septembre 2026

Cavalleria rusticana: un opera verista, tuttora attuale e...

20 septembre 2026

Un Dido and Aeneas trop original ouvre la...

19 septembre 2026

Genève – LA TEMPÊTE de Franck MartinTempête sur...

18 septembre 2026

Les festivals de l’été – Une fin de...

18 septembre 2026

Porgy and Bess à la Philharmonie : Paris,...

17 septembre 2026

Le Crépuscule des dieux au T.C.E. : le Walhalla...

14 septembre 2026

Il barbiere di Siviglia : toujours très efficace, la...

14 septembre 2026

L’amour au temps de l’IA et de la...

13 septembre 2026

Humeurs

  • PAATA BURCHULADZE : onze mois déjà

    5 septembre 2026

En bref

  • Les brèves de septembre

    13 septembre 2026
  • La vidéo du mois –
    Hommage à Ileana Cotrubas : La traviata, « Parigi, o cara »

    2 septembre 2026

La vidéo du mois

Édito

  • Édito de septembre –
    Fin des festivals, début des festivités… avec la nouvelle saison lyrique 26-27 !

    1 septembre 2026

Suivez-nous…

Suivez-nous…

Commentaires récents

  • Stéphane Lelièvre dans Hommages : Christiane Issartel, Kenneth Montgomery, Ginès Sirera
  • Luciano barilli dans Cavalleria rusticana: un opera verista, tuttora attuale e dal valore universale
  • BARDAJI dans Hommages : Christiane Issartel, Kenneth Montgomery, Ginès Sirera
  • Michel Fournier dans In memoriam : Pierre Constant (1933-2026)
  • Stéphane Lelièvre dans Conservatorio Peri-Merulo di Reggio Emilia e Castelnuovo Monti – Masterclass del M.o Alessandro Corbelli 

Première loge

Facebook Twitter Linkedin Youtube Email Soundcloud

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Login/Register

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Rechercher

Archives

  • Facebook
  • Twitter
  • Youtube
  • Email
Première Loge
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs

A découvrirx

Macbeth revient à l’Opéra Royal de...

21 septembre 2026

Superbe Cavalleria rusticana à Palerme :...

20 septembre 2026

Cavalleria rusticana: un opera verista, tuttora...

20 septembre 2026