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ProductionCompte rendu

L’Enlèvement au sérail de Luk Perceval à Genève (sur des musiques de Mozart…)

par Félicité Charmille 2 février 2020
par Félicité Charmille 2 février 2020
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Crédit photos : © GTG/Carole Parodi

Félicité CHARMILLE
à
Hector BERLIOZ

Paradis des musiciens
(aux bons soins de Sainte Cécile)

         

 

     Quand je pense, mon cher Hector, que le mollet galbé dans un bas blanc de notre Célestine Galli-Marié avait choqué la critique et le public lorsqu’elle apparut pour la première fois en Carmen sur la scène de l’Opéra-Comique… Qu’auraient-ils dit s’ils avaient vu, comme ce fut mon cas la semaine dernière, une autre partie du corps, également bien galbée – mais que la décence m’empêche de nommer – du brave Osmin de L’Enlèvement au Sérail ? Non Hector, vous ne rêvez pas, les metteurs en scène du nouveau siècle se permettent des choses stupéfiantes, et ce geste d’Osmin m’a d’autant plus surprise qu’il était directement adressé aux spectateurs du Théâtre de Genève, lesquels n’ont pas donné l’impression de s’en offusquer le moins du monde…

 Célestine Galli-Marié (Lucien Doucet)

Adélaïde Charlotte Louise Éléonore d’Osmond  (Jean-Baptiste Isabey)

Je n’ose imaginer, mon Dieu, l’état dans lequel se serait trouvée mon amie Adélaïde Charlotte Louise Éléonore d’Osmond si elle eût assisté à ce spectacle. Les sels de pâmoison les plus puissants et les plus capiteux n’eussent pu, je le gage, la tirer d’un évanouissement certain – et peut-être fatal.

La soirée fut cependant captivante à bien des égards. De toute évidence, les artistes ont travaillé à partir d’une version tout à fait méconnue du Singspiel de Wolfgang. Plus de sérail, plus d’enlèvement, plus de Pacha Selim. Plus d’action à vrai dire. Mais des gens qui marchent très, très vite (dans l’espoir, probablement, d’attraper le dernier fiacre ?), puis qui courent. Puis qui s’arrêtent net (ont-ils manqué le fiacre ?). Puis qui s’assoient (dépités d’avoir raté le fiacre ?), et se relèvent de temps en temps pour déclamer de longs monologues. Puis se rassoient. Puis se relèvent. Puis qui courent. Puis qui se rassoient. C’était original.

J’ai pu ouïr, à l’occasion de ce spectacle, des expressions très curieuses, visiblement tout à fait  imagées, que j’entendais pour la première fois et dont le sens m’échappe totalement (« en avoir plein le cul », « se faire brouter la chatte », « se faire tartiner le fion »). Mais je vais tâcher de me renseigner pour connaître le sens de ces paroles et savoir pourquoi et comment elles ont été placées dans la bouche de Constance ou d’Osmin. Sans doute s’agit-il d’une volonté de Mozart et de son librettiste Gottlieb Stephanie, que les chercheurs et les musicologues ont récemment découverte et dont ils nous font  très heureusement profiter.

Musicalement, la soirée, placée sous le signe de la jeunesse, fut fort agréable : les voix des femmes (Olga Pudova en Constance, Claire de Sévigné en Blondchen) étaient un brin acidulées, mais claires et bien projetées. Osmin (Nahuel Di Pierro) était superbe de tenue vocale et de graves profonds, Pedrillo (Denzil Delaere) subtil et bien chantant. Belle prestation également de Julien Behr en Belmonte, à la voix chaude et ductile. On ne joue plus Mozart, mon cher Hector, comme on le faisait « de notre temps ». Oserais-je dire :  tant mieux ? L’orchestre et la direction de M. Fabio Biondi ont paré la musique de notre cher Amadeus de mille couleurs originales, plus fraîches, plus étincelantes, moins pesantes pour tout dire que celles que nous avions (rarement, il faut bien l’avouer) l’occasion d’entendre lorsque nous étions en vie.

Adieu mon cher Hector. Je vais de ce pas poursuivre mes recherches lexicographiques et ne manquerai pas de vous tenir informé du fruit de mes travaux.

Les artistes

Chanteurs: 
Konstanze   Olga Pudova 
Blondchen   Claire de Sévigné
Belmonte   Julien Behr
Pedrillo   Denzil Delaere
Osmin   Nahuel Di Pierro

Comédiens :
Françoise Vercruyssen
Iris Tenge
Joris Bultynck
Patrice Luc Doumeyrou

Orchestre de la Suisse Romande; Chœurs du Grand-Théâtre de Genève, dir. Fabio Biondi

Mise en scène Luk Perceval

Le programme

L’Enlèvement au sérail

Singspiel en 3 actes de Wolfgang Amadeus Mozart, livret de Gottlieb Stephanie d’après la pièce de Christoph Friedrich Bretzner, créé au Burgtheater de Vienne, le 16 juillet 1782.

Grand Théâtre de Genève, représentation du dimanche 02 février 2020

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MozartGrand Théâtre de Genève
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Félicité Charmille

Née à Oucques-la-Joyeuse en 1805, Félicité Charmille est l’auteure de recueils poétiques (Marguerites et renoncules, 1832), de romans (Le Papillon énamouré,1848) ou encore d'essais philosophiques (La Beauté des choses,1851). Mélomane passionnée, sa longévité exceptionnelle (elle meurt à Bourg-la-Reine en 1904), lui permit d'être l'amie intime de Rossini, Bellini, Donizetti, Verdi, Wagner, Moussorgski, Berlioz, Offenbach, Gounod, Liszt, Schumann, Bizet, Thomas, Hervé, Planquette et Debussy. Son esprit hante encore les salles de concerts, et elle nous envoie à l'occasion les commentaires que lui inspirent les spectacles du XXIe siècle.

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