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Wagner et Berlioz : amours contrariées à la Seine musicale

par Ivar kjellberg 26 novembre 2024
par Ivar kjellberg 26 novembre 2024
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C’est au cours d’une soirée très enneigée et propice au romantisme que la Seine Musicale a proposé ce programme propre à réchauffer le public avec le Siegfried Idyll et les lieder délicatement amoureux de Wagner, avant le drame de l’amour obsessionnel et non partagé illustré par la Symphonie fantastique de Berlioz.

 L’amour au centre du drame, l’amour pilier du romantisme, l’amour source d’inspiration illimitée. L’amour tout court…
C’est certainement un peu l’idée qui sous-tend ce concert : Siegfried Idyll, dédié par Wagner à sa femme Cosima, puis les Wesendonck-Lieder, dont les textes furent exceptionnellement écrits par un autre parolier que le compositeur… et pour cause : ce dernier les mit en musique pour mieux se rapprocher de leur auteure, la jeune Mathilde Wesendonck. Et enfin la Symphonie Fantastique, poème symphonique épique écrit par un Berlioz âgé de seulement 26 ans pour l’actrice Harriet Smithson – reflet d’un amour tourmenté, la jeune femme ne lui accordant aucune attention pendant plus d’une année.

Un programme bien pensé lorsqu’on se rappelle à quel point Berlioz a pu influencer Wagner : aussi bien dans la dramaturgie (les deux musiciens puisent leurs sujets dans certains mythes issus de la culture germanique), que dans cette volonté d’échapper à un cadre musical trop étriqué. Ce qui résonne en effet dans les œuvres maîtresses des deux compositeurs, c’est cette approche atypique, singulière de la musique : un caractéristique qu’on retrouve dans l’évocation de la nature dans La Damnation de Faust de Berlioz (la scène des esprits berçant le héros) mais aussi dans toute la Tétralogie de Wagner, des murmures de la forêt dans Siegfried à l’extraordinaire prélude de L’Or du Rhin, où les premiers accords de l’œuvre semblent émerger des profondeurs de l’eau. La récurrence de motifs contribue encore à rapprocher les deux compositeurs, avec les fameux leitmotivs wagnériens mais aussi cette phrase musicale distincte se répétant, se modulant, et venant progressivement dominer l’œuvre entière, qui constitue le pilier de la Symphonie Fantastique.

Le chef Sébastien Rouland assure un parfait contrôle de l’orchestre, modulant l’élan des cordes, parvenant à mettre en avant les vents ou les cuivres (les contrepoints des cors ponctuent le Siegfried Idyll de façon très convaincante). La flûte, les bassons et hautbois sont soyeux, précis et illustrent parfaitement le nom d’origine de l’œuvre : Tribschener Idyll mit Fidi-Vogelgesang und Orange-Sonnenaufgang (Idylle de Tribschen avec chant d’oiseau de Fidi et lever de soleil orange). La tonalité chaude et réconfortante de l’œuvre ne se perd jamais dans la facilité et Sébastien Rouland tient à faire ressortir chaque pupitre de l’orchestre, en confiant tour à tour aux cordes le rôle de principaux intervenants, ou au contraire de faire-valoir des autres instruments.

Plus qu’une voix trop puissante, mieux vaut un chant soigné : c’est exactement ce que transmet l’art de la soprano Viktorija Kaminskaite dans les Wesendock-Lieder. La voix, dans un premier temps, a du mal à se déployer dans cette salle dont l’acoustique, favorable aux instruments,  peut se révéler défavorable aux chanteurs lyriques, parfois noyés sous le flot de l’orchestre. De fait, la voix de Viktorija Kaminskaite sonne tout d’abord un peu étouffée et « Der Engel » peine à prendre son envol ; mais dès le deuxième lied, la chanteuse reprend le dessus et fait entendre un timbre doux aux aigus expressifs et un peu rêveurs, s’accordant parfaitement aux textes.  Le « Traüme » est particulièrement réussi et vient clore avec beauté cette première partie de concert.

Pour aborder la Symphonie fantastique de Berlioz, il est particulièrement important de maîtriser l’art subtil de la nuance. En effet la partition regorge d’une palette de sentiments différents, voire diamétralement opposés d’un mouvement à l’autre, à tel point qu’il est impossible de les aborder de manière identique. L’orchestre national de la Sarre met un point d’honneur à suivre les intentions de leur chef, à donner la couleur et le juste ton à chaque partie. Le premier mouvement adopte cette particularité rêveuse propre au songe ; la valse, elle, garde la brillance et l’éclat tourbillonnant de ce style musical, et le magnifique troisième mouvement met à l’honneur flûte, hautbois et bassons dans une « Scène aux champs » où plane l’ombre de Beethoven, en parvenant à ancrer le mouvement dans une dimension plus terrienne,  avec une mélodie plus appuyée – pour mieux faire la transition vers les deux dernières parties où prédomine le drame. La « Marche au supplice » parvient sans peine à instaurer un sentiment d’angoisse avec ses percussions annonçant l’exécution,  et introduit efficacement « Le songe d’une nuit du Sabbat » où malgré un jeu de cloches un tantinet trop éclatant, on apprécie le respect  du crescendo qui emmène l’orchestre dans une montée en puissance tenue jusqu’à la dernière note. 

Si d’après le programme, l’amour n’a pas triomphé de la folie ou de la mort, il a réchauffé le public venu applaudir, avec raison, l’Orchestre national de la Sarre et son chef le talentueux Sébastien Rouland.

Les artistes

Orchestre National de la Sarre, dir. Sébastien Rouland
Viktorija Kaminskaite, soprano

Le programme

Wagner, Siegfried-Idyll
Wagner, Wesendonck-Lieder
Berlioz, Symphonie Fantastique

Seine Musicale (Paris), concert du jeudi 21 novembre 2024

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Sébastien RoulandViktorija Kaminskaite
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Ivar kjellberg

Habitué de longue date du TCE et pianiste amateur, Ivar Kjellberg est venu à l'art lyrique grâce à ses parents, qui faisaient sonner Wagner dans tout l'immeuble pour l'amuser. Grand fan des interprètes des années 70 et de l'opéra allemand, Ivar peut écouter en boucle les disques d'Edda Moser et d'Hermann Prey avant d'enchaîner... sur un bon Offenbach !

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