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À Saint-Denis, Leonardo García Alarcón exalte le génie dramatique de Bach !

par Stéphane Lelièvre 17 juin 2022
par Stéphane Lelièvre 17 juin 2022

© Festival de Saint-Denis - Christophe Fillieule

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Jean-Sébastien Bach compositeur d’opéra ? Pas tout à fait… mais presque ! Les deux cantates proposées à Saint-Denis par Leonardo García Alarcón donnent effectivement à entendre une succession d’arie, de duos, de chœurs entrecoupés de récitatifs, dans lesquels des personnages nettement caractérisés s’affrontent musicalement et verbalement. La première cantate (BWV 201) met en scène une amusante joute artistique entre Phoebus et Pan, lesquels se querellent pour savoir qui d’entre eux fait la plus belle musique. La seconde (BWV 205) fut écrite en l’honneur d’un professeur d’Université (Auguste Müller) et se révèle être in fine un vibrant plaidoyer pour la paix. Ces deux drammi per musica requièrent un orchestre à l’effectif inhabituellement fourni chez le cantor de Leipzig. Et si l’on retrouve, dans les pages apaisées que chante tel ou tel personnage, toute la délicate et noble tendresse des plus belles arie sacrées de Bach, on est surpris, dans Le Combat entre Phébus et Pan, de découvrir chez le compositeur allemand un vrai sens du comique et de la légèreté.

Leonardo García Alarcón prend un plaisir gourmand à diriger ces œuvres plutôt rarement entendues, et à en révéler toutes les beautés : si certains détails orchestraux se perdent un peu dans l’acoustique très enveloppante de la cathédrale, la fougue de la direction du chef argentin, son sens des contrastes dynamiques, sa science des coloris orchestraux restent intacts et lui valent, ainsi qu’aux musiciens de la Cappella Mediterranea, un véritable triomphe. Les deux cantates sont par ailleurs servies par une excellente distribution, d’où se distinguent surtout Sophie Junker et Thomas Dolié. Le chant de la première (timbre superbe, sensibilité frémissante, attention constante accordée au texte) distille une séduction absolument irrésistible. Le second impressionne dans les interventions rageuses d’Éole (Éole apaisé), mais c’est peut-être dans le chant infiniment poétique de Phébus qu’il séduit le plus : son éloge d’Hyancinthe, porté par un chant au legato parfait, semble être l’allégorie même de la tendresse – et confirme le rang tenu par ce chanteur parmi les barytons français : l’un des tout premiers assurément.

Les autres chanteurs ne déméritent aucunement : Fabio Trümpy, qui chante Tmolus, le ténor prenant le parti de Phébus, fait entendre un timbre frais et très agréable – de même qu’une ligne de chant très soignée, malgré un petit accident vocal vite rattrapé lors de son premier air. La voix du second ténor, Mark Milhofer (Midas qui, quant à lui, soutient Pan), contraste idéalement avec la sienne, d’autant que le chanteur exagère volontairement son côté métallique et trompettant (la voix se fera bien plus douce et chaleureuse lors de ses interventions dans la seconde cantate). Alejandro Meerapfel est pour sa part un Pan plein d’humour et de truculence : il s’amuse visiblement beaucoup – et amuse le public – dans un « Zu Tanze, zu Sprunge, so wackelt das Herz » agrémenté de pas de danse grotesques, même si la projection vocale est un peu limitée. Belles interventions, enfin, du contre ténor Kacper Szelążek, à la voix légèrement acidulée alla Dominique Visse.

Que dire du Chœur de chambre de Namur qui n’ait déjà été écrit ? On ne peut qu’une nouvelle fois louer ses très précieuses qualités de précision, de musicalité, mais aussi le parfait équilibre entre les pupitres ainsi qu’une virtuosité et une expressivité impressionnante (remarquable, le « Zerreißet, zersprenget, zertrümmert die Gruft » qui ouvre la seconde cantate Éole apaisé).

Le public, conquis, exige un bis : ce sera l’irrésistible Folia (« Unser trefflicher / Lieber Kammerherr ») extraite de la Cantate des paysans, entamée par Sophie Junker et reprise par l’ensemble des artistes. Mais la soirée s’achève par un pur moment d’émotion ; après ce bis, le chef invite la salle à se lever pour une prière en l’honneur de la paix : sous les voûtes de la basilique, le « Dona nobis pacem » de la Messe en si mineur porte l’émotion à son comble. Une émotion que le public a l’excellente idée de ne pas briser trop tôt, prolongeant par quelques secondes de recueillement ce moment d’éternité.

Les artistes

Momus, Pallas : Sophie Junker
Mercurius, Pomona : Kacper Szelążek
Tmolus : Fabio Trümpy
Midas : Mark Milhofer
Pan : Alejandro Meerapfel
Phoebus, Aeolus : Thomas Dolié

Ensemble Cappella Mediterranea et Chœur de chambre de Namur, dir. Leonardo García Alarcón

Le programme

Bach : Cantate BWV 201
Phoebus :Thomas Dolié
Pan : Alejandro Meerapfel
Mercurius : Kacper Szelążek
Tmolus : Fabio Trumpy
Midas : Mark Milhofer
Momus : Sophie Junker

Bach Cantate BWV 205
Aeolus : Thomas Dolié
Zephyrus : Mark Milhofer
Pallas : Sophie Junker
Pomona : Kacper Szelążek

Festival de Saint-Denis, représentation du jeudi 16 juin 2022.

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Mark MilhoferAlejandro MeerapfelLeonardo García AlarcónThomas DoliéSophie JunkerKacper SzelążekFabio Trümpy
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Stéphane Lelièvre

Stéphane Lelièvre est maître de conférences en littérature comparée, responsable de l’équipe « Littérature et Musique » du Centre de Recherche en Littérature Comparée de la Faculté des Lettres de Sorbonne-Université. Il a publié plusieurs ouvrages et articles dans des revues comparatistes ou musicologiques et collabore fréquemment avec divers opéras pour la rédaction de programmes de salle (Opéra national de Paris, Opéra-Comique, Opéra national du Rhin,...) Il est co-fondateur et rédacteur en chef de Première Loge.

1 commentaire

Marc 18 juin 2022 - 15 h 29 min

Je me doutais que j’allais rater un moment d’exception… Merci pour tes mots et ce beau compte-rendu cher Stéphane.

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