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Les festivals de l’été –
Munich : des Noces de Figaro mi-figue mi-raisin

par Frédéric Meyer 9 juillet 2025
par Frédéric Meyer 9 juillet 2025

© Geoffroy Schied

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© Wilfried Hoesl

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Attention : les photos sont celles des représentations données lors du festival 2024.

Un spectacle qui, une fois de plus, brille plus par sa dimension musicale (et notamment vocale) que par sa réalisation scénique. 

Les Noces de Figaro comptent parmi les titres du répertoire les plus fréquemment représentés. Souvent donc, les metteurs en scène sont en manque d’imagination. Pour cette reprise munichoise, le choix a été fait d’un décor quasi unique (les décors et costumes sont signés Annemarie Woods) : un grand panneau métallique vaguement rouillé percé d’une porte. Sont juste ajoutés trois éléments : au 1er acte un grand fauteuil baroque coloré qui s’ouvre par moments, laissant apparaître une série de godemichés tournants ; au 2e acte des échafaudages et un début de peinture rose sur la paroi, en phase avec un grand fauteuil rose ; au 3e acte un bureau art déco ; au 4e une série de pins en pots. Cela ne nuit pas à la mise en scène, celle-ci (signée Evgeny Titov, qu’on présente parfois comme « le nouveau Tcherniakov » et qui signera Lucie de Lammermoor la saison prochaine à l’Opéra- Comique) étant-elle-même inexistante ; on en retiendra une seule bonne idée : la transition sans coupure entre la fin du troisième acte et sa fête, et l’air admirablement chanté par Barberine (Eirin Rognerud ) : « L’ho perduta, me meschina » qui ouvre le quatrième acte.
Ce qui surprend en revanche c’est l’absence de cohérence entre les costumes : Pour Basilio une tenue de latex SM (récurrente en Allemagne) ; Bartolo est vêtu d’un costume multicolore, Chérubin d’une tenue de foot, Suzanne et la comtesse de robes à fleurs, Figaro et le Comte d’une veste et d’une chemise.

Une première constatation. On ne comprend pas grand-chose au continuo, tantôt joué au piano forte tantôt au clavecin : çà et là on reconnaît la 40e, Don Giovanni et La Flûte enchantée de Mozart, la Toccata BMV 565 de Bach, des opérettes d’Offenbach et la chevauchée des Walkyries : des citations censées faire sourire quelques initiés, faute de les exaspérer. On s’interroge sur la nécessité de faire applaudir ces improvisations malvenues au moment des saluts…

Susanna est chantée par la soprano française Julie Fuchs, dont la carrière prend un bel essor international. C’est une des grandes voix de la soirée. La scène du travestissement de Chérubin à l’acte 2 est une réussite tant vocalement que scéniquement. À l’acte 4, elle nous montre toutes les facettes de son talent dans un « Deh vieni, non tardar » d’une parfaite beauté vocale, dans lequel elle fait passer un admirable sentiment de mélancolie.
Maria Bengtsson, soprano suédoise, est vocalement une comtesse magnifique d’un bout à l’autre de l’opéra, même si on la sent un peu déboussolée par l’absence de mise en scène (on se demande toujours pourquoi on lui impose d’arracher des morceaux de canapé rose…). L’air « Porgi, amor » qui ouvre le deuxième acte est tout en retenue et empreint d’une grande émotion. À l’acte 3, son « Dove sono » fait superbement alterner piani et forte, avec une maîtrise qui n’est pas sans rappeler l’art d’une Schwarzkopf…. En ajoutant çà et là quelques variations lors de la reprise, elle permet à la scène de se conclure par l’un des rares tonnerres d’applaudissements survenus au fil de la soirée à la fin d’un air. 
Le baryton canadien Philippe Sly connaît bien les rôles mozartiens : il avait entre autres chanté Don Giovanni en 2017 à Aix. Il campe ici un Figaro très honorable même si scéniquement il semble perdu. La mise en scène, notamment, ne lui permet pas de s’investir pleinement dans l’air « Aprite un po’ quegli occhi », où il se contente de parcourir tout l’espace scénique de long en large. Vocalement, quelques très beaux moments, tels le célèbre « Non più andrai, farfallone amoroso », malgré ici ou là un certain manque de puissance.
Le Comte, chanté par le baryton allemand Bjorn Burger, reste vocalement un peu en deçà du reste de la distribution. Même si la voix est belle, on sent de la fatigue aux actes 1 et 2, où par moments on l’entend à peine.  On retiendra un grand moment au troisième acte : « Hai già vinta la causa ? … Vedrò, mentr’io sospiro », impressionnant de puissance vocale. Les nuances qu’il y ajoute sont simplement de toute beauté. Mais pourquoi diable obliger le chanteur à chanter le dernier acte avec un pantalon fuchsia, torse nu avec un harnais en cuir ? D’une manière générale, le jeu de scène imposé à l’interprète tend souvent au grotesque…
Cherubino, chanté par Emily d’Angelo, jeune mezzo-soprano canadienne plus que douée, bien connue du public parisien (on a pu apprécier son grand talent dans Rosina du Barbier ou Siebel de Faust et surtout Ariodante en 2023). Deux airs de gloire lui échoient dans cet opéra. Si « Non so più cosa son » manque un tout petit peu de souffle, en revanche « Voi, che sapete » est un pur moment de grâce par la précision du phrasé.
Bartolo est chanté par Willard White. Quelle émotion de revoir ce monstre sacré de l’art lyrique, qui nous impressionna dans tant de rôles wagnériens. Il est excellent dans ce petit rôle. Dans l’air « La Vendetta », son art du chant et l’aisance scénique sont toujours présents même si la puissance n’est plus ce qu’elle fut. 
Après avoir chanté la comtesse (notamment à Berlin), on retrouve la soprano allemande Dorothea Röschmann dans le rôle de Marcelline. Elle y excelle tant par son jeu de scène excentrique que par une voix puissante et parfaitement placée.
Né à Berlin, Tansel Akzeybek a fréquenté le Conservatoire national de Dokuz-Eylül d’Izmir.  On avait pu l’applaudir à Paris dans Wozzeck où il incarna un superbe Andrès au cours de la saison 21-22. Il possède la voix parfaite pour incarner Basilio. Il sait allier diction soignée et puissance vocale, tout en apportant toutes les nuances d’espièglerie indispensables.

Les chœurs pour leurs rares apparitions sont excellents.

La grande déception viendra de la direction musicale. On a du mal à comprendre la cheffe Susanna Mällki dont les tempi, d’une page à l’autre, passent de la lenteur à la précipitation. Ainsi l’air « Dove sono » est pris avec une rapidité qui n’est pas de mise… L’orchestre lui-même n’est pas en cause : tous les pupitres de vents furent particulièrement brillants : mention spéciale aux flûtes, notamment dans l’ouverture et l’ensemble des vents dans l’air qui clôt le premier acte : « Non piu andrai ».

Les artistes

Il Conte di Almaviva : Björn Bürger
La Contessa di Almaviva : Maria Bengtsson
Susanna : Julie Fuchs
Figaro : Philippe Sly
Cherubino : Emily D’Angelo
Marcellina : Dorothea Röschmann
Bartolo : Willard White
Basilio : Tansel Akzeybek
Don Curzio : Kevin Conners
Barbarina : Eirin Rognerud
Antonio : Martin Snell
Due donne : Seonwoo Lee / Ekaterine Buachidze

Bayerisches Staatsorchester, dir. Susanna Mälkki
Choeur du Bayerische Staatsoper, dir. Franz Obermair
Mise en scène : Evgeny Titov
Décors et costumes : Annemarie Woods
Lumières : D. M. Wood
Dramaturgie : Janine Ortiz, Katja Leclerc

Le programme

Le Nozze di Figaro

Opera buffa en 4 actes de Wolfgang Amadeus Mozart, livret de Lorenzo da Ponte d’après Beaumarchais, créé le 1er mai 1786 au Burgtheater de Vienne.
Opéra de Munich, représentation du jeudi 3 juillet 2025.

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Maria BengtssonJulie FuchsSusanna MälkkiEmily D'AngeloBjörn BürgerEvgeny TitovPhilippe Sly
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Frédéric Meyer

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