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Il trovatore de la troupe lyrique Opéra 2001 revient à l’affiche à l’Opéra de Massy

par Camillo Faverzani 19 janvier 2025
par Camillo Faverzani 19 janvier 2025

© Opera 2001

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Il trovatore, Opéra de Massy, 17 janvier 2025

Une production qui a fait le tour de l’Espagne

Des symboles déshumanisés

« Les idéologies transforment les individus en symboles déshumanisés », affirme le réalisateur Aquilès Machado dans le programme de salle de cette reprise du Trovatore par la troupe lyrique espagnole Opera 2001. À la saison 2017-2018 cette mise en scène avait fait le tour de bien des villes de la péninsule ibérique auxquelles étaient venues s’ajouter cinq étapes dans le Midi. Cette conception schématique des personnages se reflète donc dans une production à la direction d’acteurs assez conventionnelle, dont les décors et les costumes (Alfredo Troisi) réexhument un Moyen-Âge de tradition, revisité vraisemblablement par le Romantisme. En ressort le beau tableau des bohémiens de l’acte II, à la saveur orientaliste, dégageant une lumière à la Rembrandt.

Pour Manrico, pour Leonora

Dans ce « miroir brutal de la fragilité humaine », Manrico, héros des plus fragiles, s’il en est, est défendu par la voix chaude de David Baños, dont la noblesse d’accent à la Björling se distingue dès le trio de l’acte I. Trouvère à la belle élocution, le ténor espagnol aborde le rôle-titre tout en force, notamment dans le duo avec sa mère, puis dans son air de l’acte III : plus guerrier qu’amoureux dans une cavatine dont les affects se déclarent avec conviction, il sait gérer à merveille les transitions, jusqu’à une cabalette du bûcher claironnante à l’envi, aboutissant au contre-ut de tradition mais sans la reprise.

À ses côtés, Irina Stopina est une Leonora tout aussi bien articulée, dont la sortita met d’emblée en relief la qualité de l’expression, la variété des couleurs, la stabilité du legato, la maîtrise des passages vers le haut du registre, alors que la virtuosité s’épanouit dans la colorature remarquable de la cabalette, quoique légèrement hâtive. Les notes filées de la strette du finale II, aux pianissimi sublimes, annoncent l’air du sacrifice : élégiaque dans l’adagio, sépulcrale dans le Miserere, paradisiaque dans l’allegro (chanté aussi sans sa deuxième strophe), la soprano française accompagne son sens de l’ornementation d’un chant syllabique solide, malgré des trilles par moments savonnés. Dès lors, quel enchantement que ses retrouvailles avec son bien-aimé dans le terzettino menant à l’épilogue sanglant !!!

Des dynamiques laissant respirer les interprètes

Les notes piquées du duo qui précède, en revanche, ne font qu’accentuer le décalage avec le Luna plutôt débraillé de Nicola Ziccardi. Rival encore bien vert et trop figé dès le finale de l’acte I, il paraît à bout de souffle dans le récitatif de son air du cloître, assez fâché avec la justesse dans la cavatine, tout en gagnant en assurance dans la cabalette, nonobstant un legato laborieux.

Azucena aux effets un peu trop appuyés, Jiujie Jin est une gitane au phrasé riche, manquant cependant de projection dans le trio de l’acte III et sonnant moins idiomatique dans le duettino avec Manrico, à l’acte IV.

Quelque peu haché et pas toujours intelligible, butant sur les doubles consonnes, Viacheslav Strelkov est un Ferrando de routine, malgré son beau timbre grave.

Le Coro Lirico Siciliano s’en sort avec les honneurs, martelant dans la scène de l’enclume, martial dans le tableau du campement, où on lui fait néanmoins jouer une pantomime bien ridicule.

De la direction de Constantin Rouits, à la tête de l’Orchestre de l’Opéra de Massy, nous retiendrons des dynamiques qui laissent savamment respirer ses interprètes. Si les tempi sonnent parfois abrupts, comme dans le finale II, l’effet d’orgue dans la transition de l’air de Manrico, se joignant à sa Leonora, est prodigieux.

Public enthousiaste au baisser du rideau. On rejoue à Clermont-Ferrand à la fin du mois.

Les artistes

Il Conte di Luna : Nicola Ziccardi
Leonora : Irina Stopina
Azucena : Jiujie Jin
Manrico : David Baños
Ferrando : Viacheslav Strelkov
Ines : Leonora Ilieva
Ruiz : Federico Parisi
Un vecchio zingaro : Aurelio Palmieri

Orchestre de l’Opéra de Massy, dir. Constantin Rouits
Coro Lirico Siciliano, dir. Francesco Costa
Mise en scène : Aquilès Machado
Décors et costumes : Alfredo Troisi

Le programme

Il trovatore 

Dramma en quatre actes de Giuseppe Verdi, livret de Salvatore Cammarano, d’après Antonio García Gutiérrez, créé au Teatro Apollo de Rome le 19 janvier 1853.
Massy, Opéra, représentation du vendredi 17 avril 2025

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Irina StopinaAquilès MachadoConstantin RouitsViacheslav StrelkovDavid BañosNicola ZiccardiJiujie Jin
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Camillo Faverzani

Professeur de littérature italienne à l’Université Paris 8, il anime le séminaire de recherche « L’Opéra narrateur » et dirige la collection « Sediziose voci. Studi sul melodramma » aux éditions LIM-Libreria musicale italiana de Lucques (Italie). Il est l’auteur de plusieurs essais sur l’histoire de l’opéra. Il collabore également avec des revues et des maisons d’opéra (« L’Avant-scène Opéra », Opéra National de Paris).

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