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« Ô mon salaud… » L’Ange de Nisida de Donizetti au festival de Bergame

par Laurent Bury 10 novembre 2020
par Laurent Bury 10 novembre 2020
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DVD : L'ANGE DE NISIDA de Donizetti au Festival de Bergame

Redécouverte, au Festival Donizetti de Bergame, du rare Ange de Nisida dans lequel le musicien puisera pour composer La Favorite.

« Ô mon Fernand », chante Léonor dans La Favorite. C’est plutôt « Ô mon salaud » que pourrait chanter l’héroïne de L’Ange de Nisida, partition que Donizetti démembra pour en tirer La Favorite, car Fernand n’y est pas le ténor bien-aimé, mais l’odieux baryton… Étrange histoire que celle de cet Ange, commande passée au compositeur italien par le Théâtre de la Renaissance : la faillite dudit théâtre empêcha que l’œuvre, pourtant achevée, soit représentée, et Donizetti se consola en composant pour l’Académie royale de musique un autre opéra sur le même sujet, La Favorite, confié aux mêmes librettistes que L’Ange de Nisida. Reconstituée au prix d’un travail de fourmi, la partition de L’Ange de Nisida a été créée en concert à Londres en juillet 2018, et enregistrée par Opera Rara, et c’est en  novembre 2019 que l’on a enfin pu voir cet opéra sur une scène – au festival Donizetti de Bergame, assez logiquement. Par chance, le label Dynamic en a filmé les représentations, d’où le DVD sorti cet automne.

Face à L’Ange de Nisida, le mélomane se trouve comme face à l’exhumation du Viaggio a Reims de Rossini où l’on reconnaissait des fragments bien connus du Comte Ory. Ici aussi, le plus connu est postérieur à la redécouverte, et l’oreille distingue ici et là des blocs de texte ou de musique devenus familiers grâce à La Favorite (ou à La Périchole, Offenbach et ses librettistes ayant allègrement parodié le chef-d’œuvre français de Donizetti). Si l’on ajoute que Donizetti avait lui-même réutilisé la partition inachevée d’un opéra intitulé Adelaide, toujours sur le même sujet, on obtient un de ces jolis mille-feuilles historico-musicaux dont sont friands les musicologues.

À Bergame, c’est le directeur artistique du festival, Francesco Micheli en personne, qui s’est réservé le plaisir de mettre en scène L’Ange de Nisida, et de nous en mettre plein la vue, en vidant le parterre de ses sièges pour installer les spectateurs sur la scène et dans les loges, ce qui crée un gigantesque espace de jeu de forme ovoïde, sans décors. Des projections symboliques sur le sol, à peine quelques accessoires (des cubes sur lesquels les personnages peuvent s’asseoir), mais surtout une imagination au pouvoir pour les costumes : si les hommes sont en costume noir ou en frac, l’héroïne est gratifiée d’ailes de papier, puis d’une robe de papier que le roi déchire allègrement, le plus spectaculaire étant l’apparition du chœur entièrement vêtu de somptueux costumes médiévaux, dont les motifs géométriques en jaune, rouge et bleu évoquent les créations de Léon Bakst pour Le Martyre de saint Sébastien, mais qui sont également en papier ! A la fin du troisième acte, quand le scandale éclate, les membres du chœur, jusque-là limitée à une gestuelle stéréotypée, arrachent leur superbe parure, symbole de l’effondrement de cet univers d’hypocrisie. Par rapport à La Favorite, l’intrigue est la même, mais elle apparaît plus claire, plus crue dans L’Ange de Nisida, et Fernand – le roi, disions-nous plus haut, et non plus le héros – semble plus odieux que jamais dans la façon dont il enferme sa maîtresse Sylvia sur l’île de Nisida, près de Naples, avant de la faire épouser au premier venu, ou presque. Curieusement, messieurs Royer et Vaëz avaient eu l’idée d’insérer un personnage bouffe, le chambellan-entremetteur Gaspar.

Si l’Orchestra Donizetti Opera n’est pas la plus luxueuse des formations, Jean-Luc Tingaud sait conduire ses troupes à bon port à travers les méandres d’une partition qui passe allègrement du comique au tragique, comme c’est la règle du genre semiserio. Autre Français dans l’équipe, Florian Sempey prend un plaisir visible à incarner le méchant roi de Naples, en attendant d’interpréter un jour Alphonse de La Favorite où ses moyens trouveraient fort bien à s’employer ; il est évidemment celui des interprètes que l’on comprend le mieux, mais il faut saluer la très bonne diction de Konu Kim, à quoi le ténor coréen ajoute de grandes qualités dramatiques et vocales, et l’on comprend qu’il ait déjà remporté de nombreux prix dans des concours internationaux. Le français de Roberto Lorenzi est un peu moins idiomatique, mais le baryton italien se rattrape par sa faconde dans le rôle de Gaspar. On pourrait rêver basse plus profonde que Federico Benetti pour le Moine, mais l’interprète a l’autorité nécessaire au personnage. La soprano russe Lidia Fridman s’approprie avec aplomb l’écrasant rôle-titre : elle en maîtrise la tessiture large, mais l’émission paraît un peu trop systématiquement couverte, malgré un investissement théâtral réel. Sans doute faut-il laisser à cette toute jeune artiste le temps de mûrir encore un peu.

Les artistes

Sylvia de Linarès   Lidia Fridman
Leone de Casaldi   Konu Kim
Don Fernand d’Aragon   Florian Sempey
Don Gaspar   Roberto Lorenzi
Le Moine   Federico Benelli

Orchestra e Coro Donizeti Opera, dir. Jean-Luc Tingaud

Mise en scène  Francesco Micheli 

Le programme

L’Ange de Nisida

 Opéra en quatre actes de Gaetano Donizetti, livret d’Alphonse Royer et Gustave Vaëz. Création mondiale scénique, Bergame, novembre 2019.

2 DVD Dynamic – 174 minutes

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Florian Sempeydonizettifestival de BergameKonu KimLidia Fridman
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Laurent Bury

Une fois hors d'un charnier natal assez septentrional, Laurent Bury a longtemps habité sous les vastes portiques du 123, rue Saint-Jacques, du 45, rue d'Ulm et du 1, rue Victor Cousin (et même ensuite du 86, rue Pasteur, 60007). Longtemps, il s'est couché de bonne heure aussitôt après les spectacles que, de 2011 à 2020, il allait voir pour un autre site opératique. Papillon inconstant, farfallone amoroso, il vole désormais entre divers sites, et a même parfois l'honneur de prêter sa plume aux volumes de L'Avant-Scène Opéra.

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