Concerts du Metropolitan opera Orchestra, Philharmonie de Paris, mardi 1er et mercredi 2 septembre 2026
La Philharmonie de Paris ouvre sa saison 26-27 avec l’orchestre du Met, son chef Yannick Nézet-Séguin et deux grandes voix, Elza van den Heever et Joyce DiDonato devant un parterre de spectateurs debout… et pendant tout le spectacle !
Deux soirées de gala pour ouvrir la nouvelle saison de la Philharmonie avec en invité l’Orchestre du Metropolitan Opéra et son chef attitré, Yannick Nézet-Séguin. Le format retenu est celui des Prem’s, avec un parterre d’orchestre vidé de ses fauteuils et permettant d’accueillir des centaines de spectateurs debout.
Même si l’intention est louable, l’acoustique de la salle est forcément modifiée par cette configuration. Cela devient par moments gênant, ne pouvant plus bien distinguer le son venant de certains pupitres – avec même parfois une sensation de disparition de l’effet « stéréo »… Mais ne boudons pas notre plaisir !
Un premier concert entièrement consacré à Strauss
C’est la suite du Chevalier à la Rose qui ouvre le concert. Elle nous laisse sur notre faim et par moments dubitatifs. Même si tous les pupitre – et notamment les vents – sont admirables de justesse, force est de constater qu’on ne dirige pas Le Chevalier comme Elektra et Salomé. Point n’est besoin de s’agiter outre mesure ni d’user de gestes aussi amples… Aucune fausse note, l’orchestre sonne juste, souvent trop fort, mais il semble manquer quelque chose d’essentiel dans l’interprétation de cette partition : l’élégance. Bref, avec un chef aussi abouti que Nézet-Séguin – et son costume de paillettes ! –, c’est là une lecture par trop « hollywoodienne » du Chevalier à la rose. Réécoutons vite Kleiber ! Ceci dit, cette courte suite avec son concentré de réminiscences sans continuité est bien loin du chef d’œuvre opératique…
Vient ensuite la scène finale de Salomé, chantée par Elza van den Heever qui y avait fait des débuts extraordinaires à Paris en 2022. Complètement incarnée dans ce rôle, la voix est claire et puissante. Les aigus sont nets et précis. Elle se risque même parfois à pousser sa voix jusqu’au cri. On regrette juste que la beauté du chant ne soit couverte par un orchestre jouant trop fort, notamment compte tenu en des problèmes d’acoustique mentionnés plus haut. On ne perçoit pas ainsi la noirceur qui doit poindre de cette partition pour ne retenir que la puissance sonore – sans toutefois pouvoir distinguer clairement chacun des pupitres.
En bis, un très beau lied de Strauss, tout en émotion, « Zueignung », qui finit de séduire un public conquis par avance
Après l’entracte est donné le long poème symphonique en six parties, Ein Heldenleben, créé en 1899. Les musiciens du Metropolitan Opera Orchestra jouent de façon admirable. On retiendra le beau « Des Helden Widersacher », avec ses solos de tuba et hautbois. Mention spéciale au premier violon Benjamin Bowman, d’une très grande sensualité, notamment dans la troisième partie « Des Helden Gefährtin ». Tous les pupitres de vents et de cuivres sont admirables de puissance dans « Des Helden Walstatt ». Dans la dernière section, celle de la retraite du héros, le duo entre le cor anglais et le violon solo est de toute beauté.
Un deuxième concert essentiellement consacré à Mahler
On passera rapidement sur Lumière et Pesanteur, donné en ouverture, courte œuvre de 6 minutes de Kaija Saariaho, pour se concentrer sur le corpus essentiel de cette soirée.
Créés en janvier 1905 à Vienne, les Ruckert-Lieder constituent une forme de perfection absolue du lied mahlérien. Ils sont malheureusement trop peu joués en concert. On se souviendra longtemps du bonheur d’en avoir pu entendre la restitution délivrée par Joyce DiDonato et de ces trop courts moments de grâce, subliment accompagnés par la baguette inspirée de Yannick Nézet-Séguin : on est proprement émerveillé devant une telle maîtrise du chant…
Le premier lied « Blicke mir nicht », inspiré par la beauté de la nature de la villa Maiernigg, permet à Joyce DiDonato, dès les premiers accords, de montrer de façon éclatante, par la maîtrise de sa voix, sa physionomie, son jeu scénique, à quel point elle est habitée par cette partition.
Dans le deuxième et très court lied « Ich atmet », Mahler invente une orchestration spécifique en renonçant aux violoncelles et aux contrebasses. On se rappelle aussi que Rückert était un poète mais aussi un orientaliste réputé et spécialiste de philologie chinoise. Mahler y introduit la gamme pentatonique, essentielle dans son univers musical.
Le troisième lied « Liebst du um Schönheit », aux réminiscences wagnériennes, est une déclaration d’amour de Mahler à sa femme, fasciné par sa beauté. C’est un moment d’équilibre entre voix et orchestre qui nous touche jusqu’aux larmes.
Le quatrième lied « Um Mitternacht » surpasse en beauté tous les autres. Ici, Mahler se limite aux instruments à vent et aux harpes renonçant aux cordes. La manière qu’a de Joyce DiDonato de répéter ces simples deux mots « Um Mitternacht », imperceptibles au début pour se transformer plus tard en quasi cri, avant, dans la dernière strophe, de s’en remettre à Dieu, est d’une émotion rarement atteinte.
Quand au cinquième lied « Ich bin der Welt abhanden gekommen », la fusion totale de la voix et du cor anglais est admirable de bout en bout. Dans cet abandon total qui clôt l’œuvre, on reste sans voix, sans même oser applaudir…
Après quelques secondes interminables de silence, c’est un tonnerre d’applaudissements suivis de nombreux rappels qui viendra saluer cette sublime interprétation.
En deuxième partie fut donnée la quatrième symphonie de Mahler, en rupture avec ses deux précédentes beaucoup plus longues et nécessitant un orchestre des plus étendus. Mahler revient ici à la forme classique en quatre mouvements. Le début de la symphonie a un tempo inhabituellement rapide et qui bouleverse quelque peu notre habitude d’écoute. Le scherzo donne la part belle au premier violon. L’andante est de toute beauté se terminant après un tutti admirablement mené, comme sur un murmure. Enfin, plus court que les autres, le dernier mouvement noté « Sehr behaglich » s’appuie sur un lied du Knaben Wunderhorn, composé quelques années avant. Joyce DiDonato, placée cette fois au fond de l’orchestre tente d’y incarner avec fraîcheur un enfant décrivant le Paradis avec toute une litanie de saints qui incitent tous à la joie. On reste malgré tout un peu gêné, car on la sent mal à l’aise dans son chant, même si la voix reste belle.
En bis, l’admirable « Urlicht. O Röschen rot » tiré du Knaben Wunderhorn et de la deuxième symphonie de Mahler est chanté, en totale fusion avec l’orchestre, avec une retenue et une émotion qui vient nous tirer quelques dernières larmes…
Deux très belles soirées pour ouvrir en fanfare une saison qui s’annonce prometteuse.
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The Met Orchestra, dir. Yannick Nézet-Séguin
Elza van den Heever, soprano (1er septembre 2026)
Joyce DiDonato, mezzo-soprano (2 septembre 2026)
Concerts de l’Orchestre du Metropolitan Opera de New York, accompagné par son directeur musical Yannick Nézet-Séguin
Concert du mardi 1er septembre 2026 :
Richard Strauss
Suite du Chevalier à la rose
Salomé, Scène finale
Une vie de héros, poème symphonique
Concert du mercredi 2 septembre 2026 :
Kaija Saariaho
Lumière et Pesanteur
Gustav Mahler
Rückert-Lieder
Symphonie n° 4
Concerts du Metropolitan opera Orchestra, Philharmonie de Paris, mardi 1er et mercredi 2 septembre 2026

