À la une
Carmen : nouvelle mise en scène de Damiano Michieletto à la Scala...
Entre larmes et éclats de rire : les deux visages de...
Lucia di Lammermoor : la mise en scène de Yannis...
Otello préfère l’amour en mer à l’opéra de Liège
La colline verte n’a pas fini de rougir — L’affaire...
Les Deux Pêcheurs au Théâtre du Châtelet, une amitié qui fait...
Les opéras du monde – Bayerische Staatsoper, l’âme lyrique de...
Le nozze di Teti e Peleo : quand la Discorde...
Le dernier scandale de Monteverdi : Poppea, influenceuse de l’Empire...
Daniel-François-Esprit AUBER : un maître de l’opéra romantique à redécouvrir
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs
Première Loge

Pour ne rien manquer de l'actualité lyrique, restons en contact !

ProductionCompte renduVu pour vous

Lucia di Lammermoor : la mise en scène de Yannis Kokkos revient à la Scala pour une seconde série de représentations

par Camillo Faverzani 28 juin 2026
par Camillo Faverzani 28 juin 2026

© Brescia / Amisano – Teatro alla Scala

© Brescia / Amisano – Teatro alla Scala

© Brescia / Amisano – Teatro alla Scala

© Brescia / Amisano – Teatro alla Scala

© Brescia / Amisano – Teatro alla Scala

© Brescia / Amisano – Teatro alla Scala

0 commentaires 1FacebookTwitterPinterestEmail
40

Lucia di Lammermoor, Teatro alla Scala, vendredi 26 juin 2026

Annoncés en début de saison, les débuts scaligères de Pene Pati n’auront pas lieu… du moins pour le moment

Une conception minimaliste qui transpose l’action dans les années 1920

Le public milanais connaît bien la production de Yannis Kokkos, responsable aussi des décors et des costumes, pour l’avoir déjà découverte au printemps 2023, avec Lisette Oropesa et Juan Diego Flórez en tête d’affiche, et sous la baguette de Riccardo Chailly. Cette œuvre, populaire s’il en est, a vu le jour dans la capitale lombarde en 1839, sous les auspices de Giuseppina Strepponi, les meilleures interprètes du rôle s’alternant au fil des décennies, dont Maria Callas, bien sûr, dans la mythique version d’Herbert von Karajan (direction et mise en scène). Curieusement il n’a que rarement inauguré la saison : une seule fois, en décembre 1967, avec Renata Scotto en héroïne et Claudio Abbado au pupitre.

Puisque la conception du réalisateur franco-grec a déjà été recensée dans ces colonnes, bornons-nous à rappeler son côté minimaliste qui transpose l’action dans les années 1920, comme l’évoque le maître d’œuvre lui-même dans le programme de salle. C’est un univers de chasseurs bien plus stylisé que celui que nous avait proposé Evgeny Titov le mois dernier à l’Opéra-Comique : sculptures Art Nouveau portraiturant deux limiers au premier plan et un grand cerf à l’arrière, dans la forêt de l’introduction ; le gisant voilé de la mère de Lucia remplaçant la fontaine, à moins que ce ne soit un présage de la déraison et de la mort imminentes de la jeune femme ; un séjour bourgeois chez les Ashton où le cerf géant est maintenant porté sur le devant de la scène ; des meubles recouverts de draps blancs dans la retraite de Wolferag ; un grand escalier pour la tableau de la folie où s’affiche une immense gravure dépeignant le même cerf attaqué par la chiens, une lumière rouge (Vinicio Cheli) venant illustrer l’épisode sanglant ; deux énormes statues de la mort illustrant respectivement la faucheuse et l’offrande des cendres dans le cimetière des Ravenswood.

Une Lucia d’une grande épaisseur

Mais venons-en à l’interprétation musicale. Dès sa sortita, Rosa Feola s’impose comme une Lucia d’une grande épaisseur, bien éloignée des soubrettes du bon vieux temps vers lesquelles il est encore tentant de revenir : drammatico d’agilità sachant savamment marier étendue de l’instrument et colorature. Un récitatif au portamento très intense annonce ainsi une cavatine à la ligne magistrale et au decrescendo virtuose dans les transitions ; et si certains trilles pourraient parfois demander davantage de rondeur, les roulades de la cabalette confirment une longueur du souffle exceptionnelle que viennent agrémenter des notes piquées de tout premier ordre, des variations époustouflantes dans la reprise, une corona aérienne et un aigu voluptueux. Les spectateurs l’ont bien compris : nous tenons là une artiste rare et les applaudissements ne semblent guère vouloir s’arrêter. La scène de la folie ne fait que confirmer de telles qualités, même si, au début, elle souffre d’un éloignement spatial sans doute excessif : le récitatif est un festival de couleurs, notamment dans l’évocation du mariage (les fioritures sur « a piè dell’ara… »), cependant que le cantabile est d’abord murmuré sur le fil (« Alfin son tua »), instaurant un dialogue lunaire avec un armonica de verre aux tonalités surnaturelles, le moderato se singularisant par une messa di voce prodigieuse dans la reprise, couronnée par des teintes saisissantes et par la rondeur maintenant parfaite des vocalises.

Piero Pretti s’engage totalement dans un rôle qu’il a assidûment fréquenté

Quelque peu décevant dans son air de présentation, l’Enrico de Boris Pinkhasovich ne sonne guère idiomatique dans le récitatif, malgré une élocution adroite ; plutôt engorgé dans le larghetto, il sait toutefois faire preuve d’un art de la nuance considérable, le manque d’éclat de l’allegro confirmant néanmoins un charisme passablement insuffisant. Dans le duo avec sa sœur l’écart est flagrant entre l’ampleur de sa partenaire, solaire et rayonnante, et sa réserve excessive. Au paroxysme de la trahison supposée (« Soffriva nel pianto… »), il répond par des accents véristes qui conviennent sans doute à la transposition de la mise en scène mais qui n’ont nullement leur place chez Donizetti : Ashton a beau être un malfrat ; il est tout de même conscient de son rang et de la place qu’il veut à tout prix reconquérir dans la société ; vociférant à l’excès, il apparaît donc en net contraste avec les envols paradisiaques de sa victime lors du sacrifice, tout particulièrement dans la réplique de la strette (« Tu che vedi il pianto mio… »). Ce n’est que dans duo de Wolferag que l’émulation de son acolyte lui confère enfin une meilleure adéquation à son personnage, notamment dans une cabalette martiale électrisante, reproposée piano dans la seconde strophe.

Remplaçant Pene Pati annoncé en début de saison, Piero Pretti est un vétéran du rôle d’Edgardo pour l’avoir abordé, entre autres, dans le temple scaligère l’hiver 2014, face à la Lucia de Jessica Pratt et dans la production de Mary Zimmermann. Son timbre n’est probablement pas le plus beau du monde, mais la voix est claire et la déclamation bien projetée ; dans le duo avec sa bien-aimée, un zest de chaleur en plus l’aurait visiblement mieux assis dans son personnage d’amoureux, mais nous sommes un soir de première et c’est son entrée en scène. Leur entente est néanmoins parfaite et nous sommes aux anges lorsque l’avenir est encore encourageant (« Verranno a te sull’aure »). Son irruption, déclenchant le finale central, est vraisemblablement le moteur essentiel du largo concertato qu’il mène sans réserve jusqu’à la malédiction de la strette, Lucia sublimant dans l’aigu la rupture qui se consume. Dans l’épilogue, il sait superbement conjuguer le désabusement du récitatif, tenu par un souffle infini, la passion du larghetto, le drame du tempo di mezzo et la contrition de la cabalette, jusqu’à l’admirable canto spezzato de la mort. Dommage, dès lors, que les applaudissements viennent perturber l’atmosphère après le cantabile, comme déjà dans la précédente scène d’aliénation.

Michele Pertusi défend Raimondo Bidebent en vieux routier de théâtre qu’il est. Si la longueur de souffle accuse parfois les ravages du temps, le cantabile du contrat de mariage est un modèle de phrasé, le moderato révélant quelques passages problématiques, surtout dans la partie haute du registre. Très solennel, le maestoso annonçant la démence de l’héroïne est un exemple d’intensité, répondant au bel effet des répliques du chœur. Tenorino de tradition, Leonardo Cortellazzi campe un Arturo au timbre aigre. Tandis que Paolo Antognetti incarne un Normanno claironnant, à l’articulation soignée. Issue de l’Accademia de la Scala, Hyeonsol Park est une Alisa prometteuse, se distinguant davantage dans le tempo di mezzo de la folie.

La baguette de Speranza Scappucci n’est pas indemne d’un certain déséquilibre. Dans le prélude, les vents, peu harmonieux, semblent, par moments, fâchés avec la justesse et les cuivres sonnent bruyants. On dirait qu’une certaine lourdeur n’abandonne jamais les accompagnements orchestraux, allant occasionnellement jusqu’à mettre en difficulté les chanteurs, Enrico en particulier, mais aussi en couvrant les belles intonations d’Edgardo au début du duo du défi. Relevons cependant la harpe cristalline de la fontaine et l’adéquation au propos de ce même duo de la tour, préfigurant l’orage, que la production agrémentée d’éclairs même dans la salle. Pas aidés par la direction, les chœurs de la Scala sont toujours remarquables, s’accommodant de la rapidité de la battue à la scène des noces, ou encore du murmure du deuil.

Triomphe au rideau pour tous les interprètes et pour le metteur en scène, revenu pour cette nouvelle édition ; consécration de Rosa Feola comme une grande Lucia. Retransmise en directe sur Rai Radio 3, la soirée sera diffusée en juillet ou ultérieurement par d’autres chaînes nationales, en Espagne, aux Pays-Bas, en Belgique et en Croatie.

  • Si vous souhaitez publier un commentaire (dans l’encadré ci-dessous, en bas de page), merci de prendre connaissance auparavant de la « Charte des commentaires » ! / If you wish to post a comment (in the box below, at the bottom of the page), please read the “Comment Policy” first!
Les artistes

Lord Enrico Ashton : Boris Pinkhasovich
Lucia di Lammermoor : Rosa Feola
Sir Edgardo di Ravenswood : Piero Pretti
Lord Arturo Bucklaw : Leonardo Cortellazzi
Raimondo Bidebent : Michele Pertusi
Alisa : Hyeonsol Park
Normanno : Paolo Antognetti

Orchestra del Teatro alla Scala, dir. Speranza Scappucci
Coro del Teatro alla Scala, dir. Alberto Malazzi
Mise en scène, décors et costumes : Yannis Kokkos
Lumières : Vinicio Cheli
Vidéo : Éric Duranteau

Le programme

Lucia di Lammermoor

Dramma tragico en deux parties et trois actes de Gaetano Donizetti, livret de Salvatore Cammarano, créé au Teatro di San Carlo de Naples le 26 septembre 1835.
Milan, Teatro alla Scala, représentation du vendredi 26 juin 2026.

image_printImprimer
Leonardo CortellazziPiero PrettiYannis KokkosBoris PinkhasovichRosa FeolaSperanza Scappucci
0 commentaires 1 FacebookTwitterPinterestEmail
Camillo Faverzani

Professeur de littérature italienne à l’Université Paris 8, il anime le séminaire de recherche « L’Opéra narrateur » et dirige la collection « Sediziose voci. Studi sul melodramma » aux éditions LIM-Libreria musicale italiana de Lucques (Italie). Il est l’auteur de plusieurs essais sur l’histoire de l’opéra. Il collabore également avec des revues et des maisons d’opéra (« L’Avant-scène Opéra », Opéra National de Paris).

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Sauvegarder mes informations pour la prochaine fois.

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

post précédent
Otello préfère l’amour en mer à l’opéra de Liège
prochain post
Entre larmes et éclats de rire : les deux visages de Puccini triomphent au Coliseu do Porto

Vous allez aussi aimer...

Carmen : nouvelle mise en scène de Damiano Michieletto à...

29 juin 2026

Entre larmes et éclats de rire : les deux...

29 juin 2026

Otello préfère l’amour en mer à l’opéra de...

28 juin 2026

Les Deux Pêcheurs au Théâtre du Châtelet, une...

24 juin 2026

Le nozze di Teti e Peleo : quand...

23 juin 2026

Le dernier scandale de Monteverdi : Poppea, influenceuse...

22 juin 2026

Le Requiem de Verdi à Bordeaux : l’audace...

21 juin 2026

Rendez-vous annuel : la Folle soirée de Radio Classique...

20 juin 2026

Juan Diego Flórez à Bordeaux : le portrait...

20 juin 2026

Naples, Adriana Lecouvreur : Et l’ombre de Magda Olivero...

19 juin 2026

Humeurs

  • La colline verte n’a pas fini de rougir —
    L’affaire Friedman et les fantômes de Bayreuth : le festival Wagner bute sur son passé antisémite

    26 juin 2026

En bref

  • Les brèves de juin –

    19 juin 2026
  • Ça s’est passé il ya 200 ans : création de Don Gregorio de Gaetano Donizetti

    11 juin 2026

La vidéo du mois

Édito

  • L’été des festivals : la parenthèse enchantée qu’attendent tous les lyricophiles !

    3 juin 2026

Suivez-nous…

Suivez-nous…

Commentaires récents

  • Le Clerre dans Otello préfère l’amour en mer à l’opéra de Liège
  • Stéphane Lelièvre dans Otello préfère l’amour en mer à l’opéra de Liège
  • J. Francois dans Otello préfère l’amour en mer à l’opéra de Liège
  • Sabine Teulon Lardic dans La colline verte n’a pas fini de rougir —
    L’affaire Friedman et les fantômes de Bayreuth : le festival Wagner bute sur son passé antisémite
  • Marc Dumont dans Bach (Cantates II : Actus tragicus) à Versailles : le souffle profond de Gardiner

Première loge

Facebook Twitter Linkedin Youtube Email Soundcloud

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Login/Register

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Rechercher

Archives

  • Facebook
  • Twitter
  • Youtube
  • Email
Première Loge
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs

A découvrirx

Carmen : nouvelle mise en scène de...

29 juin 2026

Entre larmes et éclats de rire :...

29 juin 2026

Otello préfère l’amour en mer à...

28 juin 2026