À la une
Saison 26-27 de l’Opéra de Paris : 19 productions lyriques...
Et Marseille porta au pinacle des Dialogues des Carmélites sublimés
Les brèves de mars –
Il Trovatore à Monte-Carlo, un opéra de chef… aussi !
Se préparer à LE VILLI, Puccini (1884) – Opéra de...
Parme – Manon Lescaut : une mise en scène raffinée...
Manon Lescaut: una messa in scena raffinata che seduce i...
CD – Tout Puccini (ou presque) avec Sondra Radvanovsky
Découvrez la saison 26-27 de l’Opéra Orchestre Normandie Rouen
Florence : Le Château de Barbe-Bleue / La Voix humaine –...
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs
Première Loge

Pour ne rien manquer de l'actualité lyrique, restons en contact !

ProductionCompte renduVu pour vous

Et Marseille porta au pinacle des Dialogues des Carmélites sublimés

par Frédéric Meyer 28 mars 2026
par Frédéric Meyer 28 mars 2026

© Christian Dresse 2026

© Christian Dresse 2026

© Christian Dresse 2026

© Christian Dresse 2026

© Christian Dresse 2026

© Christian Dresse 2026

© Christian Dresse 2026

© Christian Dresse 2026

0 commentaires 6FacebookTwitterPinterestEmail
76

Dialogues des Carmélites, Opéra de Marseille, mercredi 25 mars 2026

Sur un livret adapté par le compositeur d’un scénario posthume de Bernanos, Dialogues des Carmélites fut créé en 1957 à Milan en italien avec une distribution prestigieuse (comportant entre autres Leyla Gencer et  Virginia Zeani), après les péripéties que l’on connaît[1]. Poulenc a composé là une des plus belles partitions lyriques du XXe siècle. Après plus de vingt ans d’absence, ce chef d’œuvre absolu revient enfin à Marseille. Et l’on ne peut que s’en réjouir, la réussite de cette nouvelle production étant totale à tout point de vue.

La mise en scène de Louis Désiré est admirablement sobre et d’une efficacité extraordinaire, magnifiée par les superbes lumières de Patrick Mééus sur un plateau nu entouré de rideaux noirs : une « sombre clarté », pour paraphraser Victor Hugo. On se souviendra longtemps de la mise en valeur des visages de chaque chanteur/acteur, formidablement éclairés et déjà transcendés par un magnifique jeu d’acteur. Au premier acte, le salon du marquis de la force est complètement resserré et caché par un immense voilage noir permettant aux chanteurs de passer entre deux mondes déjà séparés. Une immense lame de guillotine traversant tout le plateau annonce la fin tragique à venir. La mort de la prieure est un formidable moment : un simple lit est éclairé sur une scène vide, plongée dans la pénombre. Au long des trois actes, le décor se résume essentiellement à un plateau nu permettant des mouvements parfaitement maîtrisés. Le paroxysme de l’émotion est atteint avec la scène de l’échafaud. Les carmélites chantent le Salve regina jusqu’à leur mort, alignées sur le devant de la scène après avoir attaché un ruban rouge autour de leur cou. Après chaque son de couperet, chacune d’entre-elles l’arrachera pour se diriger vers le fond de scène, baigné d’une lumière blanche aveuglante. Ce Salve regina est, jusqu’à la mort de Blanche, d’une beauté vocale et émotionnelle qui reste longtemps en mémoire. Le tout dernier accord confié aux cordes fait partie d’un des plus belles fins d’opéra jamais écrites, et tombe comme un couperet, laissant place aux vivat de l’auditoire.

Tous les pupitres de l’orchestre, placés sous la baguette précise de Debora Waldman, sont admirables, même si on a du mal à comprendre pourquoi avoir placé deux harpes dans une avant-scène qui plus est amplifiées, et les percussions dans une autre. Cela crée un déséquilibre du volume sonore, flagrant avec les musiciens présents en fosse, et parfois vraiment dérangeant notamment avec les cloches beaucoup trop fortes. Mais Debora Waldman, beaucoup trop humble aux saluts, réussit à nous faire admirer chaque note de cette incandescente partition.

Après les légendaires Denise Duval, Rita Gorr, et Régine Crespin, il n’est pas toujours aisé de trouver des voix adaptées aux Dialogues. Car cet opéra ne requiert pas uniquement des voix dotées de puissance, mais aussi et surtout d’un art de la déclamation, de l’intonation, de la prosodie. Nous fûmes comblés sur ce plan, le pari étant plus que réussi. Chacun des rôles mineurs, tous très bien tenus, serait à louer : tous ne méritent que des louanges, notamment Sœur Mathilde, chantée par Esma Mehdaoui.

Madame de Croissy, la prieure du carmel, est interprétée par Lucie Roche, elle-même d’origine marseillaise. Dès son entrée, on est saisi par sa voix chaude et son art de dialoguer avec Blanche, rehaussé par une physionomie très expressive. La scène de la mort est d’une émotion rarement atteinte, qui nous laisse pantois. Sa prononciation reste exemplaire, même quand le chant se fait murmure. Vocalement, on ne sait qu’applaudir le plus, la puissance, la projection parfaite des aigus.
Après Rouen et Nancy, Hélène Carpentier s’attaque de nouveau à ce rôle ô combien difficile et écrasant de Blanche de la Force, avec encore plus de maturité. Elle communique parfaitement ses émotions tout au long des trois actes, tiraillée entre son attachement aux valeurs de sa famille, et son engagement total qui la poussera au don de soi puis au martyre final. Son respect la prosodie, si nécessaire chez Poulenc, est parfait. On est admiratif par sa facilité à mener son personnage jusqu’au terme de l’œuvre, avec force et une puissance vocale remarquable. Les derniers versets du Salve Regina, à la fin de l’œuvre, sont plus que bouleversants.

Madame Lidoine est interprétée par Angélique Boudeville, déjà aguerrie dans des rôles importants tels que Leonora du Trouvère, Marguerite de Faust ou Mathilde de Guillaume Tell. Elle  aborde le rôle de la seconde prieure, avec une voix nette et précise, mais surtout une incroyable présence scénique allant de la colère contenue à la résignation. Son long monologue « à la bonne franquette » impeccablement mené se termine avec une teinte de désespoir communicatif quand elle exhorte à se méfier même du martyre.

Eugénie Joneau, qui faisait déjà partie de la distribution des Dialogues rouennais en janvier 2025 aux côtés de Lucile Richardot, est une magnifique Mère Marie. Elle succède avec noblesse et force à la mort de la prieure, en poussant l’ensemble de sa communauté à prononcer le vœu du martyre. Le spectre vocal est très large, des graves aux aigus – qu’elle a magnifiques.
Ana Escudero, est très convaincante en sœur Constance : la voix est fort belle mais manque un peu de force et de puissance pour couvrir l’orchestre de Poulenc.
Dans le rôle du Marquis de la Force, Marc Barrard, est légèrement en retrait. Si sa diction et son jeu de scène sont à louer, la puissance de la voix reste par moments inégale.
Léo Vermot-Desroches est un Chevalier de la Force convenable et vocalement superbe dans les aigus. Son jeu de scène en revanche ne convainc pas complètement en raison d’une expressivité pas toujours bien contrôlée.
Kaelig Boché, enfin, fait preuve d’une très grande aisance dans le rôle de l’aumônier, qu’il avait déjà chanté à Nancy. Son très beau jeu de scène vient s’ajouter à une voix claire et nette. Ses moyens vocaux lui permettent de ciseler avec précision chacune de ses interventions.

Cette mémorable soirée marseillaise fut accueillie par des applaudissements à n’en plus finir. On s’estime chanceux d’avoir vécu de tels moments, finalement assez rares sur les scènes lyriques…

[1] Les droits sur le texte de Bernanos avaient été achetés par le dramaturge américain Emmet Lavery.

  • Si vous souhaitez publier un commentaire (dans l’encadré ci-dessous, en bas de page), merci de prendre connaissance auparavant de la « Charte des commentaires » ! / If you wish to post a comment (in the box below, at the bottom of the page), please read the “Comment Policy” first!
Les artistes

Blanche de la Force : Hélène Carpentier
Madame de Croissy : Lucie Roche
Madame Lidoine : Angélique Boudeville
Sœur Constance : Ana Escudero
Mère Marie de l’Incarnation : Eugénie Joneau
Mère Jeanne : Laurence Janot
Sœur Mathilde : Esma Mehdaoui
Le Marquis de la Force : Marc Barrard
Le Chevalier de la Force : Léo Vermot-Desroches
L’Aumônier : Kaëlig Boché
Le Geôlier : Gilen Goicoechea
Le 1er Commissaire : Yan Bua
Le 2ème Commissaire / L’Officier : Frédéric Cornille
Thierry : Thomas Dear
Monsieur Javelinot : Raphaël Brémard

Orchestre et Chœur de l’Opéra de Marseille, dir. Debora Waldman
Mise en scène : Louis Désiré
Décors et costumes : Diego Méndez-Casariego
Lumières : Patrick Mééüs

Le programme

Dialogues des carmélites

Opéra français en trois actes de Francis Poulenc, livret du compositeur d’après un scénario posthume de Georges Bernanos inspiré de la nouvelle de Gertrud von Le Fort La Dernière à l’échafaud (Die Letzte am Schafott), créé (en version italienne) le 26 janvier 1957 à la Scala de Milan, puis (dans sa version française) à l’Opéra de Paris le 21 juin 1957.
Opéra de Marseille, représentation du mercredi 25 mars 2026.

image_printImprimer
Kaëlig BochéLouis DésiréHélène CarpentierDebora WaldmanEugénie JoneauLucie RocheAna EscuderoEsma MehdaouiPatrick MééüsAngélique Boudeville
0 commentaires 6 FacebookTwitterPinterestEmail
Frédéric Meyer

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Sauvegarder mes informations pour la prochaine fois.

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

post précédent
Les brèves de mars –

Vous allez aussi aimer...

Il Trovatore à Monte-Carlo, un opéra de chef…...

25 mars 2026

Parme – Manon Lescaut : une mise en...

25 mars 2026

Manon Lescaut: una messa in scena raffinata che...

25 mars 2026

Florence : Le Château de Barbe-Bleue / La Voix...

24 mars 2026

Lyon : Le vaisseau fantôme de Billy Budd

23 mars 2026

Les Enfants terribles de Philip Glass à l’Opéra...

22 mars 2026

Lyon : Une lecture « dantesque » réjouissante de Manon Lescaut

22 mars 2026

Un somptueux Orlando au Théâtre des Champs-Elysées devenu...

22 mars 2026

Opéra de Zurich – Meurtre sur le Nil,...

17 mars 2026

Salle Gaveau : l’apothéose verdienne de Roberto Alagna

17 mars 2026

Humeurs

  • Les stars d’Hollywood et l’opéra : Chalamet vs. DiCaprio

    14 mars 2026

En bref

  • Les brèves de mars –

    27 mars 2026
  • Ça s’est passé il y a 300 ans : création de Scipione de Händel

    12 mars 2026

La vidéo du mois

Édito

  • Transposer un mythe dans la contemporanéité : mettre à jour… ou mettre à plat ?

    1 mars 2026

PODCASTS

PREMIÈRE LOGE, l’art lyrique dans un fauteuil · Adriana Gonzàlez & Iñaki Encina Oyón – Mélodies Dussaut & Covatti

Suivez-nous…

Suivez-nous…

Commentaires récents

  • meyer frederic dans Florence : Le Château de Barbe-Bleue / La Voix humaine – Crime au téléphone : le fil brisé d’un diptyque… recousu de force !
  • Sandra Bonazzi dans Manon Lescaut: una messa in scena raffinata che seduce i giovani e il folto pubblico
  • HOFFMAN dans Timothée Chalamet, ou la médiocrité tranquille
  • Renza dans Manon Lescaut: una messa in scena raffinata che seduce i giovani e il folto pubblico
  • SONDRA RADVANOVSKY : « In a recording studio you can aim for perfection. On stage you’re aiming for truth ». – Sondra Radvanovsky dans SONDRA RADVANOVSKY : « In a recording studio you can aim for perfection. On stage you’re aiming for truth ».

Première loge

Facebook Twitter Linkedin Youtube Email Soundcloud

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Login/Register

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Rechercher

Archives

  • Facebook
  • Twitter
  • Youtube
  • Email
Première Loge
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs

A découvrirx

Il Trovatore à Monte-Carlo, un opéra...

25 mars 2026

Parme – Manon Lescaut : une...

25 mars 2026

Manon Lescaut: una messa in scena...

25 mars 2026