À la une
Saison 2026-2027 du Palazzetto Bru Zane : défricheurs un jour,...
Les rencontres musicales de Vézelay 2026 sous le signe de...
Se préparer à ROBINSON CRUSOÉ, Opéras de Nantes, Angers, Rennes, 10...
Les brèves de mai –
Quand WHOOPI GOLDBERG affiche sa passion pour l’art lyrique !
L’iconoclaste Midsummer Festival Hardelot, édition 2026
Saison 2026-2027 de l’Opéra de Hambourg
Étienne Dupuis à Lyon : du grand, du beau, du...
Covent Garden et la Monnaie de Bruxelles solidaires de Paata...
Théâtre des Champs-Élysées : Mozart et Rossini marquent la rencontre entre...
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs
Première Loge

Pour ne rien manquer de l'actualité lyrique, restons en contact !

ProductionCompte renduVu pour vous

De l’eau aux assoiffés ! Tristan et Isolde à Gênes

par Marie Gaboriaud 14 février 2026
par Marie Gaboriaud 14 février 2026

© Marinela Imbrescia

© Marinela Imbrescia

© Marinela Imbrescia

© Marcello Orselli

© Marinela Imbrescia

0 commentaires 5FacebookTwitterPinterestEmail
1,2K

Tristan et Isolde, Gênes, vendredi 13 février 2026

Enfin ! après des années d’abstinence forcée, le public génois peut voir et entendre du Wagner à la maison ! Sauf erreur, la dernière occasion datait de 2010. Sur les trente dernières années, le site Operabase ne garde en mémoire que 4 productions wagnériennes à Gênes en version scénique, avant celle-ci : deux Tristan (1998 et 2010), Lohengrin (1999) et Parsifal (2004). Dans le même temps, il faut reconnaitre que les programmes symphoniques compensent, abreuvant les assoiffé.e.s « germanolâtres » – dont je suis – de musique allemande. On peut malgré tout parler d’un événement, dans un contexte provincial où, logiquement, domine très largement l’opéra italien, avec les pratiques qui lui sont liées : applaudissements systématiques après les arias, et mondanités à l’avenant dans la salle.

On mesure d’autant mieux, dans ce contexte, combien l’opéra wagnérien fut une petite révolution en pleine époque rossinienne : encore aujourd’hui, passer cinq heures au théâtre Carlo Felice immergé.e.s dans la musique, sans interruption (hormis les nécessaires pauses restauratives) crée une ambiance inhabituelle, et impose une qualité d’attention majeure. De façon significative, une fois le rideau tombé, malgré la fatigue et l’heure tardive, point de ruée des premiers rangs vers le vestiaire et le parking avant même la fin des saluts, comme il est d’usage de le voir (à Gênes comme ailleurs).  

Le mérite en revient en grande partie à la proposition dramatique de Laurence Dale, qui a parié, comme souvent, sur une mise en scène assez sobre et minimaliste, mais aussi méditative. Les mouvements semblent volontairement arrêtés, suspendus, comme pour ne pas déranger la musique, qui, en effet, « fait le job ! ». La scène met à contribution le grand plateau tournant du Carlo Felice, surmonté d’une scène ovale créant tour à tour, de façon très judicieuse, plusieurs visions géométriques, d’une longue ligne diagonale inclinée d’un bout à l’autre de la scène, à un espace circulaire ouvert, puis fermé. La scène est par ailleurs surmontée d’un autre cercle lumineux : scénographie efficace dans sa simplicité, qui suggère d’autres grands « ronds » opératiques avec lesquels dialogue en effet Tristan (le Ring et Pélléas par exemple). Cette installation permet aussi au spectateur d’y projeter les grands thèmes de l’opéra : contrainte et liberté, finitude et éternité.

Une scénographie géométrique, des costumes anhistoriques, peu de mobilier, et l’habillage de la scène confié aux projections vidéo et aux lumières : on l’aura compris, Laurence Dale fait le choix de l’abstraction et laisse la musique faire son office sans surcharger le spectacle, choix tout à fait opportun. On commence malgré tout à se lasser des projections vidéo un tantinet kitsch qu’affectionne le metteur en scène, représentant tantôt la mer, tantôt les nuages : si dans sa Danaé de l’année dernière on pouvait les mettre sur le compte d’une réflexion assumée sur les conventions théâtrales, dans l’épure de son Tristan, au contraire, elles ne font pas très bon effet, pas plus que les silhouettes d’arbres du deuxième acte, qui semblent eux aussi une redite du Songe de Britten de 2023,  où ils étaient cependant sublimés par des jeux de lumière et une ambiance fantasmagorique. Les projections abstraites « à la Turner » du troisième acte nous ont semblé beaucoup plus belles et plus efficaces, hypnotiques dans leurs variations continues et imperceptibles, tout comme les ombres fantomatiques projetées sur le rideau de scène pendant le prélude, qui reviennent hanter Tristan au troisième acte.

Marjorie Owens, qui devait débuter en Isolde, a malheureusement été empêchée, et remplacée par Soojin Moon-Sebastian, qui l’incarnait aussi pour la première fois. La soprano allemande habite le rôle avec passion et une très grande sensibilité ; la voix est à la fois dramatique et fraîche, et la souplesse dont fait preuve la musicienne lui permet d’imprimer à cette Isolde une grande complexité, de l’extrême douceur à la résolution la plus féroce. Elle ne déçoit pas dans la Liebestod, poignante dans le froid contraste noir et blanc choisi pour la transfiguration de la dernière scène.

Face à elle, le ténor Tilmann Unger, habitué des rôles wagnériens, s’inscrit dans un registre plus soutenu et convainc moins pleinement. Un peu rigide dans sa posture – mais peut-être est-ce un choix scénographique ? – dans les deux premiers actes, il livre cependant une performance dramatique bouleversante au troisième acte. La voix belle, sombre, privilégie cependant la finesse à la puissance, au point que le volume parait parfois un peu limité, et que la ligne vocale peine à passer au-dessus de l’orchestre dans les fortissimi.

Nicolò Ceriani forme avec lui un duo complémentaire, campant un Kurwenal au timbre chaud et vivant, au jeu scénique très naturel, pointe de légèreté bienvenue dans le flot wagnérien.

La jeune basse Evgeny Stravinsky parvient à donner vie et sensibilité au roi Marke, en alliant puissance, retenue, et justesse dramatique. Il semble l’incarnation même de Wagner, lorsqu’il  demande, autant à Tristan qu’à lui et à nous-mêmes : « Den unerforschlich tief geheimnisvollen Grund, / Wer macht der Welt ihn kund? » (« La raison profonde, secrète, insondable, /Qui la révélera au monde ? »)

Enfin, Daniela Barcellona, qui a depuis l’année dernière ajouté le rôle de Brangäne à son répertoire, en livre une version explosive et habitée : l’assurance et l’ampleur de son timbre permettent de créer un personnage solide et à fleur de peau. 

L’orchestre du Carlo Felice est au rendez-vous et ravit les oreilles des wagnériens. Augmenté de son volume habituel, en particulier du côté des vents, il ne boude pas son plaisir de pouvoir « envoyer du lourd », sous la baguette d’un habitué de la maison, Donato Renzetti. Celui-ci imprime une grande intensité à la partition, tout en ménageant des piliers de tension et en donnant de la clarté aux lignes internes : il parvient, avec l’orchestre, à créer un flux continu, à maintenir l’arche, sans pour autant saturer l’espace ni appuyer trop lourdement sur les suspensions et les articulations. Un double applaudissement mérité pour les héros du jour, clarinette basse, hautbois et cor anglais, qui tiennent la corde sensible jusqu’au bout, malgré l’épuisement – voluptueux ! – d’un Tristan et Isolde dont on sort, comme disait Edith Piaf, « épanouis, enivrés et heureux ».

Per leggere questo articolo nella sua versione originale in italiano, cliccare sulla bandiera!

Les artistes

Tristan: Tilmann Unger
König Marke : Evgeny Stavinsky
Isolde : Soojin Moon-Sebastian
Kurwenal : Nicolò Ceriani
Melot : Saverio Fiore
Brangäne : Daniela Barcellona
Ein Seemann / Ein Hirt : Andrea Schifaudo
Ein Steuermann : Matteo Peirone

Orchestre de l’Opéra Carlo Felice de Gênes, dir. Donato Renzetti
Choeur de l’Opéra Carlo Felice de Gênes, dir. Claudio Marino Moretti
Mise en scène : Laurence Dale
Décors et costumes : Gary McCann
Lumières : John Bishop
Vidéo : Leandro Summo

Le programme

Tristan et Isolde

Opéra en trois actes de Richard Wagner, créé le 10 juin 1865 au Théâtre royal de la Cour de Bavière à Munich.
Gênes, Opéra Carlo Felice, représentation du vendredi 13 février 2026.

image_printImprimer
Daniela BarcellonaDonato RenzettiLaurence DaleEvgeny StavinskyTilmann UngerSoojin Moon-SebastianNicolò CerianiSaverio Fiore
0 commentaires 5 FacebookTwitterPinterestEmail
Marie Gaboriaud

Marie Gaboriaud est enseignante-chercheuse en littérature française à l'Université de Gênes. Elle est spécialiste des liens entre musique et littérature, et des phénomènes de canonisation des figures de musiciens. Elle a notamment publié "Une vie de gloire et de souffrance. Le Mythe de Beethoven sous la Troisième République" (2017), qui a été finaliste du Prix France Musique des Muses en 2018.

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Sauvegarder mes informations pour la prochaine fois.

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

post précédent
Acqua agli assetati! Tristan und Isolde a Genova
prochain post
Nadine Sierra à la Salle Gaveau, « J’adore »

Vous allez aussi aimer...

Étienne Dupuis à Lyon : du grand, du...

14 mai 2026

Théâtre des Champs-Élysées : Mozart et Rossini marquent la...

14 mai 2026

Un ballo in maschera à Florence : applaudissements nourris...

13 mai 2026

Festival del Maggio Musicale Fiorentino: debutta Un ballo...

13 mai 2026

En chasse à Versailles !

13 mai 2026

I PURITANI à Turin : entre bel canto...

11 mai 2026

SOLARIS, une odyssée sonore entre mémoire musicale et...

9 mai 2026

La vidéo du mois : les KING’S SINGERS...

9 mai 2026

La saison lyrique messine s’achève par un monumental...

9 mai 2026

Genève 26-27 : en route pour de « Nouveaux...

8 mai 2026

Humeurs

  • Covent Garden et la Monnaie de Bruxelles solidaires de Paata Burchuladze

    14 mai 2026

En bref

  • Les brèves de mai –

    16 mai 2026
  • Quand WHOOPI GOLDBERG affiche sa passion pour l’art lyrique !

    15 mai 2026

La vidéo du mois

*

Édito

  • Édito de mai – L’artiste peut-il ne pas être politique ?

    1 mai 2026

PODCASTS

PREMIÈRE LOGE, l’art lyrique dans un fauteuil · Adriana Gonzàlez & Iñaki Encina Oyón – Mélodies Dussaut & Covatti

Suivez-nous…

Suivez-nous…

Commentaires récents

  • Dembreville dans Découvrez la saison 26-27 de l’Opéra Orchestre Normandie Rouen
  • LIN dans La saison lyrique messine s’achève par un monumental Requiem de Verdi
  • Silcho dans Elle aurait 100 ans aujourd’hui : HUGUETTE RIVIÈRE
  • Madar dans L’Or du Rhin brille de nouveau à Marseille
  • BAUDIERE dans Hello Dolly ! enthousiasme l’Odéon de Marseille

Première loge

Facebook Twitter Linkedin Youtube Email Soundcloud

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Login/Register

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Rechercher

Archives

  • Facebook
  • Twitter
  • Youtube
  • Email
Première Loge
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs

A découvrirx

Étienne Dupuis à Lyon : du...

14 mai 2026

Théâtre des Champs-Élysées : Mozart et Rossini...

14 mai 2026

Un ballo in maschera à Florence :...

13 mai 2026