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Wozzeck à l’opéra de Lyon, une magistrale ouverture de la saison

par Jean-François Lattarico 5 octobre 2024
par Jean-François Lattarico 5 octobre 2024

© Jean-Louis Fernandez

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La dernière production de Wozzeck remonte à 2003 ; pour cette ouverture de la saison lyonnaise, la réussite est totale, avec un Stéphane Degout impérial et une mise en scène très efficace signée de son directeur Richard Brunel, sous la direction du toujours impressionnant Daniele Rustioni.

Opéra tragique, d’une redoutable difficulté musicale, Wozzeck n’est pas seulement un opéra très théâtral, par l’hypotexte de Büchner qui l’a inspiré, c’est aussi une œuvre cinématographique dans son déroulement narratif, quand la musique en révèle la modernité, sans répéter, comme le souligne Adorno, le simple contenu de l’œuvre littéraire. Situé chronologiquement entre les deux guerres mondiales, Wozzeck est une sorte de Janus qui regarde après et avant la catastrophe ; la phrase du héros, à la fin de l’opéra, éclaire en effet l’œuvre et son contexte tout à la fois : « L’homme est un abyme, on a le vertige quand on se penche dessus ». La lecture de Richard Brunel, aidé de son scénographe Étienne Pluss, souligne l’opposition de deux univers, celui de Wozzeck et de son inculture constitutive qui l’isole, et celui de ses supérieurs hiérarchiques (le médecin sadique, le capitaine hystérique) qui se moquent de ses lacunes intellectuelles. La dimension cinématographique continue (qui rappelle ici le célèbre film de Peter Weir the Truman Show), sans temps mort (et sans entracte, l’œuvre dépassant à peine une heure trente) est très bien rendue par un dispositif scénique qui mise à la fois sur une grande sobriété (l’œuvre débute par une scène quasiment vide, des murs gris, donnant l’impression d’un entrepôt désaffecté et déshumanisé, ou une salle de laboratoire plus froide qu’une salle d’hôpital) et les ingrédients angoissants d’une sorte de télé-réalité, symbolisée par la lampe-robot qui surveille le héros à son insu, harcelé et manipulé par les figures d’autorité que sont le docteur et le capitaine, et le conduira à la folie et à sa perte. Les apparitions des scènes de vie familiale dans les « roulottes » mobiles qui laissent apparaître le salon et la chambre de l’enfant, rendent parfaitement lisibles les fragments disparates du drame de Büchner pourtant intelligemment agencés par Berg. Les lumières de Laurent Castaingt contribuent efficacement à rendre palpable cet univers dystopique où domine la présence émouvante de l’enfant qui achève l’opéra en chantant.

L’histoire de ce couple tragique et impossible est superbement incarnée par Stéphane Degout, magistral Wozzeck, maîtrisant sans faute un sprechgesang redoutable, tout en exprimant avec conviction la dimension maladroite, voire pataude du personnage. Plus impressionnante encore est la Marie de la soprano canadienne Ambur Braid, d’une amplitude vocale sans limite, mais sans jamais forcer le trait, toujours attentive à la diction si essentielle pour ce répertoire, et d’une présence scénique qui force le respect. Le reste de la distribution atteint quasiment les mêmes sommets : admirable Capitaine de Thomas Ebenstein, au timbre cristallin et extraordinairement à l’aise dans le registre aigu et suraigu, tandis que Thomas Faulkner campe un non moins convaincant Docteur, hystérique à souhait, sans que là aussi l’excès domine. Le Tambour-major de Robert Watson et l’Andrès de Robert Lewis séduisent par leur jeu scénique et une vocalité sans faille. Mêmes qualités vérifiables chez la Magret de Jenny Anne Flory et le Prêtre bellâtre de Hugo Santos. Les autres interprètes, le Ministre de Alexander de Jong, le Fou de Filipp Varik, et surtout l’émouvant et délicat enfant du couple incarné par Ivan Declinand, complètent sans démériter l’excellente et très homogène distribution, sans oublier les chœurs admirables de l’Opéra de Lyon, toujours aussi bien préparés par Benedict Kearns. 

Dans la fosse, Daniele Rustioni, à la tête de la phalange lyonnaise, prouve une fois de plus quel fabuleux chef il est, s’attaquant pour la première fois à un monument d’avant-garde de l’opéra du XXe siècle qui n’appartient pourtant pas à son répertoire de prédilection. Son aisance est exceptionnelle, avec lui la musique se fait théâtre éloquent, trouvant un écho idoine à la faconde du drame qui se déroule sur scène. Sa direction est littéralement habitée, parfois hallucinée, toujours juste. L’opéra de Lyon a frappé un grand coup pour l’ouverture de sa saison.

Les artistes

Wozzeck : Stéphane Degout
Marie : Ambur Braid
Le Tambour-major : Robert Watson
Le Capitaine : Thomas Ebenstein
Le Docteur : Thomas Faulkner
Andrès : Robert Lewis
Margret : Jeny Anne Flory
Le Prêtre (Premier apprenti) : Hugo Santos
Le Ministre (Second apprenti) : Alexander de Jong
Le fou : Filipp Varik
Un homme : Didier Roussel
L’Enfant de Marie : Ivan Declinand

Orchestre et chœur de l’opéra de Lyon : dir. Daniele Rustioni
Chef des chœurs : Benedict Kearns
Scénographie : Étienne Pluss
Mise en scène : Richard Brunel
Costumes : Thibault Vancraenenbroeck
Lumières : Laurent Castaingt
Dramaturgie : Catherine Ailloud-Nicolas

Le programme

Wozzeck

Opéra en trois actes et quinze scènes de Alban Berg, livret du compositeur d’après la pièce Woyzeck de Georg Büchner, créé le 14 décembre 1925 au Staatsoper de Berlin.
Opéra de Lyon, représentation du mercredi 02 octobre 2024.

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Thomas FaulknerStéphane DegoutDaniele RustioniRichard BrunelAmbur BraidThomas Ebenstein
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Jean-François Lattarico

Professeur des Universités en études italiennes à l'université Lyon 3 Jean Moulin, spécialiste de l'opéra des XVIIe et XVIIIe siècles. Il a publié l'édition critique des livrets de Busenello, ainsi qu'un ouvrage sur les animaux à l'opéra (Le chant des bêtes), tous deux parus chez Classiques Garnier.

1 commentaire

Guye 7 octobre 2024 - 9 h 19 min

D’accord dans l’ensemble avec votre critique. Je trouve le fait d’avoir cassé l’unité de lieu de chaque scène dommageable. Si les changements du 2e acte passent assez bien, ceux du 3e font perdre, pour la scène du meurtre et celle de la noyade (en principe) de l’étang, toute la cohérence. Plus de nature nocturne, d’espace, de lune qui se lève « sanglante », de chant des grenouilles, d’eaux qui se referment sur Wozzeck entrant dans l’eau noire – toutes choses qui se trouvent dans la musique, et s’entendent. De même pour la brève scène finale. Même si l’image du petit Bub entre ses deux parents morts est forte, on perd beaucoup avec le fait d’avoir relégué hors champ les autres enfants et leur cruauté… Chaque scène est rigoureusement pensée, chez Berg, en termes de stucture musicale, mais aussi de situations alternées entre personnages du drame, et de lieu. Cela perd sa cohérence et donc sa force dans cette mise en scène.

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