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La Création de Haydn au TCE : …et une (humble) lumière fut. 

par Ivar kjellberg 11 avril 2026
par Ivar kjellberg 11 avril 2026

Julien Chauvin - © Frank Juery

Nahuel di Pierro - © Julien Benhamou

Regula Mühlemann - © Shirley Suarez

Petr Nekoranec - © Mattias Baus

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La Création, Paris, Théâtre des Champs-Elysées, mercredi 8 avril 2026

Haydn était déjà âgé lorsqu’il se lança dans l’écriture de l’œuvre qui allait constituer sa partition la plus emblématique et l’un de ses succès les plus retentissants. Après en avoir fait (re)découvrir la version française, le chef d’orchestre Julien Chauvin reprend la version viennoise pour le public du TCE, accompagné d’interprètes de premier plan.

Destiné à célébrer la Création et le Créateur, l’oratorio de Haydn vient se présenter comme une suite de scènes sonores, tel un tableau mis en musique : le Néant avec ses fracas, ses accords ne conduisant nulle part, la Lumière et son éclat orchestral (secondé par le Chœur de chambre de Namur), puissance rayonnante sur les corps célestes, avant d’enchaîner sur la création humaine et enfin le récit d’Adam et Ève.  

Un rapide coup d’œil sur l’orchestre, puis sur les chœurs une fois montés sur scène, vient confirmer que cette Création sera donnée en effectifs réduits. L’œuvre est prévue à l’origine pour une soixantaine de chanteurs, mais seule une moitié environ chantera ce soir l’oratorio. L’orchestre aussi est réduit. Dès lors, comment faire ressortir l’opulence, la richesse musicale et surtout l’éclat nécessaires pour rendre hommage au Créateur, comme le souhaitait Joseph Haydn ? C’est la contrainte que s’impose Julien Chauvin dans cette représentation au Théâtre des Champs-Elysées. 

Rappelons que le chef du Concert de la loge n’en est pas à sa première Création. Après que le destin lui a mis en mains la partition française, il en a donné (et gravé) une version lumineuse à la Basilique de Saint-Denis. Ce soir, la direction est énergique, précise, pétillante, mais il est difficile par moments de rendre toute la richesse et le jeu des textures musicales de la partition. Alors plutôt que d’en faire trop, Chauvin s’attache à mettre en valeur les différents pupitres. On assiste par exemple à de beaux dialogues voix-flûtes, on admire une parfaite maîtrise des vents, l’éclat d’un chœur qui brille sans être écrasant et on note une attention particulière apportée au volume donné par les musiciens. Certes, l’ampleur et l’ambition sont différentes de ce qu’on entend habituellement mais le rendu apporte toute satisfaction (on oubliera une légère fatigue des cuivres dans la 3e partie). Le chœur, parfaitement à l’aise, parvient à garder puissance et brillance même lorsqu’il ne fait qu’accompagner les solistes, avec de belles percées occasionnelles des basses. 

Les solistes justement : difficile de bouder son plaisir, malgré un trio final “Singt dem Herren…” présentant quelques superpositions et des cadrages vocaux légèrement imprécis. Petr Nekoranec a le timbre taillé pour incarner un Uriel charismatique, avec une projection percutante aux beaux graves et au vibrato maîtrisé ; il est parfois à la frontière de couvrir un peu la voix de ses partenaires, pourtant pas n’importe lesquels, puisqu’on retrouve notamment Nahuel di Piero dans la distribution. Le baryton-basse module à volonté sa voix pour en faire apparaître les aspects les plus sombres et solennels, un timbre presque d’outre-tombe au départ, contrastant avec ses interventions de la 3e partie où, au contraire, apparaissent progressivement la chaleur et une certaine douceur dans le duo “Holde Gattin…” avec Regula Mühlemann. La soprano s’accorde parfaitement avec son partenaire et dévoile un timbre chaud et enveloppant, grimpant dans les aigus sans perdre cette pulpe qui rend ses héroïnes plus humaines qu’éthérées

Pour paraphraser le livret de van Swieten “Und Gott sah das Licht, daß es gut war” (« Et Dieu vit la lumière, et qu’elle était bonne ») : une lumière humble plus qu’éclatante a éclairé l’assistance du TCE, mais même une lumière, même humble, vaut mieux que l’obscurité.  

———————————————————

Retrouvez ici Petr Nekoranec en interview !

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Les artistes

Ève / Gabriel : Regula Mühlemann
Raphaël / Adam : Nahuel di Pierro
Uriel : Petr Nekoranec

Le Concert de la Loge, dir. Julien Chauvin
Chœur de Chambre de Namur, dir. Thibaut Lenaerts 

Le programme

Die Schöpfung

Oratorio en trois parties de Joseph Haydn (1732-1809), livret de Gottfried van Swieten, créé le 29 avril 1798 au Palais Schwarzenberg de Vienne.
Paris, Théâtre des Champs-Elysées, concert du mercredi 8 avril 2026.

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Petr NekoranecNahuel di PierroRegula MühlemannJulien Chauvin
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Ivar kjellberg

Habitué de longue date du TCE et pianiste amateur, Ivar Kjellberg est venu à l'art lyrique grâce à ses parents, qui faisaient sonner Wagner dans tout l'immeuble pour l'amuser. Grand fan des interprètes des années 70 et de l'opéra allemand, Ivar peut écouter en boucle les disques d'Edda Moser et d'Hermann Prey avant d'enchaîner... sur un bon Offenbach !

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