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Ascanio in Alba au TCE : l’éclat de la jeunesse vient dépoussiérer Mozart

par Ivar kjellberg 28 mars 2026
par Ivar kjellberg 28 mars 2026
Christophe Rousset - © Nathanael Mergui
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Ascanio in Alba, Paris, Théâtre des Champs-Élysées, mercredi 25 mars 2026

Il faudra tout le talent d’un Mozart de quinze ans pour apporter un peu d’éclat à cette fable pastorale destinée à illustrer un mariage princier. Entre feux d’artifice vocaux et préfigurations de futurs opéras, cette œuvre peu jouée se démarque par sa fantaisie et son ton léger, ici fort bien rendu par les Talents lyriques et son chef d’orchestre Christophe Rousset.

Porté par le succès de Mitridate, Mozart a 15 ans quand en 1771, à l’occasion d’un voyage en Italie, il reçoit une commande pour le mariage de l’archiduc Ferdinand avec la princesse de Modène. Cette création est censée être donnée le lendemain d’une représentation d’un opéra de Johann Adolph Hasse, compositeur de premier plan à l’époque. Le terme employé pour la commande tend à démontrer le souci de préserver une certaine humilité : « sérénade théâtrale ». Nous disons bien « censé », car on confie la tâche à Mozart de divertir la Cour, tandis que Hasse se voit échoir l’obligation de fournir la musique censée être le clou de cet événement royal. Pourtant c’est l’inverse qui se produit.

Hasse, âgé et malade, conscient d’être bientôt passé de mode, achève Ruggiero, qu’il avait entamé pour le mariage de Marie-Antoinette et Louis XVI. Ce sera son dernier opéra. Mozart, quant à lui, provoque l’enthousiasme avec la représentation festive d’un mythe classique avec déesses et héros ; il s’attire toute la gloire, et Hasse finira (injustement ou non) dans l’oubli.  

Un mot sur le livret de Giuseppe Parini. Le mot clef de cet opéra (gardons ce terme, malgré tout), est indiscutablement « vertu ». Il est prononcé presque dans chaque air de la partition, où foisonnent bons sentiments et hautes valeurs humaines. Ironiquement, c’est le retard dans la livraison du livret qui force Mozart à effectuer toute l’écriture dans le délai d’un mois. Sans être trop scolaire ou d’une qualité discutable, il présente néanmoins des limites, liées à l’événement qu’il est censé célébrer : Vénus (l’Impératrice) teste la vertu de Sylvia (la princesse) avant de la donner en mariage à Ascanio (Ferdinand). À mariage mythique, mariage princier ! Malgré un livret très conventionnel et l’absence d’enjeux réellement dramatiques, Mozart parvient à donner un peu de profondeur à chacun des personnages, leur laissant le temps de briller et donnant à chacun d’eux une tonalité et une couleur, comme pour rappeler que ces personnages incarnent en fait une vertu ou un sentiment. Sans oublier le but de l’entreprise : divertir, festoyer, célébrer l’amour, sans l’ombre d’un nuage.

Sous la direction énergique de Christophe Rousset, l’orchestre des Talents lyriques est attentif dans l’alternance des couleurs nécessaires pour illustrer chaque soliste. L’accompagnement des cuivres se veut brillant et y parvient, si ce n’est quelques petits problèmes de justesse, tandis que la précision et la cohérence restent de mise tout au long de la soirée. Précision qui manque légèrement à Alasdair Kent dans certaines des suites de notes les plus aigües de son grand air du premier acte, alors que le ténor fait montre à nouveau d’un beau vibrato et d’un timbre chaud. On aurait pu penser que le rôle de Fauno, tenu par Eleonora Bellocci, n’était que purement décoratif, son premier aria ne faisant par grande impression, malgré une interprétation sans-faute et un timbre velouté. L’air « Dal tuo gentil sembiante » rend justice à l’interprète, avec un feu d’artifice vocal, avec des aigus fins mais puissants et à la précision tranchante, qui vaudront à la soprano un tonnerre d’applaudissement. Dans le rôle de Vénus, Mélissa Petit déploie un timbre chaud et ample, aux tonalités alternant séduction et douceur, mais on sent la retenue qu’elle déploie pour ne pas empiéter sur ses consœurs. Difficile d’ignorer la voix puissante et expressive d’Alisa Kolosova dans le rôle-titre : la diction est impeccable, les graves tenus et marqués, l’ensemble complètement maîtrisé. Anna El-Khashem brille dans le rôle de la nymphe Sylvia, rôle ingrat mais interprété sans un surplus de naïveté. Le timbre de la soprano, chaud et doté de teintes ambrées, n’est pas sans rappeler Kiri Te Kanawa. On aperçoit d’ailleurs l’ombre de la comtesse Almaviva dans certains des airs réservés à la nymphe, auxquels Anna El-Khashem parvient à transmettre une profondeur inattendue.

Evidemment le beau trio final reste en mémoire, du fait d’un équilibre parfait entre El-Khashem, Kolosova et Kent, où le happy end tend vers la douceur et l’harmonie rendues aux amoureux.

Mention toute spéciale au jeune chœur de paris issu du CRR de Paris – Ida Rubinstein, qui par sa grande justesse a contribué à l’équilibre de l’œuvre. Les nymphes et les bergers, par leur talent et leur jeunesse, ont apporté la crédibilité nécessaire à ce livret pastoral.

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Les artistes

Venere : Mélissa Petit
Ascanio : Alisa Kolosova
Silvia : Anna El-Khashem
Aceste : Alasdair Kent
Fauno : Eleonora Bellocci

Les Talens Lyriques, dir. Christophe Rousset
Le jeune chœur de paris | CRR de Paris – Ida Rubinstein

Le programme

Ascanio in Alba

Serenata théâtrale en 2 actes de Wolfgang Amadeus Mozart, livret de l’abbé Giuseppe Parini, créée au Regio Ducal de Milan le 17 octobre 1771.
Paris, Théâtre des Champs-Élysées, concert du mercredi 25 mars 2026.

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Anna El-KhashemChristophe RoussetLes Talents LyriquesAlasdair KentEleonora BellocciMélissa PetitAlisa Kolosova
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Ivar kjellberg

Habitué de longue date du TCE et pianiste amateur, Ivar Kjellberg est venu à l'art lyrique grâce à ses parents, qui faisaient sonner Wagner dans tout l'immeuble pour l'amuser. Grand fan des interprètes des années 70 et de l'opéra allemand, Ivar peut écouter en boucle les disques d'Edda Moser et d'Hermann Prey avant d'enchaîner... sur un bon Offenbach !

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