À la une
Entretien – Pier Luigi Pizzi : « Verdi est le paradigme de...
Intervista – Pier Luigi Pizzi : « Verdi è il paradigma...
Livre – Le Voyage dans la Lune, d’après l’œuvre de...
Les brèves de janvier –
Maggio Musicale Fiorentino : une belle réussite pour Tosca avec...
Maggio Musicale Fiorentino: un buon successo per Tosca con Chiara...
Se préparer à La Passagère, Opéra national Capitole de Toulouse,...
CD – Fra l’ombre e gl’orrori : un siècle de musique...
Spectacle Bernstein à Massy Anatomies de l’amour : Lenny Tender
La bouleversante Butterfly d’Asmik Grigorian à Berlin
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs
Première Loge

Pour ne rien manquer de l'actualité lyrique, restons en contact !

Compte renduVu pour vousConcert

Les festivals de l’été –
À Beaune, Orphée sauvé des Enfers

par Marc Dumont 23 juillet 2024
par Marc Dumont 23 juillet 2024

© Ars essentia

© Ars essentia

© Ars essentia

© Ars essentia

© Ars essentia

© Ars essentia

0 commentaires 1FacebookTwitterPinterestEmail
1,4K

Il faut imaginer Orphée heureux

1774 : Gluck a soixante ans. Son ancienne élève claveciniste l’a fait venir au royaume de France afin de bousculer le goût français, tout en s’y adaptant. Car Marie-Antoinette aime ses musiques avec une vraie fidélité. À peine trois mois après le couronnement des souverains, la première de cet Orphée en français reprenait le succès de la version viennoise de 1762, en l’adaptant : suite de ballets à la mode parisienne, changement de tessiture pour le rôle-titre, passant d’un castrat à une haute-contre (actuel ténor aigu) créé par le célèbre Joseph Legros.

2 août 1774 : Le succès fut considérable et l’opéra connut 47 représentations consécutives en trois mois, offrant « le plaisir d’entendre la musique la plus sublime que l’on eût, peut-être, jamais exécutée en France » (Grimm). La révolution Gluckiste était en marche avec cette histoire que l’on croit connaître. Le mythe traverse les siècles, mais Gluck, mettant en musique le livret de Calzabigi, choisit une version heureuse, si loin du tragique des partitions précédentes. Le livret choisit de resserrer l’action en trois actes, de simplifier le drame en trois personnages. Ni Pluton, ni Proserpine, ni Charon, ni Aristée… mais une fin heureuse, « lieto fine » à la mode italienne, choisissant de rendre Euridice à Orphée par le truchement de l’amour – comme si se reflétait de façon prémonitoire la fameuse phrase de Saint-Just « le bonheur est une idée neuve en Europe ».

Donc l’œuvre débute avec un Orphée déchiré de douleur, prêt à se suicider. Le coup de théâtre donne le ton de l’œuvre puisque l’Amour en personne l’arrête. Alors Orphée se lance aux enfers, sans frémir, pour chercher son Euridice. Mais le retour est compliqué, puisqu’il ne doit pas se retourner. Euridice insiste tant qu’Orphée finit par la regarder : « O ciel, je meurs… » Chez Monteverdi, c’est le doute d’Orphée qui cause sa propre perte (est-ce qu’elle me suit vraiment ?), chez Gluck, c’est la femme tentatrice dont le désir créé la perte (« Réponds à mon envie » implore-t-elle). Notre héros n’a plus que ses yeux pour pleurer et sa voix pour chanter : « J’ai perdu mon Euridice ». Perdue ? Non, car l’Amour intervient et lui rend sa dulcinée.  Happy end.

« Fortune ennemie »

20 juillet 2024 : Les cieux menaçants obligent le Festival de Beaune au repli, de la cour des Hospices vers la basilique. Quel dommage ! Car tous les défauts de l’acoustique réverbérante ont entaché cette représentation. Une soixantaine de musiciens et choristes se retrouvèrent particulièrement serrés sur l’estrade, obligeant les trois solistes à se placer derrière l’orchestre, au-devant du chœur. Les sons tournoyaient, la résonance des timbales a rendu un effet désagréable, les détails orchestraux se sont nimbés de sfumato, les voix des chanteuses ont eu du mal à percer le mur instrumental…

Il faut ajouter à cela une lecture du chef plutôt linéaire, sans véritable histoire à raconter, sans une attention fouillée à la partition ni réelle mise en valeur de ses richesses. Certes, il y a bien eu quelques moments réussis, lorsque Paul Agnew a déchainé la violence des trombones et la force des trompettes, avec le geste rageur emportant l’ « Air des furies » dans une bacchanale implacable. Mais le célèbrissime « Ballet des ombres heureuses » a été d’une lenteur et d’une mollesse désespérantes, alangui, sans poésie, alors que l’air « Quel nouveau ciel », moment magique s’il en est, courrait la poste et nous laissait au bord du chemin.

De fait, les mythiques Arts Florissants ont été méconnaissables, souvent lisses et ennuyeux, faisant davantage penser aux sonorités de l’orchestre Paul Kuentz des années 70 qu’à l’ensemble baroque de renommée mondiale. Seul le chœur a été vraiment impressionnant, dans chacune de ses interventions.

Orphée incarné

Dans cette acoustique et ce bain instrumental, les voix féminines ont donc eu du mal à se faire entendre. Ce n’est pourtant pas faute de grandes qualités musicales, à commencer par celles d’un Amour espiègle et joyeux incarné par le timbre frais et subtil d’une Julie Roset enthousiasmante et mutine. La touchante Euridice de la soprano portugaise Ana Vieira Leite s’est parée de couleurs chaudes dans une parfaite ligne de chant. La douceur de « Cet asile aimable », le désespoir de « Fortune ennemie », tout a ravi dans cette voix élégante. Et ses échanges dans les récitatifs accompagnés avec Orphée ont fait entendre une actrice engagée, dramatique, bien que leurs duos la mettent en retrait.

De fait, c’est bien l’Orphée de Reinoud Van Mechelen qui a dominé la soirée par son incarnation dramatique exacerbée. Lui qui connait très bien ce répertoire pour nous avoir laisser quelques enregistrements précieux (dont un consacré justement à Legros, un autre à Jéliote) a illuminé cette soirée, grâce à son timbre épanoui, la puissance de sa voix et sa ductibilité s’accordant aux différents affects de la partition. Tout commença par son cri déchirant « Euridice ! », son cheminement du désespoir le plus noir à « l’espoir renaît dans mon âme » chanté de façon élégiaque. Face aux « Spectres, larves », le voici implorant, puis trop heureux de ramener son épouse, trop inquiet de sa versatilité et de son insistance. Désespéré donc, avec un bouleversant « J’ai perdu mon Euridice ». Pourtant, l’ardeur vocale, la puissance de ses interventions, aussi musicales soient-elles, questionnent. Plus que l’emportement, n’est-ce pas plutôt la sidération qui frappe Orphée, face à la perte de la bien aimée ? La conduite du chant eut été toute autre – question d’interprétation.

Ainsi, cette soirée particulière aura donc fait doublement triompher Orphée de la destinée contraire.

Les artistes

Orphée : Reinoud Van Mechelen
Eurydice : Ana Vieira Leite
Amour : Julie Roset
Les Arts Florissants, dir. Paul Agnew

Le programme

Orphée et Eurydice

Opéra en trois actes de Christoph Willibald Gluck, livret de Calzabigi adapté en français par Pierre Louis Moline, version française de Paris, 1774.
Beaune, Basilique Notre Dame, concert du samedi 20 juillet 2024

image_printImprimer
Reinoud van MechelenJulie RosetPaul AgnewAna Vieira Leite
0 commentaires 1 FacebookTwitterPinterestEmail
Marc Dumont

Passionné par l’Histoire et la Musique, Marc Dumont a présenté des centaines de concerts et animé de multiples émissions à Radio France de 1985 à 2014. Il se consacre à des conférences et animations, rédige actuellement un livre où Musiques et Histoire se croisent sans cesse, et propose des « Invitations aux Voyages », qui sont des rencontres autour de deux invités, en vidéo.

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Sauvegarder mes informations pour la prochaine fois.

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

post précédent
2024, une année de commémorations musicales : d’Anton Bruckner à Gabriel Fauré, via Giacomo Puccini à Bastiglia
prochain post
Les Festivals de l’été –
À Beaune, une Alcina en majesté

Vous allez aussi aimer...

Maggio Musicale Fiorentino : une belle réussite pour...

14 janvier 2026

Maggio Musicale Fiorentino: un buon successo per Tosca...

14 janvier 2026

Spectacle Bernstein à Massy Anatomies de l’amour :...

12 janvier 2026

La bouleversante Butterfly d’Asmik Grigorian à Berlin

12 janvier 2026

« Héroïnes de l’Opéra français » : nouveau triomphe de l’Orchestre...

12 janvier 2026

Au Théâtre des Champs-Élysées, les débuts parisiens de...

10 janvier 2026

Glamour, gloire et beauté : Sonya Yoncheva au TCE

9 janvier 2026

Falstaff à Montpellier. Les femmes s’inventent.

9 janvier 2026

L’Oratorio de Noël à Athènes : Noël à...

9 janvier 2026

Elle aurait 100 ans aujourd’hui : Evelyn Lear

8 janvier 2026

Humeurs

  • À la Fenice de Venise, un concert du Nouvel An sous le signe d’un silence assourdissant

    3 janvier 2026

En bref

  • Les brèves de janvier –

    14 janvier 2026
  • Ça s’est passé il y a 200 ans
    Création d’ALAHOR IN GRANATA de Donizetti

    7 janvier 2026

La vidéo du mois

Édito

  • Bonne année 2026 !

    1 janvier 2026

PODCASTS

PREMIÈRE LOGE, l’art lyrique dans un fauteuil · Adriana Gonzàlez & Iñaki Encina Oyón – Mélodies Dussaut & Covatti

Suivez-nous…

Suivez-nous…

Commentaires récents

  • Lelievre Stephane dans À la Fenice de Venise, un concert du Nouvel An sous le signe d’un silence assourdissant
  • Pasquale de rosa dans Libro – Marina Mayrhofer : Ombre in scena. Drammaturgia delle scene d’ombra nel teatro musicale europeo tra Sette e Ottocento
  • Boudou Frederic dans À la Fenice de Venise, un concert du Nouvel An sous le signe d’un silence assourdissant
  • Marquis Lionel dans CRISE À LA FENICE : L’OPÉRA ITALIEN SOUS TENSION POLITIQUE
  • Fabrice del Dongo dans Glamour, gloire et beauté : Sonya Yoncheva au TCE

Première loge

Facebook Twitter Linkedin Youtube Email Soundcloud

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Login/Register

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Rechercher

Archives

  • Facebook
  • Twitter
  • Youtube
  • Email
Première Loge
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs

A découvrirx

Maggio Musicale Fiorentino : une belle...

14 janvier 2026

Maggio Musicale Fiorentino: un buon successo...

14 janvier 2026

Spectacle Bernstein à Massy Anatomies de...

12 janvier 2026