À la une
Entre moquerie et mélancolie : Le Falstaff de Laurent Pelly...
Fenice : Traviata, anatomie d’un drame
Versailles – Pigmalion était une femme…
Ariane et Barbe-Bleue au Teatro Real de Madrid : après l’avoir...
Après Marseille, Les Brigands (I masnadieri) assiègent Madrid !
TCE : La tempête ravageuse d’une Médée ressuscitée
Création à Milan de la Marina du jeune Giordano
Nadine Sierra à la Salle Gaveau, « J’adore »
De l’eau aux assoiffés ! Tristan et Isolde à Gênes
Acqua agli assetati! Tristan und Isolde a Genova
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs
Première Loge

Pour ne rien manquer de l'actualité lyrique, restons en contact !

Compte renduVu pour vousConcert

Le Chant de la terre, ou l’adieu de Paul Daniel à Bordeaux

par Stéphane Lelièvre 2 juillet 2021
par Stéphane Lelièvre 2 juillet 2021
0 commentaires 1FacebookTwitterPinterestEmail
2,1K

Crédit photos : © Pierre Planchenault

C’est un concert plein d’émotion qui a eu lieu ce jeudi 1er juillet à l’auditorium de l’Opéra de Bordeaux, puisqu’il marquait le départ de Paul Daniel, qui sera resté à la tête de l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine pendant huit ans. Huit ans au cours desquels des liens forts se sont tissés avec le public, mais aussi, de toute évidence, avec les musiciens de l’orchestre. Huit ans qui auront vu la réalisation de concerts (la création française de la Symphonie n°4 « Hope » que le pianiste Fazil Say composa à la suite des attentas terroristes est encore dans toutes les mémoires…) ou de représentations d’opéras mémorables (citons une impressionnante Walkyrie en mai 2019, le rare Démon de Rubinstein en janvier 2020, ou encore un flamboyant Roméo et Juliette en mars 2020).

Pour ce concert d’adieu, Paul Daniel a choisi la rare et très belle Rhapsodie pour orchestre de George Butterworth (compositeur prématurément disparu en 1916 lors de la bataille de la Somme) A Shropshire Lad, dont la beauté crépusculaire donne très envie d’entendre le cycle vocal du même nom – dont cette page peut être considérée comme l’épilogue symphonique. À cette rareté succède Le Chant de la terre de Mahler : les deux œuvres choisies permettent à l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine de déployer une infinie palette de couleurs, et de  montrer son habileté à faire alterner les climats sonores les plus opposés ainsi que sa parfaite maîtrise des contrastes dynamiques. Pour autant, sous la direction tout à la fois précise et attentionnée du chef, la prestation ne se réduit pas à un vain exercice de virtuosité : la fraîcheur vive et colorée des tableaux poétiques évoqués par Li-Taï Po (De la jeunesse, De la beauté), l’humour grinçant ou désespéré de La Chanson à boire ou de L’homme ivre au printemps, de même que le lyrisme désespéré ou l’espoir renaissant de l’Adieu sont rendus avec une justesse et une émotion qui suscitent, dans le public, une qualité d’écoute exceptionnelle…
D’autant que les solistes invités se montrent parfaitement à la hauteur des exigences de leurs redoutables interventions. On retrouve avec grand plaisir le ténor Issachah Savage (qui fut Siegmund sur cette même scène il y a deux ans), voix à la fois solide et malléable, aux aigus sûrs et à l’émission facile et saine (à l’exception d’un subit enrouement à la fin du troisième lied, heureusement très bref et habilement dissimulé…). Le timbre chaud et capiteux de Marie-Nicole Lemieux épouse superbement les lignes du chant malhérien, à la fois voluptueuses, éclatantes, mais parfois périlleuses dans les subits éclats, les changements de couleurs et les forts contrastes qu’elles requièrent. Les graves, notamment, sont superbes de texture et de couleur. Les aigus ne sont pas en reste, même si, ici ou là (« Die liebe Erde… », «… blauen licht die Fernen! »), un peu plus de rondeur et de douceur permettrait d’alléger et d’embellir la ligne. Mais la chanteuse fait preuve d’une concentration extrême et délivre une interprétation empreinte d’émotion, en particulier dans les « ewig » qui concluent l’œuvre, dont le dernier, à peine audible, est juste susurré…

C’est donc sur ce bouleversant « Abschied » que Paul Daniel prend congé de Bordeaux… Un Abschied, vraiment ? Ne serait-ce pas plutôt un Auf Wiedersehen ? Paul Daniel, après avoir fait longuement applaudir les musiciens de l’orchestre, laisse entendre, dans un petit discours conclusif, qu’il reviendra en terre bordelaise, cette fois-ci en tant que chef invité… pour le plus grand bonheur du public qui ne se résout à laisser partir le chef britannique qu’après  de longues et chaleureuses salves d’applaudissements.

Les artistes

Marie-Nicole Lemieux, contralto
Issachah Savage, ténor

Orchestre National de Bordeaux Aquitaine, dir. Paul Daniel

Le programme

George Butterworth
A Shropshire Lad, rhapsodie pour orchestre

Gustav Mahler
Das Lied von der Erde

Concert du jeudi 1er juillet 2021, Opéra National de Bordeaux (Auditorium)

image_printImprimer
MahlerMarie-Nicole LemieuxPaul Daniel
0 commentaires 1 FacebookTwitterPinterestEmail
Stéphane Lelièvre

Stéphane Lelièvre est maître de conférences en littérature comparée, responsable de l’équipe « Littérature et Musique » du Centre de Recherche en Littérature Comparée de la Faculté des Lettres de Sorbonne-Université. Il a publié plusieurs ouvrages et articles dans des revues comparatistes ou musicologiques et collabore fréquemment avec divers opéras pour la rédaction de programmes de salle (Opéra national de Paris, Opéra-Comique, Opéra national du Rhin,...) Il est co-fondateur et rédacteur en chef de Première Loge.

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Sauvegarder mes informations pour la prochaine fois.

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

post précédent
25 ans après sa création : un Titus toujours jeune (et clément) au Palais Garnier
prochain post
Ottavio Dantone et Robert Carsen présentent le premier «opéra moderne» (Le Retour d’Ulysse dans sa patrie) à Florence

Vous allez aussi aimer...

Entre moquerie et mélancolie : Le Falstaff de...

17 février 2026

Fenice : Traviata, anatomie d’un drame

17 février 2026

Versailles – Pigmalion était une femme…

17 février 2026

Ariane et Barbe-Bleue au Teatro Real de Madrid :...

16 février 2026

Après Marseille, Les Brigands (I masnadieri) assiègent Madrid...

15 février 2026

TCE : La tempête ravageuse d’une Médée ressuscitée

15 février 2026

Création à Milan de la Marina du jeune...

15 février 2026

Nadine Sierra à la Salle Gaveau, « J’adore...

14 février 2026

De l’eau aux assoiffés ! Tristan et Isolde à...

14 février 2026

Acqua agli assetati! Tristan und Isolde a Genova

14 février 2026

Humeurs

  • PAATA BURCHULADZE : quatre mois déjà

    2 février 2026

En bref

  • Les brèves de février –

    11 février 2026
  • La vidéo du mois – Anne Sofie von Otter chante Göttingen de Barbara

    5 février 2026

La vidéo du mois

Édito

  • Quand l’audace lyrique se joue loin de Paris…

    6 février 2026

PODCASTS

PREMIÈRE LOGE, l’art lyrique dans un fauteuil · Adriana Gonzàlez & Iñaki Encina Oyón – Mélodies Dussaut & Covatti

Suivez-nous…

Suivez-nous…

Commentaires récents

  • Marc Dumont dans TCE : La tempête ravageuse d’une Médée ressuscitée
  • Fabrice del Dongo dans TCE : La tempête ravageuse d’une Médée ressuscitée
  • Marc Dumont dans TCE : La tempête ravageuse d’une Médée ressuscitée
  • F Valentin dans TCE : La tempête ravageuse d’une Médée ressuscitée
  • Claudine Shafa dans TCE : La tempête ravageuse d’une Médée ressuscitée

Première loge

Facebook Twitter Linkedin Youtube Email Soundcloud

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Login/Register

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Rechercher

Archives

  • Facebook
  • Twitter
  • Youtube
  • Email
Première Loge
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs

A découvrirx

Entre moquerie et mélancolie : Le...

17 février 2026

Fenice : Traviata, anatomie d’un drame

17 février 2026

Versailles – Pigmalion était une femme…

17 février 2026