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Philharmonie : un Rigoletto aux sonorités très pures

par Camillo Faverzani 31 mars 2026
par Camillo Faverzani 31 mars 2026

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Rigoletto, Philharmonie de paris, lundi 30 mars 2026

Jérémie Rhorer et le Cercle de l’Harmonie poursuivent leur incursion dans la trilogie populaire de Verdi

Après La traviata éblouissante de la saison dernière, Jérémie Rhorer et son Cercle de l’Harmonie reviennent à la Philharmonie pour une deuxième incursion dans la trilogie populaire verdienne, nous proposant une version concertante de Rigoletto, une œuvre par ailleurs déjà abordée l’été 2022 au Festival Berlioz de la Côte-Saint-André, mais dans une distribution essentiellement différente. Dès le prélude, se dessine le parti pris de donner corps à des sonorités très propres, sans agressivité, même si la tension pointe aussitôt, menée par les cordes, afin d’annoncer le drame qui va se consumer. Jusqu’à ce que de savants enchaînements des vents ne nous plongent dans cette tranche d’opéra bouffe que constitue toute l’introduction de l’opéra, particulièrement enjouée, jusqu’à couvrir les voix par moments. De nombreuses pépites parsèment alors la partition, notamment cet effet des cordes introduisant les retrouvailles du père et de sa fille, en guise de commentaire à la violence que vient de subir cette dernière. Ou encore l’irruption des cuivres, faisant merveille à la scène de l’orage, qui jalonnent la tragédie par une montée en puissance secondée également par les cordes, avant ce decrescendo suggestif de la cloche, marqueur de l’heure qui passe.

Sur le plan vocal, c’est au Duca di Mantova d’Andrei Danilov d’ouvrir le jeu. Si, dans le récitatif avec le Borsa de bonne école de Yu Shao, il semble d’abord sur la réserve, sa ballata se distingue rapidement par un entrain solide et des couleurs chatoyantes, un legato vigoureux lui permettant les meilleures transitions vers la partie haute du registre. Ce qui se confirme lors du grand air de l’acte II, attaqué tout en force dès ce récitatif dont la riche élocution sait élégamment doser volume et pianissimi ; très passionné, le cantabile se singularise par la longueur du souffle et l’étendue de la ligne, cependant que, chantée avec sa reprise, la cabalette, claironnante, stupéfie d’aisance. Tout aussi énergique, la chanson de l’auberge ne se prive pas de nuances et d’une certaine expressivité qu’accompagne une gestuelle efficace. À la troisième occurrence, censée être entendue dans les coulisses, l’aigu se fait presque insolent, tenu sans doute un peu trop ad libitum. Mais pourquoi s’en priver ? Cela amuse vraisemblablement le ténor russe et le public lui en sait gré…

Gilda espiègle, Mei Gui Zhang, en prise de rôle, lui donne une réplique cristalline dans le duo de la séduction, même si un léger manque d’épaisseur lui fait défaut lorsque se joue le drame sentimental, en contraste sensible avec la fougue de son amoureux ; une bonne entente, à la fois vocale et scénique les réunit, surtout dans la strette (vivacissimo). Son air est alors un bonheur d’agilité, à la ligne et au souffle adroitement contrôlés, que viennent couronner la précision des trilles et de glorieuses variations dans la reprise.

Rigoletto quelque peu engorgé dans l’introduction, Leonardo Lee gagne vite en assurance et impose son personnage par l’ampleur de l’ambitus et par une articulation généreuse, tout particulièrement dans son invective de l’acte II où la colère éclate dès qu’il comprend que Gilda est chez le duc, l’andante alternant impétuosité, soutenue par un orchestre tout aussi ardent, compassion et apitoiement, en dénonçant la perversion des courtisans, avant de quémander aussitôt leur pitié et leur intercession. Très engagé dans le premier duo avec sa fille, quoiqu’à court de souffle, il épaule les jolies vocalises de sa partenaire et épouse sa belle ligne, notamment dans le moderato assai (« Veglia, o donna, questo fiore »). Au palais, il réconforte de toute sa gravité une Gilda profondément brisée dont la voix céleste évoque une dernière fois l’innocence bafouée, leurs voix se conjuguant prodigieusement dans l’allegro, lui en appelant à la vengeance (« Sì, vendetta, tremenda vendetta »), dénoncée prestissimo, elle, toujours angélique, s’en remettant à la clémence (« O mio padre, qual gioia feroce »). Parfaite osmose qui se renouvelle dans le finale de la mort où, au désespoir du bouffon, non dépourvu de quelques excès véristes, répondent les notes filées de la victime.

Aérienne dans le quatuor, la soprano chinoise fait écho aux accents caverneux du baryton coréen, un duc enflammé étalant un legato exceptionnel dans l’andante (« Bella figlia dell’amore »). Déjà programmée dans les concerts de 2022, mais à Brême, Victoria Karkacheva leur donne la réplique, Maddalena de petit format qui convainc davantage dans le trio de la tempête. Sparafucile inquiétant, Alexander Tsymbalyuk confirme par un phrasé de premier ordre sa prestation de l’an dernier à l’Opéra Bastille et celle de la Côte-Saint-André.

Chez les comprimari, aucun ne démérite, Louis de Lavignère incarnant Ceprano d’une prestance scénique qui le mettrait à l’abri de toute rivalité ducale, et trouve un complice tout aussi avenant chez le Marullo de Dominic Sedgwick. Quelque peu essoufflé lors de la malédiction, Oleg Volkov est un Monterone de tradition, Céleste Pinel donnant vie à la fois à Giovanna et au page de la duchesse avec panache, tout comme Valentina Stadler en comtesse Ceprano.

Tiré au cordeau, le Chœur Orfeón Donostiarra soutient avec probité tous les moments saillants de l’ouvrage, tout particulièrement le tempo di mezzo de l’air du duc, à l’acte II, où il est éblouissant.

Reconnaissants, les spectateurs s’en donnent à cœur joie. Rendez-vous est pris, ici même, pour Il trovatore, le 16 mars 2027. Espérons que cette trilogie populaire ne soit que le début d’une longue série. Il y a tellement de titres verdiens des années dites de galère que l’on n’a pas entendus depuis la nuit des temps à Paris : Ernani, I due Foscari, I masnadieri, Il corsaro, Stiffelio, voire Alzira… Nous faisons confiance au Cercle de l’Harmonie et à Jérémy Rhorer pour nous les reproposer bientôt. À bon entendeur…

————————————————————

Pour découvrir la vision de Rigoletto du chef Jérémie Rhorer, retrouvez ici l’interview qu’il avait accordée à  Première Loge en 2022.

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Les artistes

Rigoletto : Leonardo Lee 
Gilda : Mei Gui Zhang
Il Duca di Mantova : Andrei Danilov
Sparafucile : Alexander Tsymbalyuk
Maddalena : Victoria Karkacheva
Il Conte di Monterone : Oleg Volkov
Giovanna : Céleste Pinel
Marullo : Dominic Sedgwick
Matteo Borsa : Yu Shao
Il Conte di Ceprano : Louis de Lavignère
La Contessa : Valentina Stadler
Paggio della Duchessa : Céleste Pinel

Le Cercle de l’Harmonie (dir. Jérémie Rhorer) / Chœur Orfeón Donostiarra (José Antonio Sáinz Alfaro)

Le programme

Rigoletto

Melodramma en trois actes de Giuseppe Verdi, livret de Francesco Maria Piave, créé au Teatro La Fenice de Venise le 11 mars 1851.

Paris, Philharmonie, Grande salle Pierre Boulez, concert du lundi 30 mars 2026

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Jérémie RhorerLeonardo LeeMei Gui ZhangAndrei Danilov
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Camillo Faverzani

Professeur de littérature italienne à l’Université Paris 8, il anime le séminaire de recherche « L’Opéra narrateur » et dirige la collection « Sediziose voci. Studi sul melodramma » aux éditions LIM-Libreria musicale italiana de Lucques (Italie). Il est l’auteur de plusieurs essais sur l’histoire de l’opéra. Il collabore également avec des revues et des maisons d’opéra (« L’Avant-scène Opéra », Opéra National de Paris).

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