À la une
Découvrez la saison 26-27 de l’Opéra de Marseille
Saison 2026-2027 de l’Opéra de Saint-Étienne : la scène est...
Ça s’est passé il y a 300 ansCréation d’Alessandro de...
DEFIANT REQUIEM : Un Requiem de Verdi très particulier dans le...
La première saison de Chrysoline Dupont à l’Opéra national du...
Pelléas et Mélisande à la Scala, ou quand le non-dit...
Les opéras du monde – Petite histoire de l’Opéra-Comique
Opéra-Comique : Lucie de Lammermoor revient à Paris après une absence...
Reprise de la Rusalka de Carsen, désormais l’un des grands...
STAATSOPER DE VIENNE 26-27 : six nouvelles productions et de...
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs
Première Loge

Pour ne rien manquer de l'actualité lyrique, restons en contact !

Compte renduVu pour vousConcert

À Bordeaux, le Purcell de Niquet… pas seulement pour les oreilles !

par Romaric HUBERT 6 novembre 2025
par Romaric HUBERT 6 novembre 2025
Hervé Niquet © Henri Buffetaut
0 commentaires 1FacebookTwitterPinterestEmail
816

King Arthur, Auditorium de Bordeaux, mardi 4 novembre 2025

Salle comble, spectateurs sur liste d’attente, tension joyeuse. À Bordeaux, King Arthur s’est joué à guichets fermés. Hervé Niquet, fidèle à son panache joueur, a mené une bataille purcellienne drôle, brillante et implacable, portée par un chœur souverain et des solistes pleins d’esprit.

« Collecter, recycler, réemployer, transformer, collaborer, pirater, enquêter… » Cette phrase, tirée du manifeste accompagnant l’exposition L’Invention du quotidien au CAPC (Centre d’arts plastiques contemporains) de Bordeaux, pourrait être la devise d’Hervé Niquet. Depuis trente ans, le chef flixecourtois transforme le patrimoine musical en matière vive et démontre qu’il ne conçoit jamais le baroque comme un musée mais comme un terrain d’expérimentation avec un art du recyclage joyeux et du détournement plus ou moins inspiré.

Le concert s’ouvre sur la Music for the Funeral of Queen Mary. Le chœur, placé de part et d’autre du chef, se fait face, et la précision y gagne ce que la projection vers le public perd. L’impression est étrange. L’équilibre semble sur le fil, comme si tout pouvait se fissurer. Timbales étouffées, cuivres voilés, lignes blanches, Hervé Niquet façonne un deuil inquiet, d’une beauté froide et presque expérimentale. Ce choix d’ouverture surprend, mais il s’avère d’une logique implacable. Enchaîner la marche funèbre écrite pour les obsèques de Marie II avec King Arthur revient à faire dialoguer deux visions de l’Angleterre : la mort d’une souveraine et la naissance mythique d’une nation, celle que Purcell chante dans le dernier acte de son semi-opéra. Deuil et triomphe, ombre et lumière, tout le concert s’inscrit dans cette dialectique.

Avant la première note de King Arthur, Hervé Niquet prévient le public qu’il ne va rien comprendre, et qu’il n’a lui-même jamais rien compris à cette histoire. On peine à le croire, tant l’œuvre fait partie de sa trajectoire artistique et musicale. La salle rit. On s’étonne. Il commente ensuite, entre les airs, avec cet humour mi-paternel, mi-bateleur, qui amuse autant qu’il peut lasser. Sans les dialogues de Dryden, King Arthur devient une suite d’images sonores, un semi-opéra réduit à son squelette musical. Le chef s’en empare comme d’un théâtre d’idées. Le Purcell qu’il dirige est nerveux, théâtral, farceur, mais toujours tenu par une précision millimétrée. Il dirige d’ailleurs sans partition. Les tempi bondissent, les attaques fusent, les contrastes s’exacerbent. La pompe anglaise se mue en comédie burlesque. Ce geste, on le connaissait déjà au Théâtre des Champs-Élysées en octobre dernier. Bordeaux reprend la même matrice avec un supplément d’ironie et de fantaisie.

Tous les solistes font preuve d’esprit et d’humour sans jamais perdre leur délicatesse. Olivia Doray se taille la part du lion, légère, piquante, pétillante, elle conjugue la grâce du chant et le sourire de la scène. Marie Perbost déploie son habituel abattage, présence immédiate, verve et clarté. Cyril Auvity et Robin Tritschler rivalisent de couleurs et d’élégance dans la ligne vocale anglaise. Andreas Wolf, d’une solidité à toute épreuve, glace littéralement la salle dans un Cold Genius hypnotique dont chaque note semble se figer dans l’air avant de fondre.

Le grand triomphateur de la soirée reste pourtant le chœur du Concert Spirituel, souple, expressif, d’une précision et d’un humour exemplaires. Chez Niquet, le chœur est un acteur à part entière. Il rit, s’étonne, se moque, s’embrase. Bonnet sur la tête, parapluie à la main, il se joue d’accessoires pour croquer la fantaisie purcellienne. L’orchestre, complice, prolonge cette verve. Les cordes déploient d’infinis jeux de couleurs, passant du soyeux à l’acide, du choral à la danse. Les percussions frappent juste, jamais tonitruantes, toujours dans l’esprit théâtral de la soirée, où la musique respire comme une comédie humaine. Mention spéciale au pupitre de bassons, sublime de son et délicieusement ironique.

À mesure que la soirée avance, on en vient à se demander si Hervé Niquet ne transforme pas son Purcell en miroir de lui-même (psychologie de comptoir…). Sous la pompe royale affleure la dérision, sous le rire l’angoisse du pouvoir, sous l’éclat du chœur la nostalgie du deuil initial. Mais sans trame narrative, l’attention fléchit parfois, et malgré le talent des interprètes, un peu d’ennui sourd entre deux flamboyances. L’histrionisme du chef, réjouissant au début, devient par moments pesant. Pourtant, l’énergie reste contagieuse. Ce théâtre du présent rappelle que le baroque, avant tout, est un art de la transformation.

De la mort d’une reine à la naissance d’une nation, de l’ombre à la lumière, Hervé Niquet aura traversé Purcell comme un alchimiste traverse la matière, avec humour, audace et un sens du théâtre intact. King Arthur à Bordeaux s’impose comme un spectacle brillant et un peu excessif, où la poussière d’archives se change en feu d’artifice. Le baroque, recyclé, revit, et même quand Niquet en fait trop, il le fait bien… surtout pour nos oreilles.

Les artistes

Le Concert Spirituel, dir. Hervé Niquet
Chœur du Concert Spirituel
Solistes : Olivia Doray, Marie Perbost, Cyril Auvity, Robin Tritschler, Andreas Wolf

Le programme

Henry Purcell

Music for the Funeral of Queen Mary

King Arthur
Semi-opéra en cinq actes d’Henry Purcell, livret de John Dryden, créé en mai ou juin 1691 au Théâtre de Dorset Garden de Londres.

Auditorium de Bordeaux, concert du mardi 4 novembre 2025.

image_printImprimer
Andreas WolfCyril AuvityRobin TritschlerMarie PerbostHervé NiquetOlivia DorayConcert Spirituel
0 commentaires 1 FacebookTwitterPinterestEmail
Romaric HUBERT

Licencié en musicologie, Romaric Hubert a suivi des études d’orgue, de piano, de saxophone et de chant. Il a chanté dans plusieurs chœurs réputés, ou encore en tant que soliste. Il est titulaire d’une certification qualifiante professionnelle d’animateur radio délivrée par l’Institut National de l’Audiovisuel, et a fait ses premiers pas au micro sur France Musique. Il a fondé la compagnie Les Papillons Electriques avec sa complice Jeanne-Sarah Deledicq et est co-créateur du site Première loge.

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Sauvegarder mes informations pour la prochaine fois.

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

post précédent
La magie invaincue d’Alcina à l’Opéra de Montpellier
prochain post
FLORA MIRABILIS : passionnante redécouverte à l’Opéra national  de Grèce

Vous allez aussi aimer...

Saison 2026-2027 de l’Opéra de Saint-Étienne : la...

5 mai 2026

Pelléas et Mélisande à la Scala, ou quand...

4 mai 2026

Opéra-Comique : Lucie de Lammermoor revient à Paris après...

3 mai 2026

Reprise de la Rusalka de Carsen, désormais l’un...

3 mai 2026

PUTTING IT TOGETHER ! – La brillante « revue » de...

28 avril 2026

Entrée triomphale des Villi au répertoire de l’Opéra...

27 avril 2026

À Saint-Étienne, le réveil magistral de la belle...

25 avril 2026

« Il était une fois… » SIEGFRIED par Yannick Nézet-Séguin

24 avril 2026

Samuel Hasselhorn chante Schubert et l’Espoir salle Cortot

22 avril 2026

Roberto Devereux à Bologne : Et j’ai vu pleurer...

22 avril 2026

Humeurs

  • Découverte vocale : la contralto ukrainienne VANDA KOZUB

    17 avril 2026

En bref

  • DEFIANT REQUIEM : Un Requiem de Verdi très particulier dans le Grand Amphi de la Sorbonne…

    4 mai 2026
  • Les brèves d’avril – Rupture consommée entre la Fenice et Venezi

    26 avril 2026

La vidéo du mois

Édito

  • Édito de mai – L’artiste peut-il ne pas être politique ?

    1 mai 2026

PODCASTS

PREMIÈRE LOGE, l’art lyrique dans un fauteuil · Adriana Gonzàlez & Iñaki Encina Oyón – Mélodies Dussaut & Covatti

Suivez-nous…

Suivez-nous…

Commentaires récents

  • Arlette Marsac dans Carmen à Hong Kong : rencontre avec Franck Chastrusse-Colombier
  • Stéphane Lelièvre dans Découvrez la saison 26-27 de l’Opéra Orchestre Normandie Rouen
  • Anne-Marie LANGRENE dans Découvrez la saison 26-27 de l’Opéra Orchestre Normandie Rouen
  • Stéphane Lelièvre dans MARIA CALLAS – 100 ans, 100 rôles
    V. LE CRÉPUSCULE DE LA DIVINE (1961-1969)
  • Rémy OLIVE DE L'AUTE dans MARIA CALLAS – 100 ans, 100 rôles
    V. LE CRÉPUSCULE DE LA DIVINE (1961-1969)

Première loge

Facebook Twitter Linkedin Youtube Email Soundcloud

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Login/Register

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Rechercher

Archives

  • Facebook
  • Twitter
  • Youtube
  • Email
Première Loge
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs

A découvrirx

Saison 2026-2027 de l’Opéra de Saint-Étienne...

5 mai 2026

Pelléas et Mélisande à la Scala,...

4 mai 2026

Opéra-Comique : Lucie de Lammermoor revient à...

3 mai 2026