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Barbara Hannigan : une voix surhumaine à la Philharmonie

par Frédéric Meyer 4 avril 2025
par Frédéric Meyer 4 avril 2025
© Raphaël Brand – OnP
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1,2K

En début de programme de cette soirée mémorable fut donné, de Richard Strauss, le poème symphonique Les Métamorphoses pour 23 instruments à cordes, achevé en 1945 à la fin de la vie du compositeur. Prévue à l’origine pour un chœur d’hommes, cette œuvre fut finalement conçue par Strauss comme un vaste adagio de près de trente minutes. Parmi les six thèmes principaux, on retrouve celui de la marche funèbre de la Troisième Symphonie de Beethoven (le sous-titre de l’œuvre est d’ailleurs « In Memoriam »). On admire, dans l’interprétation de ce soir, la prestation des cordes, quasi parfaite, mais le tempo retenu par la cheffe Barbara Hannigan est par moments inhabituellement lent… Pour (re)découvrir l’œuvre, on peut réécouter les belles versions de Christoph von Dohnanyi avec le Wiener, ou de Furtwängler avec le Berliner Philharmoniker.

Après les Métamorphoses vient La Voix humaine, vaste monologue lyrique en un acte de Francis Poulenc créé en 1958 à la salle Favart sur un texte de Jean Cocteau, sous la direction de Georges Prêtre.  La pièce originale fut elle-même créée plus tôt en 1930 à la Comédie Française avec la grande Berthe Bovy. Poulenc a laissé plusieurs versions de cette œuvre. C’est avec la version orchestrale et l’Orchestre de Radio France que nous sommes conviés à ce vertigineux voyage aux portes du désespoir.
On avait déjà pu applaudir la soprano canadienne Barbara Hannigan l’an dernier au San Carlo de Naples dans cette même œuvre dans une mise en scène comme d’habitude sulfureuse de Krzysztof Warlikowski, sans compter une précédente version donnée en 2021 à Radio France mais sans public.
C’est avant tout une épreuve vocale et physique pour la soliste que d’occuper la scène seule pendant 40 minutes, pour exprimer en un court laps de temps toute la douleur d’un être délaissé, dont l’amant doit se marier le lendemain et dont nous ne savons quasi rien. Le tout est accentué par la sécheresse d’une conversation téléphonique, qui sera coupée à plusieurs reprises et rythmée par la sonnerie qui retentit à chaque fois. On se souvient tous des versions historiques mémorables laissées par Denise Duval, une des muses de Poulenc, ou encore Jane Rhodes. Par la suite, de grandes voix se sont frottées à ce monument telles Felicity Lott, Véronique Gens, Patricia Petibon ou Annick Massis.
Dans cette superbe déclamation élégiaque proche du théâtre, Barbara Hannigan excelle et  figure parmi les plus grandes à pouvoir maintenir une intensité vocale continue tout au long d’une œuvre qui réclame tant de l’artiste, vocalement et physiquement.

En effet, dans cette œuvre audacieuse – qui interroge en quelque sorte notre capacité à remonter le temps –, c’est bien la voix qui est au premier plan, occupant 186 mesures sur les 780 que compte la partition. Schönberg avait lui aussi tenté cette expérience en 1924 avec son monodrame Erwartung.
Mais ce qui rend en soi cette soirée encore plus mémorable, c’est que Barbara  Hannigan, dans ce spectacle réglé par  Denis Guéguin, assure tout en chantant jeu de scène et direction musicale. De plus, elle reste durant la quasi-totalité de l’œuvre face à ses musiciens. On ne peut alors qu’apprécier son expression corporelle, parfois proche de la danse,  rehaussée par les images projetées sur l’écran en fond de scène. Mais surtout on est confondu par son visage d’une expressivité d’un bout à l’autre renversante, oscillant entre angoisse et colère, et filmé souvent en gros plan. Elle est servie en cela par l’équipe vidéo placée au milieu de la salle, diffusant les superbes images de Clemens Malinowski.
L’orchestre de Radio France est comme d’habitude excellent, notamment les vents, conduit de main de maître par la cantatrice qui mêle habilement une double gestuelle (direction et jeu scénique).

Au bout de ces quarante minutes de spectacle où, cas rarissime dans le répertoire,  l’interprète est seule sur scène, sans pouvoir à aucun moment se retirer ou s’appuyer sur un autre chanteur, on est littéralement ébloui et bouleversé. Dans cette œuvre sans compromis, peu de cantatrices telle que Barbara Hanigan, sont à ce point autant vocalement exceptionnelles, et d’une aisance insolente dans toutes les nuances requises : de l’aigu au grave, du doute à la colère, du murmure à la folie extatique, la chanteuse parcourt toute l’œuvre sans le moindre signe de fatigue. Sa diction est parfaite, et on peut saisir chacun de ses mots sans avoir à regarder le sous titrage.

Le public parisien se lever comme un seul homme pour faire pendant dix minutes un triomphe à celle qui se place désormais tout là-haut, parmi les spécialistes indétrônables de cette œuvre. Une soirée qui restera gravée longtemps dans les esprits.

Les artistes

La femme : Barbara Hannigan

Orchestre Philarmonique de Radio France, dir. Barbara Hannigan
Vidéo, mise en espace : Clemens Malinowski
Mise en espace : Denis Guéguin

Le programme

Richard Strauss
Métamorphoses 

Francis Poulenc
La Voix humaine
Tragédie lyrique en un acte de Francis Poulenc d’après un monologue de Jean Cocteau, créée salle Favart à Paris le 6 février 1959.

Philharmonie de Paris, concert du jeudi 3 avril 2025

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Barbara Hannigan
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Frédéric Meyer

1 commentaire

Grouin 5 avril 2025 - 20 h 00 min

Très bien vue rien a rajouter une merveille

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