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À Tours, un Don Pasquale à la distribution superlative

par Stéphane Lelièvre 31 janvier 2021
par Stéphane Lelièvre 31 janvier 2021
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Crédits photos :  © Marie Pétry – Opéra de Tours

Laurent Campellone a réussi à bâtir en un temps record une saison dont on a dit ici tout le bien qu’on  pensait. On imagine sa déception de ne pouvoir offrir au public son premier spectacle : un Don Pasquale porté par une distribution digne des plus grandes scènes nationales et internationales. Afin que tous ces efforts n’aient pas été accomplis en vain et que le public puisse tout de même profiter du travail des artistes, une captation du spectacle a été faite dimanche 31 janvier : Première Loge était présent…

On avait annoncé une version de concert. Mais réflexion faite, il a été jugé plus pertinent de proposer, pour la captation, une mise en espace. Aussi a-t-on fait appel à Nicola Berloffa qui, avec quelques costumes, deux chaises et un fauteuil (et la participation de chanteurs qui s’avèrent être tous doués pour la comédie), rend parfaitement lisible l’intrigue – somme toute très simple – imaginée par le romancier, poète et librettiste Giovanni Ruffini, en en soulignant habilement les principaux ressorts comiques et dramatiques. Gageons que la captation, avec quelques plans resserrés sur les artistes, parviendra aisément à faire oublier l’absence de décors !

Une des tendances actuelles, pour le répertoire bouffe italien, consiste à privilégier les tempi rapides, au risque parfois de faire avancer l’œuvre à marche forcée. Rien de tel avec la direction de Frédéric Chaslin qui, secondé par un orchestre en grande forme, donne l’agréable impression de laisser respirer la musique en jouant de subtils contrastes de dynamique ou de tempi et en respectant les couleurs simples mais délicates de l’orchestre donizettien.
Un orchestre qui n’a pas été réduit pour la circonstance, comme on le fait très souvent actuellement en raison de la pandémie : afin de respecter la distanciation physique, les instrumentistes ont été répartis entre la fosse et le parterre. Il sonne donc bien plus fort qu’à l’accoutumée, et c’est une difficulté de plus pour les chanteurs – qui restent tous cependant parfaitement audibles.

Sébastien Droy est peut-être le plus gêné par la situation, son émission de tenore di grazia favorisant comme il se doit la délicatesse de la ligne et des couleurs plus que la stricte puissance vocale. Il n’en est pas moins un Ernesto touchant, ciselant délicatement son air du II, sa sérénade, et surtout son tendre duo avec Norina (« Tornami a dir »), où il délivre de forts beaux aigus en voix mixte.

Florian Sempey ne fait qu’une bouchée de Malatesta, un rôle dont il maîtrise à la perfection toutes les composantes : timbre égal sur toute la tessiture, virtuosité, chant syllabique, qualités d’acteur : tout y est, et sa prestation nous a même paru plus aboutie encore qu’au Palais Garnier en 2018.

Les rôles bouffes de Laurent Naouri sont peut-être finalement moins nombreux qu’on pourrait le croire, mais, du Jupiter offenbachien au Falstaff verdien via la Mamma Agata des Convenienze e inconvenienze teatrali, ils ont tous notoirement marqué sa carrière. Don Pasquale, ce Falstaff junior (pour reprendre les termes de Frédéric Chaslin) enrichit tout naturellement cette galerie de personnages comiques, et Laurent Naouri s’y montre fort à son aise, parvenant à faire du personnage autre chose qu’un vieil homme uniformément ridicule : son Pasquale est certes grotesque, mais il est aussi pitoyable, presque touchant, avec notamment un émouvant « E’ finita, Don Pasquale » au deuxième acte.

À force d’entendre Anne-Catherine Gillet dans la mélodie ou l’opéra français, on en oublie ses affinités avec le répertoire italien, qui, pourtant, sont certaines. Le timbre a acquis récemment une belle ampleur, qui lui permet de chanter avec succès certains rôles au lyrisme affirmé, tels Micaëla ou Marguerite (qu’elle reprendra prochainement à Cologne). Il n’a pour autant rien perdu de sa transparence, la voix sachant se faire légère et virtuose quand nécessaire. C’est donc au final un portrait de Norina très complet qui nous est proposé : une Norina piquante, drôle, amoureuse, touchante, assez éloignée de la simple coquette agaçante à laquelle on réduit parfois le personnage.

Le mandat de Laurent Campellone s’ouvre donc sous les meilleurs auspices. Il n’est pas absolument sûr, hélas, que Le Voyage dans la lune, prévu en mars prochain – et que nous avions apprécié à Montpellier – puisse avoir lieu… Croisons les doigts. Et espérons également que la situation sanitaire revienne à la normale d’ici juin, afin que nous puissions découvrir, toujours à l’Opéra de Tours, la rare Caravane du Caire de Grétry !

Les artistes

Don Pasquale   Laurent Naouri
Malatesta   Florian Sempey
Ernesto   Sébastien Droy
Notaire   François Bazola
Norina   Anne-Catherine Gillet

Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire/Tours, chœurs de l’Opéra de Tours, dir. Frédéric Chaslin

Mise en espace   Nicola Berloffa

Le programme

Don Pasquale

Opera buffa en trois actes de Gaetano Donizetti, livret de Giovanni Ruffini, créé le 3 janvier 1843 au Théâtre-Italien (Paris).

Opéra de Tours, générale du dimanche 31 janvier 2021.

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Frédéric ChaslinLaurent CampelloneFlorian SempeyAnne-Catherine GilletSébastien DroyLaurent NaouriOpéra de Tours
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Stéphane Lelièvre

Stéphane Lelièvre est maître de conférences en littérature comparée, responsable de l’équipe « Littérature et Musique » du Centre de Recherche en Littérature Comparée de la Faculté des Lettres de Sorbonne-Université. Il a publié plusieurs ouvrages et articles dans des revues comparatistes ou musicologiques et collabore fréquemment avec divers opéras pour la rédaction de programmes de salle (Opéra national de Paris, Opéra-Comique, Opéra national du Rhin,...) Il est co-fondateur et rédacteur en chef de Première Loge.

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