La Seine Musicale reprend la production mise en scène par Olivier Py pour le Théâtre du Chatelet : de la pièce culte de Jean Poiret au musical flamboyant de Broadway, La Cage aux Folles célèbre avec panache la liberté d’être soi !
Un spectacle haut en couleurs mêlant émotion, humour, plumes et paillettes dans un hommage vibrant au cabaret et à la différence.
On ne présente plus cette comédie culte des années 70, écrite pour le théâtre par le trublion Jean Poiret avec dans les rôles principaux l’auteur lui-même lui-même et son acolyte de toujours, l’ineffable Michel Serraut. La pièce gagne un tel succès au fil du temps qu’elle donnera lieu à plusieurs films (une adaptation et deux suites). Mais qui aurait pu envisager l’idée d’une comédie musicale à Broadway dix ans après la création de la pièce ? Et pourtant la place de Zaza n’est-elle pas sur la scène de son Cabaret de Saint-Tropez, en train de chanter ?…
Mélangeant deux expériences théâtrales : un sketch « Les Antiquaires » et « L’escalier » de Charles Dyer, Jean Poiret écrit progressivement l’ébauche d’une histoire de deux homosexuels vieillissants devant se plier à la norme et oublier toute excentricité le temps d’une soirée, déterminante pour chacun d’eux. Mise en scène par Pierre Mondy, évitant la vulgarité ou la caricature blessante, la pièce change au fil des répétitions voire des représentations pour prendre sa forme finale, telle qu’on la connaît aujourd’hui. Le succès est retentissant, et ne se démentira pas non plus pour l’adaptation au cinéma des aventures d’Albin et Georges… Une aventure compliquée, mais dont le succès international perdurera jusqu’au remake américain de 1996, avec Nathan Lane et Robin Williams, film culte des années 90.
C’est donc Harvey Fierstein, acteur et auteur multiprimé de la scène new-yorkaise qui écrit le livret sur une musique de Jerry Herman, auteur entre autres, de « Hello Dolly » (sur la scène du Lido dès samedi 7 novembre) qui avait starifié encore un peu plus Barbra Streisand, et de « Mame », autre hit qui avait donné un nouveau souffle à la carrière d’Angela Lansbury. Du fait d’un souci de gros sous, c’est non pas le film mais la pièce dont on vend les droits d’auteur. Exit ainsi la mère biologique du protagoniste et quelques autres scènes. Si cette version musicale du classique français reste assez inconnue dans l’hexagone (une précédente adaptation avait fait un four), les amateurs de musicals connaissent par cœur la chanson « I am what I am », devenu un véritable hymne LGBTQI+ et faisant les beaux jours des récitals et autres best of des chanteurs de Broadway.
Alors que dire de cette adaptation française d’une comédie musicale américaine tirée d’une pièce française ? Parti sur l’idée d’une structure mouvante sur le plateau, Olivier Py remet au centre de toute l’intrigue un « personnage » oublié : le cabaret. Celui où évolue Zaza, celui où a grandi leur fils, celui qui a vu s’épanouir Georges et Albin. Pivotant sur lui-même, il passe de la grande scène aux coulisses, à la plage de Saint Tropez dans deux scènes merveilleusement nostalgiques, à la salle de séjour du couple où ils vont devoir recevoir les beaux-parents de leur rejeton, fils pour lequel ils vont mettre de côté tout ce qui a caractérisé leur existence jusqu’alors. La grande scène dotée de plusieurs lumières constituant différents cadres entourant la scène, demeure le lieu où vont se dérouler les scènes les plus spectaculaires, depuis la chanson « La cage aux folles » jusqu’au grand finale où défilent en musique tous les protagonistes de la pièce. Plumes, paillettes, collants, strings, boas, tout le bel attirail prévu par Pierre-André Weitz y passe pour mettre en scène les Cagelles et les numéros de Zaza, sur une chorégraphie de Ivo Bauchiero, dans lequel Laurent Lafitte s’en donne à cœur joie. Aussi pétillant en grande travestie, juchée sur des talons hauts, qu’en costume, il chante, danse, émeut avec ou sans maquillage, avec ou sans perruques, bref une artiste de cabaret complète.
Finalement, pour les comédiens passant de l’écran ou du théâtre classique aux musicals, ce qui compte avant tout c’est la personnalité. Si la voix de baryton de Lauren Bacall, dans sa reconversion sur scène, n’avait rien de classique, sa personnalité plus grande que nature embrasait la scène d’Applause, jusqu’à lui valoir un Tony Award. Tout en déployant une belle voix ample, ne reculant pas devant les difficultés de la partition, le comédien Laurent Lafitte reste prédominant sur le chanteur, permettant de laisser passer toute l’émotion requise. Il manque juste un rien pour que l’étincelle donne du feu, et ce malgré de beaux moments où Zaza descend parmi son public pour littéralement s’y frotter. Si la Zaza de Lafitte est aussi nuancée, elle évite avec bonheur une caricature facile à la fois pour Zaza et Albin… Damien Bigourdan, incarnant Georges, fait preuve d’une aisance vocale plus affirmée, avec un timbre plus souple. Les deux comédiens sont vocalement très bien assortis et leur duo fonctionne à merveille. Pour le reste de la distribution, Emeric Payet, en soubrette qui se veut star, affiche une énergie infatigable, et le duo des Dindon mari et femme est irrésistible, surtout dans leur défilé final où ils apparaissent tous deux déguisés pour échapper aux journalistes. On entend trop peu Lara Neuman, néanmoins parfaite avec son fiancé Harold Simon, à la voix taillée pour les comédies musicales.
L’orchestre des Frivolités Parisiennes, a suffisamment démontré qu’il n’avait rien de frivole et est au diapason des comédiens : vif, énergique et aussi espiègle que Zaza.
La belle ovation du public sur la chanson « On ne vit qu’une fois » confirme qu’il serait dommage de passer à côté de ce beau spectacle !
- Si vous souhaitez publier un commentaire (dans l’encadré ci-dessous, en bas de page), merci de prendre connaissance auparavant de la « Charte des commentaires » ! / If you wish to post a comment (in the box below, at the bottom of the page), please read the “Comment Policy” first!
Albin / Zaza : Laurent Lafitte
Georges : Damien Bigourdan
Jacob : Emeric Payet
Jean-Michel : Harold Simon
Edouard Dindon : Gilles Vajou
Marie Dindon : Emeline Bayart
Jacqueline : Lara Neumann
Anne : Maë-Lingh Nguyen
Francis : Edouard Thiébaut
ENSEMBLE
LES CAGELLES
Théophile Alexandre
Maxime Pannetrat
Alexandre Lacoste
Rémy Kouadio
Mickaël Gadea
Jérémie Sibethal
Loïc Consalvo
Axel Alvarez
Geoffroy Poplawski
Lucas Radziejewski
Nathan Leprêtre
Julien Marie-Anne
LES TROPEZIEN.NE.S
Jean-Luc Baron
Véronick Sévère
Ekaterina Kharlov
Talia Mai
Marianne Viguès
Guillaume Pevée
Simon Froget-Legendre
Antoni Sykopoulos
Fabrice Todaro
Grégory Juppin
SWINGS
Simon Draï
Raphaëlle Arnaud
Dov Milsztajn
Tim Guediche
Ezzahr
Mise en scène et traduction française : Olivier Py
Direction musicale : Christophe Grapperon et Stéphane Petitjean
Décors et Costumes : Pierre-André Weitz
Chorégraphie : Ivo Bauchiero
Chorégraphie (claquettes) : Aurélien Lehmann
Lumières : Bertrand Killy
Sound design : Unisson Design
Production Théâtre du Châtelet, en accord avec les Visiteurs du Soir
La Cage aux folles
Comédie musicale de Jerry Herman, livret de Harvey Fierstein (traduction française d’Olivier Py), d’après La Cage aux folles de Jean Poiret, créée le 21 août 1983 à New York (Broadway). Version française créée en décembre 2025 au Théâtre du Châtelet.
Représentation du 30 octobre 2026.
Paris, La Seine musicale, représentation du vendredi 30 octobre 2026.

