Ariane à Naxos, Festival de Salzbourg, dimanche 2 août 2026
Une superbe interprétation musicale, gâchée par une mise en scène inintéressante, ayant suscité l’ire des festivaliers.
L’opéra Ariadne auf Naxos, créé en 1912, est ici donné ici dans l’habituelle version de 1916 (la version initiale de 1912 incluait comme on sait une adaptation de la comédie-ballet Le Bourgeois gentilhomme).
La mise en scène est assurée par Ersan Mondtag, jeune artiste actuellement très présent sur les scènes lyriques, dont les dernières productions sont loin d’avoir toutes convaincu les journalistes de Première Loge… Sa lecture de l’œuvre, soutenue les éclairages inexistants de Franck Evin, prend place dans des décors des plus banals, représentant une vague caverne perdue sur Mars ou Vénus, remplie d’escaliers ne menant nulle part : on est dans un Dune bas de gamme, ou plutôt Star Trek. Les projections vidéo d‘Alexander Pannier apparaissent dans une large fenêtre montrant des vaisseaux spatiaux survolant les déserts d’une planète hostile, tantôt de jour, tantôt de nuit, sans raison particulière... Et cela tout au long de l’œuvre : oubliés les salons huppés voulus par Strauss au Prologue, puis le côté onirique et symbolique de l’action à l’acte unique. Les costumes sont quant à eux plus que laids, ainsi celui de Bacchus transformé en cosmonaute bibendum. Le public de ce soir de première ne s’y trompa pas : après les réprobations nombreuses entendues çà et là à l’entracte, ce fut une volée de huées venant de toutes parts dès le rideau tombé.
Heureusement restent les voix.
Kate Lindsey, mezzo-soprano américaine déjà présente à Salzbourg l’an dernier aux côtés de Lisette Oropesa dans Maria Stuarda, chante ici le rôle du compositeur, un rôle dans lequel elle fit ses débuts à l’Opéra de Vienne en 2014. Son jeu de scène est des plus crédibles, notamment parce qu’elle est la seule à ne pas devoir chanter affublée d’un costume ridicule. Sa ligne de chant est des plus belles et chacun de ses aigus, même si en de rares moments certains d’entre eux sont un peu acides, est d’une incroyable puissance, cette puissance tant nécessaire chez Strauss.
Il en est de même pour Ariane, la triomphatrice de la soirée : le rôle-titre est assuré par la soprano suédoise Christina Nilsson, récemment nommée chanteuse officielle de la cour par le Roi de Suède. Elle eut un peu de mal à rentrer dans son rôle, engoncée dans un vêtement ne facilitant pas les mouvements. Très vite, sa voix parvint à remplir l’espace avec une facilité impressionnante. Ses aigus sont eux aussi d’une beauté à couper le souffle. Son duo final avec Bacchus nous emporte vers des sommets rarement atteints.
Ziyi Dai, soprano chinoise, tient le rôle de Zerbinette. C’est un personnage qu’elle connaît déjà : elle y fit ses débuts en 2024 à Prague. Sa voix pure et cristalline est parfaite pour ce rôle. Ses vocalises sont remarquables. La prononciation est parfaite. Quel dommage qu’on lui ait imposé de nous relater ses amourettes en se livrant à une pantomime vulgaire, à l’opposé de l’esprit de Strauss.
Eric Cutler est un superbe Bacchus dont il a la voix et la stature. Son implication dans ce rôle difficile est grande et la maîtrise de la diction est remarquable. C’est un habitué des rôles de Strauss, mais aussi de Wagner. Peut-être un peu trop ?… Même si on est sous le charme de sa prestation, au final on a une vague impression d’avoir entendu aussi un peu de Wagner… Cela n’enlève rien à la puissance ni à la beauté de sa voix, tout au long de l’acte.
Johannes Silberschneider est excellent en majordome, rôle essentiellement parlé. Mention spéciale pour Christoph Pohl, baryton allemand en maître de musique.
Le chef d’orchestre autrichien Manfred Honeck a été à la tête des formations les plus prestigieuses à travers le monde. Il préside actuellement l’orchestre de Pittsburg. Ici, il dirige avec grande précision les forces du Philharmonique de Vienne. (Rappelons qu’en rupture avec nombre de ses opéras, Strauss fait, pour Ariane à Naxos, le choix d’un orchestre de dimension réduite, avec une petite quarantaine de musiciens présents en fosse). Si l’on note un léger relâchement au milieu du prologue, après l’entracte, l’orchestre retrouva son éclat habituel et c’est toujours un enchantement de voir une telle fusion entre les forces du Wiener et Strauss depuis tant de décennies. Les toutes dernières notes, lorsqu’après un tutti incandescent, l’orchestre s’éteint doucement sont d’une force émotionnelle incroyable…
Au final, il est une fois de plus dommage de constater qu’on aurait pu donner cette œuvre magnifiquement interprétée en version de concert pour éviter d’avoir se à se triturer les neurones afin de tenter de trouver un sens à une mise en scène qui en est totalement dépourvue.
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Le Compositeur : Kate Lindsey
La Prima Donna / Ariadne : Christina Nilsson
Le Ténor / Bacchus : Eric Cutler
Zerbinetta : Ziyi Dai
Le Majordome : Johannes Silberschneider
Le Maître de musique : Christoph Pohl
Le Maître de danse : Jonas Hacker
Un perruquier : Blaž Stajnko*
Un valet : Fabian-Jakob Balkhausen
Harlequin : Leon Košavić
Scaramuccio : Michael Porter
Truffaldino : Lukas Enoch Lemcke
Brighella : Theodore Browne
Une naïade : Jasmin Delfs
Une dryade : Anja Mittermüller*
Echo : Marlene Metzger
Un Officier : Fabio Dorizzi
Vienna Philharmonic, dir. Manfred Honeck
Mise en scène, costumes et décors : Ersan Mondtag
Lumières : Franck Evin
Vidéo : Alexander Pannier
Chorégraphie : Ashley Alexandra Wright
Dramaturgie : Till Briegleb
Ariadne auf Naxos
Opéra en un prologue et un acte de Richard Strauss, livret d’Hugo von Hofmannsthal, créé en 1912 à Stuttgart, puis dans une nouvelle version en 1916 à Vienne.
Festival de Salzbourg, représentation du dimanche 2 août 2026.


1 commentaire
Juste mais dur pour la mise en scène certe sans grand intérêt heureusement qu il y avait de grands artistes