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Aux Bouffes du Nord, Paul Lay et Les Éléments, bâtisseurs de lumière

par Romaric HUBERT 2 avril 2026
par Romaric HUBERT 2 avril 2026
© François Passerini
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Waves of light, Paris, Bouffes du Nord, lundi 30 mars 2026

Aux Bouffes du Nord, Paul Lay et Les Éléments, bâtisseurs de lumière

Lundi soir, aux Bouffes du Nord, Waves of Light ne donnait pas seulement à entendre la rencontre du jazz et du chœur. Le programme, né du dialogue entre Paul Lay et Joël Suhubiette, cherche quelque chose de plus rare : une zone de passage entre écriture et improvisation, entre ferveur chorale et mobilité du trio, entre lumière sacrée et clarté plus intime, gagnée sur l’ombre. Dans ce théâtre construit en 1876, puis réinventé à partir de 1974 par Peter Brook et Micheline Rozan sans effacer les blessures du lieu, cette rencontre trouvait un écrin idéal, rugueux, habité, presque naturellement accordé à cette circulation entre mémoire et invention.

Le mérite de Paul Lay est de ne jamais chercher l’effet de couture apparente. Ses partitions, nourries de poèmes d’Emily Dickinson, Victor Hugo, Pablo Neruda et Henry David Thoreau, puisant aussi chez Purcell et Bach, n’opposent pas deux mondes : elles ouvrent un espace commun. La voix y demeure le centre de gravité du projet, non comme simple couleur, mais comme souffle premier, vibration initiale, point d’origine du discours. Et c’est ce qui donne à Waves of Light sa tenue : rien n’y sonne comme un manifeste, tout y avance comme une nécessité musicale.

Dans cette architecture très pensée, Les Éléments impressionnent d’abord par leurs qualités techniques. Sous la direction de Joël Suhubiette, le chœur fait entendre une homogénéité remarquable, des attaques nettes, une diction souple, une capacité rare à rester dense sans devenir lourd. Paul Lay a surtout l’intelligence de mettre ces qualités en pleine lumière. Il ne traite jamais le chœur comme un bloc décoratif, mais comme un organisme vivant, capable d’élan, de relance, de respiration. On comprend, à les entendre, pourquoi cet ensemble fondé en 1997 s’est imposé dans le paysage choral français et a déjà été distingué par une Victoire de la Musique classique ainsi que par le Prix Liliane Bettencourt pour le chant choral.

Mais la réussite de la soirée doit aussi beaucoup à l’excellence du trio. Paul Lay, Artiste instrumental de l’année aux Victoires du Jazz 2020 et professeur au Conservatoire de Paris depuis 2022, possède cette double qualité, assez rare, de faire entendre la complexité sans jamais épaissir le discours. Son piano organise, éclaire, aère ; il sait donner une assise harmonique très ferme tout en laissant jouer la fluidité de l’instant. À la batterie, Donald Kontomanou, formé très jeune puis passé par New York, où il a joué notamment avec J. D. Allen, Duane Eubanks, Jean-Michel Pilc ou Stéphane Belmondo, apporte bien davantage qu’un soutien rythmique : un art de la relance, une souplesse d’écoute, une science des plans sonores qui permettent au tissu commun de rester en tension sans jamais se crisper. Quant à Clemens van der Feen, formé au Conservatorium van Amsterdam et à Detmold, diplômé avec les honneurs en jazz comme en classique, puis passé par des orchestres tels que l’Amsterdam Concertgebouw Orchestra ou l’Orchestra of the Eighteenth Century, il donne à l’ensemble profondeur, assise, respiration. Sa contrebasse ancre, mais surtout elle écoute ; elle relie.

Ce qui touche, au fond, dans Waves of Light, c’est son refus de la démonstration. La soirée ne prouve rien, elle accomplit. Elle fait entendre, avec une évidence presque paisible, que le jazz et le chœur peuvent non seulement dialoguer, mais respirer ensemble. On regrettera d’autant plus que les grandes récompenses sachent si mal distinguer ce type de réussite collective : les Victoires de la Musique Classique 2026 mettent en avant des catégories comme soliste instrumental, artiste lyrique, enregistrement, révélations et compositeur, tandis que les Victoires du Jazz 2026 distinguent notamment artiste instrumental(e), artiste vocal(e), album et concert, sans catégorie spécifique pour un ensemble vocal de cette nature. À entendre Les Éléments lundi soir, on se disait pourtant qu’un tel prix aurait trouvé là des lauréats idéaux. Et l’on pourra prolonger l’expérience au disque : Waves of Light est paru en CD et vinyle le 30 janvier 2026.

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Les artistes

Chœur de chambre Les Éléments, dir. Joël Suhubiette
Paul Lay, piano et composition
Donald Kontomanou, batterie
Clemens van der Feen, contrebasse

Le programme

Waves of light

Musique de Paul Lay pour chœur et trio jazz 
Commande du Chœur Les Éléments

Printemps ; Our Share of Night ; Hear My Prayer, O Lord ; Ombres et lumière ; Waves of Light ; Allegro ; Psaume ; Flashing Suite ; Ejszaka ; Douce Incandescence ; Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen ; She Is The Mistress of The Night.

Paris, Théâtre des Bouffes du Nord, concert du lundi 30 mars 2026.

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Joël SuhubietteChœur Les ÉlémentsPaul Lay
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Romaric HUBERT

Licencié en musicologie, Romaric Hubert a suivi des études d’orgue, de piano, de saxophone et de chant. Il a chanté dans plusieurs chœurs réputés, ou encore en tant que soliste. Il est titulaire d’une certification qualifiante professionnelle d’animateur radio délivrée par l’Institut National de l’Audiovisuel, et a fait ses premiers pas au micro sur France Musique. Il a fondé la compagnie Les Papillons Electriques avec sa complice Jeanne-Sarah Deledicq et est co-créateur du site Première loge.

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