Simon Boccanegra : Ludovic Tézier
Maria Boccanegra (Amelia Grimaldi) : Marina Rebeka
Jacopo Fiesco : Michele Pertusi
Gabriele Adorno : Francesco Meli
Paolo Albiani : Mattia Olivieri
Pietro : Andrea Pellegrini
Un capitano dei balestrieri : Vasco Maria Vagnoli
Un’ancella di Amelia : Silvia Cialli
Coro (dir. Fabrizio Cassi) e Orchestra del Teatro di San Carlo, dir. Michele Spotti
Simon Boccanegra
Melodramma en un prologue et trois actes de Giuseppe Verdi, livret de Francesco Maria Piave, modifié par Arrigo Boito, créé au Teatro La Fenice de Venise le 17 mars 1857 (seconde version : Teatro alla Scala de Milan, 24 mars 1881).
2 CD Prima Classic. Enregistré en public en octobre 2024 au Teatro di San Carlo de Naples. Notice de présentation en anglais et en italien. Durée totale : 132:33
Michele Spotti dirige d’une main de maître des interprètes d’exception. Un enregistrement majeur à ne manquer sous aucun prétexte.
Il y a quelques mois nous avions salué l’opportunité donnée par Deutsche Grammophon à Ludovic Tézier de laisser un témoignage discographique de son Scarpia. À plus forte raison nous ne pouvons que nous réjouir aujourd’hui de la nouvelle livraison de Prima Classic qui, sacrifiant sa diva maison, laisse la place au primo uomo pour une rencontre des plus heureuses. Issu de deux concerts napolitains de l’automne 2024 et enregistré en public, ce coffret réunit toutes les conditions des gravures de studio.
Dès lors, que dire de plus de ce qu’avait écrit à l’époque notre confrère, sortant du San Carlo ? Porté par une élocution remarquable, le Boccanegra du baryton français s’impose en narrateur prodigieux dès le premier duo avec son rival, qu’il retrouvera à la fin pour cet apaisement tardif de deux vieillards décidément aux abois. Déchirant comme déjà à l’Opéra Bastille en mars 2024, il insuffle à la scène de la reconnaissance une chaleur singulière d’accent, notamment dans l’andante, tout imprégné de piété paternelle. Impressionnant de gravité dans la malédiction (largo assai), au finale I, il connaît chez le chœur un interlocuteur à part entière dont il affronte magistralement la colère vengeresse. Contrit dans le trio de l’acte II, il sait faire ressortir sa propre aspiration à la paix par la plus grande intelligence du texte.
Il trouve en Marina Rebeka une partenaire d’exception dont la noblesse du phrasé se conjugue, dès son air de présentation, à un legato rare et à une maîtrise de la ligne unique. Leur duo est l’occasion de déployer des sons capiteux aux teintes tout particulièrement variées dans l’andante, défendu également par un portamento généreux et par un contrôle du souffle saisissant. Leur complicité se marie, dans l’allegro, à la meilleure expressivité, pour une fusion des affects qui relève du théâtre le plus pur. Leurs voix s’associant par la suite dans le finale I qui s’enrichit à la fois de la palette extrêmement modulée du cantabile d’Amelia, angélique dans sa requête de quiétude, et des couleurs contrastées des sentiments de Simone, dans l’andante meno mosso.
Ayant entendu Francesco Meli en Gabriele Adorno il y a à peine un mois à La Fenice de Venise, nous ne pouvons que confirmer, grâce à ces CD, son entière affinité pour le rôle. Considérablement articulé, le récitatif de son air de l’acte II oppose aux dynamiques du cantabile (allegro sostenuto) la suprême luminosité du vœu du largo. Dans le récitatif du premier duo avec sa bien-aimée, il oppose un lyrisme souverain au dramatisme déjà engagé de sa consœur, laquelle apporte à l’andantino une morbidezza étincelante, avant de se lancer dans un allegro brillante enivrant. L’urgence du moment caractérise le récitatif du second duo dont le déchirement du doute de l’andante se partage entre l’innocence paradisiaque de la soprano et la virilité bien terrestre du ténor. Les retrouvailles avec le père sont donc bouleversantes, lorsqu’une Amelia céleste relaie la demande de pardon de Gabriele, très lyrique. Avant le largo du finale où, stratosphérique, la jeune femme répond au sublime sfumato du doge mourant.
Même si par moments le souffle peut paraître un peu court, Michele Pertusi s’investit entièrement dans l’incarnation de Jacopo Fiesco. La justesse du propos se dessine ainsi dès l’aria de l’acte I, puis sans le défi qu’il lance au corsaire et dans l’ultime réconciliation, la bonne entente entre les deux interprètes trouvant dans l’écart de leurs graves l’humus nécessaire à nourrir le drame. Et soulignons, par ailleurs, la grande solennité qui se dégage du court entretien de l’acte I avec Adorno (sostenuto religioso).
En prise de rôle, Mattia Olivieri est un luxe en Paolo Albiani. Sournois dès les premières notes, il oppose la clarté de son timbre à la majesté de Boccanegra, puis à l’austérité de Fiesco. Perfide jusque dans la mort, il use de sa diction habituelle dans les échanges avec Andrea Pellegrini, Pietro aux graves bien placés.
Dirigeant lui aussi la partition pour la première fois, Michele Spotti mène l’Orchestra del Teatro di San Carlo d’une main de maître, alliant la précision du bâtisseur au raffinement de l’orfèvre. Opéra maritime, s’il en est, Simon Boccanegra se berce dès le prologue dans le dialogue entre les cordes et les vents, de même que la finesse des premières épouse l’harmonie des seconds dans le ressac de l’acte I. Éclatant lors des réjouissances de l’élection, le chœur de la maison sait aussi faire preuve de retenue dans son incitation à la guerre, de l’intérieur, et devient aérien quand il s’agit d’annoncer le mariage prochain.
Un enregistrement majeur à ne manquer sous aucun prétexte.
—————————————————————–
Retrouvez les principaux interprètes de ce Boccanegra en interview.
Ludovic Tézier : ici
Marina Rebeka : ici et là
Mattia Olicvieri : ici
Michele Spotti : ici et là.
- Si vous souhaitez publier un commentaire (dans l’encadré ci-dessous, en bas de page), merci de prendre connaissance auparavant de la « Charte des commentaires » ! / If you wish to post a comment (in the box below, at the bottom of the page), please read the “Comment Policy” first!

