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Sabine Devieilhe et Mathieu Pordoy à l’Opéra-Comique : un hymne à l’amour du chant.

par Ivar kjellberg 11 novembre 2024
par Ivar kjellberg 11 novembre 2024

Photo : capture d'écran YouTube

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© Edouard Brane

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Dans le cadre des scènes ouvertes du 8 au 11 novembre, ce récital concocté par Sabine Devieilhe et Mathieu Pordoy reflète la générosité de ses interprètes. Et généreux, ce concert l’est, alliant airs populaires à d’autres moins connus, compositeurs célébrés à compositrices à redécouvrir. L’alchimie évidente entre Devieilhe et Pordoy, dont le duo a livré un album réussi de lieder de Strauss et de Mozart chez Warner music, infuse ce qu’il faut de magie pour faire de la soirée un moment suspendu.

© Frédéric Michot

A l’image de son récital salle Gaveau en avril dernier, pour une soirée consacrée aux lieder de Mozart, Sabine Devieilhe sait offrir à son public grâce et émotion, à travers un programme combinant berceuses, chants d’amour, chants un rien comique, et chanson populaire.

La soirée commence avec un très beau « Die Loreley » de Liszt, où dès ce premier air, la soprano use à merveille de ces aigus effilés et parfaitement tenus dont elle a le secret et qu’elle reprend de manière plus nuancée et avec un crescendo judicieusement appuyé, dans le crépusculaire « Nacht und Träume » de Schubert, qui met parfaitement en valeur l’atmosphère nocturne un brin angoissée de la partition. Il en va de même dans le fameux « Du bist die Ruh« , langoureux et flottant. Dans cette première partie consacrée aux berceuses et chansons douces, on retrouve tout l’humour du duo Devieilhe-Pordoy dans l’air du Petit chat triste de Jacqueline Mani où le pianiste sort des « miaous » plus vrais que nature ! Saluons le soin apporté au respect de la langue et à la diction de Devieilhe, qui enchaîne allemand-français et aussi hébreu, avec le « Soir de roses » de Josef Hadar, chanson des années 50 et gros succès de l’époque au Moyen-Orient. Des berceuses, on évolue vers les chansons d’amour dans une deuxième partie où brille en particulier le si romantique lied de Liszt « Oh quand je dors », effleuré par un sage érotisme, délicatement suggéré par l’utilisation du souffle en fin de phrase – un lied que suit l’agité « Ein Traum » de Grieg, constituant une forme de transition vers des morceaux moins éthérés.

La chanteuse introduit cette partie en évoquant Lili Boulanger, avec les deux premiers airs issus des Clairières dans le ciel, où plane l’ombre de Gabriel Fauré, professeur de la compositrice. Dans les Mädchenblumen de Richard Strauss, Devieilhe triomphe sans peine du ton contradictoire des lieder (vifs, ou flottants et rêveurs, et non dénués de gravité), le tout étant dominé par un vibrant Epheu. Les airs de Boulanger viennent trancher sur la douceur de Strauss, en apportant plus de corps et de matière pour mieux laisser la place aux compositrices de cette dernière partie de soirée : celle surnommée « le petit Mozart » par Bizet : Cécile Chaminade, concertiste brillante, qui a dû s’affranchir de l’autorité paternelle pour affirmer son talent, et Germaine Taillefer, qui elle, avait dû s’inscrire en cachette au Conservatoire et financer ses études contre la volonté parentale. Résolument modernes, les chansons des deux femmes, tranchent sur l’académisme et le reste du programme d’un romantisme masculin… qui en devient presque suranné. Ainsi après les berceuses, et l’amour romantique, le réveil est brusque. Avec la mélancolie résolue de « Ma première lettre » de Chaminade, Devieilhe chante le désenchantement du premier amour. Puis, en interprétant trois des « Six chansons françaises » de Germaine Taillefer, œuvre qu’on qualifierait aujourd’hui de féministe, chacune des chansons abordant les difficultés amoureuses à travers des textes remontant pour certains au XVe siècle, Sabine Devieilhe remet en lumière  une œuvre singulière et très personnelle.

A noter que Germaine Taillefer appartenait au Groupe des Six, où l’on retrouvait aussi Poulenc et Milhaud, tous deux joués ce soir. Avec un doigté sûr, Mathieu Pordoy interprète « Hommage à Edith Piaf » de Poulenc oscillant entre romance et recueillement. Dans un tempo frémissant,  notre duo de choc enchaîne avec audace un air de Milhaud portant bien son nom « Tay toy, babillarde hirondelle » où s’entrechoquent les mots, sans difficulté apparente malgré le rythme extrêmement rapide.

 « L’hymne à l’amour» de Marguerite Monnot permet à Sabine Devieilhe, comme sur les airs de Liszt et Schubert, de faire ressortir toutes les couleurs de son timbre : chaud, débarrassé de l’acidité propre à la jeunesse, plus enveloppant et moins éthéré, et aux aigus précis et expressifs, elle transmet une émotion palpable au public de l’Opéra Comique grâce à cet air résonnant dans notre mémoire collective.

Ne rechignant jamais aux bis et de nature généreuse, la chanteuse accorde bien volontiers avec son compère trois pages supplémentaires : le premier rendra hommage à Gabriel Fauré dont l’ombre aura plané sur la soirée, le second plein d’humour, permettra au pianiste, après avoir incarné un chat, de devenir… un canard ! Et le troisième sera particulièrement émouvant : rappelant que c’est dans cette maison qu’elle avait rencontré la regrettée Jodie Devos, la soprano lui dédie l’air final de l’opéra Lakmé « Tu m’as donné le plus doux rêve… » Émue, la chanteuse tombe alors dans les bras de Mathieu Pordoy, fidèle acolyte, qui a su accorder son jeu aux palettes de couleurs et de nuances de sa camarade, sans jamais passer au second plan, pour offrir, tous deux, une soirée dédiée à l’amour du chant. Offrir, ou plutôt transmettre au public de la salle Favart, littéralement conquis. 

Les artistes

Sabine Devieilhe, soprano

Mathieu Pordoy, accompagnement piano.

Le programme

Franz Liszt Die Loreley S273 / 2 (texte Heinrich Heine)
Josef Hadar Erev Shel Shoshanim
Jacqueline Mani Petit chat triste
Franz Schubert Du bist die Ruh op. 59, n°3 (texte Friedrich Rückert)
Anonyme Berceuse cosaque
Franz Schubert Nacht und Träume D827 (texte Matthias von Collin)
Franz Liszt En rêve, Nocturne S207
Richard Strauss
Meinem Kinde op. 37, n°3 (texte Gustav Falke)
Die Nacht op. 10, n°3 (texte Hermann von Gilm)
Franz Liszt Oh quand je dors S282 / 2 (texte Victor Hugo)
Edvard Grieg Ein Traum op.48, n°6 (texte Friedrich Martin von Bodenstedt)

Richard Strauss « Kornblumen », Mädchenblumen op. 22, n°1 (texte Felix Dahn)
Lili Boulanger Clairières dans le ciel (textes Francis Jammes)
n°1 « Elle était descendue au bas de la prairie »
n°2  « Elle est gravement gaie »
Richard Strauss « Mohnblumen », Mädchenblumen op.22, n°2 (texte Felix Dahn)
Lili Boulanger « Un poète disait », Clairières dans le ciel, n°4
Richard Strauss « Epheu », Mädchenblumen op. 22, n°3 (texte Felix Dahn)

Cécile Chaminade Ma première lettre (texte Rosemonde Gérard)
Germaine Tailleferre Six chansons françaises (textes anciens anonymes)
« Non, la fidélité… » (texte Gabriel-Charles Lattaignant)
« Mon mari m’a diffamée » (texte anonyme)
« Les trois présents » (texte Jean-François Sarrasin)
Francis Poulenc Hommage à Édith Piaf, Improvisation n° 15
Darius Milhaud « Tay toy, babillarde arondelle », Chansons de Ronsard, op. 223, n°3
Marguerite Monnot Hymne à l’amour (texte Édith Piaf)

Opéra-Comique, représentation du 8 novembre 2024.

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Ivar kjellberg

Habitué de longue date du TCE et pianiste amateur, Ivar Kjellberg est venu à l'art lyrique grâce à ses parents, qui faisaient sonner Wagner dans tout l'immeuble pour l'amuser. Grand fan des interprètes des années 70 et de l'opéra allemand, Ivar peut écouter en boucle les disques d'Edda Moser et d'Hermann Prey avant d'enchaîner... sur un bon Offenbach !

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