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Festival d’Ambronay : récital Marie Perbost / Les Ombres – Mariage à la franco-italienne

par Laurent Bury 26 septembre 2022
par Laurent Bury 26 septembre 2022
 © Adami 2017
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1,8K

Ils étaient presque exactement contemporains, mais la carrière de l’un à l’opéra commença alors que celle de l’autre se terminait presque. Né en 1683, Rameau vit sa première création lyrique à l’Académie royale de musique en 1733, tandis que Haendel, né en 1685, signait en 1741 avec Deidamia le dernier de ses opéras (mais il composerait encore de nombreux oratorios que l’on présente de nos jours souvent en version scénique). Le concert proposé en clôture du deuxième week-end de la 43e édition du festival d’Ambronay se propose de rapprocher ces deux compositeurs qui, en quelque sorte, incarnent l’un la musique française et l’autre la musique italienne. Sauf que, dans ses opéras en italien écrits à Londres, le Saxon avait parfois recours à des ouvertures à la française, tandis que le Dijonnais subissait l’influence italienne dans les airs vocalisants dont il parsemait ses créations.

Malgré tout, le concert se divise très nettement en deux parties : d’abord Rameau, ensuite Haendel, à tel point que, le moment des bis venu, Rameau sera hélas entièrement oublié, alors que Haendel aura en plus bénéficié de l’orchestre plus étoffé qui est indispensable à l’exécution d’opéras français à cet époque (quand une poignée d’instrumentistes suffit parfois pour faire entendre aujourd’hui des extraits d’opéra italien du XVIIIe siècle). L’ensemble Les Ombres est en effet venu en nombre pour défendre la musique de Rameau : dix-neuf instrumentistes dirigés par Margaux Blanchard, tandis que Sylvain Sartre, l’autre directeur-fondateur de l’orchestre, assiste au concert parmi les spectateurs. On admire chez la cheffe une gestuelle totalement sereine, sans jamais rien de brouillon, ce qui n’empêche nullement la vivacité de l’interprétation des ces danses et ouvertures (notamment celle, superbe, des Fêtes d’Hébé). Dans les airs, certains tempos pourront paraître, sinon lents, du moins plus confortables pour la chanteuse, car cet hommage aux « deux génies de l’opéra » en leur temps ne pouvait se passer d’une voix.

En l’occurrence, c’est le timbre clair et charnu, comme un fruit mûr mais ferme, de Marie Perbost qui chante trois airs de Rameau et trois airs de Haendel. La soprano confirme que, malgré un tempérament comique bien connu, elle a su devenir tragédienne tout à fait convaincante : les deux airs brillants qu’elle interprète enchâssent le sublime « Tristes apprêts », qui est d’ailleurs l’occasion d’inclure, en création mondiale, un morceau commandé à une compositrice. Précisément inspiré de l’air de Télaïre dans Castor et Pollux, De l’extrémité des ténèbres de Farnaz Modarresifar (née en 1989) sonne un peu comme une caricature de musique contemporaine, avec borborygmes de contrebasse et silences inquiétants, les premières phrases de l’air de Rameau étant déclamées d’une voix atone avant de céder la place à une question en arabe.

Avec Haendel, c’est le schéma inverse qui se met en place (Marie Perbost troque d’ailleurs sa robe bleu nuit contre une tenue écarlate), puisque l’air rapide est encadré par deux airs lents. Le temps d’un magnifique « Credete al mio dolore » d’Alcina, la chanteuse s’installe dans la nef avec les deux continuistes, puis revient aussitôt sur la scène, concluant par un émouvant « Piangerò » de Giulio Cesare: on est heureux d’entendre ainsi une voix qui n’a rien d’un simple rossignol dans le personnage de Cléopâtre, à l’encontre de la mauvaise habitude prise par les théâtres.

On l’a dit, les deux bis accordés à l’issue du concert sont eux aussi haendéliens. C’est d’abord « Spera e godi », extrait de Partenope, qui permet à la chanteuse d’exprimer au cours du même air les affects les plus contradictoires, la reine de Naples étant alors déchirée entre ses deux soupirants. Puis l’inévitable « Lascia ch’io pianga », que Marie Perbost réussit néanmoins à s’approprier, notamment en proposant très tôt une ornementation délicate mais bien présente de ce qui est en passe de devenir une véritable scie du répertoire lyrique.

Les artistes

Marie Perbost, soprano

Les Ombres, dir. Margaux Blanchard

Le programme

Catharsis : Airs et ouvertures extraits d’opéras de Georg Friedrich Haendel (Giulio Cesare ; Alcina ; Partenope…) & Jean-Philippe Rameau (Dardanus ; Castor & Pollux ; Anacréon…)

Commande du CCR à Farnaz Modarresifar (née en 1989)

Récital du dimanche 25 septembre 2022, dans le cadre du 43e Festival d’Ambronay.

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Marie Perbost
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Laurent Bury

Une fois hors d'un charnier natal assez septentrional, Laurent Bury a longtemps habité sous les vastes portiques du 123, rue Saint-Jacques, du 45, rue d'Ulm et du 1, rue Victor Cousin (et même ensuite du 86, rue Pasteur, 60007). Longtemps, il s'est couché de bonne heure aussitôt après les spectacles que, de 2011 à 2020, il allait voir pour un autre site opératique. Papillon inconstant, farfallone amoroso, il vole désormais entre divers sites, et a même parfois l'honneur de prêter sa plume aux volumes de L'Avant-Scène Opéra.

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