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Un Couronnement de Poppée très contemporain à l’Opéra de Lyon

par Hugues Rameau 17 juin 2026
par Hugues Rameau 17 juin 2026

© Jean-Louis Fernandez

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Le Couronnement de Poppée (Monteverdi, restitution et orchestration de Philippe Boesmans), Opéra de Lyon, lundi 15 juin 2026

Pour la dernière production de sa saison 2025-2026, l’Opéra de Lyon a réuni sur scène les jeunes artistes de sa pépinière, le Lyon Opéra Studio, dans Le Couronnement de Poppée de Monteverdi. Avec de nombreux rôles à distribuer, le chef-d’œuvre baroque était assez idéal même si l’orchestration de Philippe Boesmans proposée ici a pu déconcerter.

Les mélomanes peu attentifs ont été cueillis par les premières notes du Couronnement de Poppée (L’incoronazione di Poppea) de Monteverdi à l’affiche de l’Opéra de Lyon, ce soir de première du 15 juin 2026. Le programme indiquait pourtant que la nouvelle production signée Tatjana Gürbaca s’appuierait sur la restitution et l’orchestration de Philippe Boesmans telle que présentée au public madrilène en 2012. Encouragé par Gérard Mortier, le célèbre compositeur belge (disparu en 2022) a usé d’audace pour redonner vie au chef-d’œuvre baroque. Monteverdi n’ayant pas orchestré son opéra, chaque directeur de théâtre ou n’importe quel chef d’orchestre fait preuve d’imagination en faisant appel à une reconstitution, qu’on imagine la plus fidèle possible, à partir des seules lignes mélodiques et de la basse continue laissées à la postérité. Boesmans et son éditeur jugeant cette nouvelle version très différente ont décidé d’en changer le titre pour Poppea e Nerone. Portée par la direction de Simon-Pierre Bestion et une mise en scène solide, c’est pourtant bien à une représentation de L’incoronazione di Poppea, certes hybride, que les spectateurs ont assisté.

Qui de Monteverdi ou de Philippe Boesmans se fait le plus entendre ?

Avec une troupe de chanteurs (issus du Lyon Opéra Studio) au format plus léger qu’à Madrid en 2012 (où se sont illustrés Nadja Michael, Charles Castronovo, Willard White…) Simon-Pierre Bestion dirige l’orchestre de l’Opéra de Lyon avec brio comme il le fait avec son ensemble historiquement informé La Tempête. Les attaques sont franches, et même si l’oreille doit s’habituer à la partition de Boesmans, les parties contemporaines sont traitées avec la même intensité dramatique. De violents contrastes donnent souvent le sentiment de deux œuvres juxtaposées que les musiciens de l’orchestre parviennent à fusionner au fur et à mesure de la soirée grâce à une versatilité adéquate. Le créateur et réorchestrateur a intégré un synthétiseur et des percussions avec une grande liberté qui se retrouve dans la distribution plus rompue aux habitudes baroques. Dans le terrible rôle de Néron, ce n’est plus un ténor lyrique comme Charles Castronovo que l’on entend, mais l’impressionnant Iurii Iushkevich, le seul qui ne fasse pas partie de la troupe du Lyon Opéra Studio. Le contreténor domine l’ambitus de la tessiture avec un aigu dardé et puissant et une incarnation vraiment marquante. Dans des costumes d’inspiration élisabéthaine et avec une silhouette qui rappelle l’actrice Tilda Swinton, il forme un duo androgyne avec sa Poppée jetant l’effroi lors des moments de violence sadique. Membre de la troupe en 2022-2024, Giulia Scopelliti a été rappelée pour prêter ses traits à la manipulatrice Poppée. La voix est solide mais manque de sensualité pour convaincre autant que son partenaire.

Le Lyon Opéra Studio à 100 % Monteverdi

Homogène, l’ensemble de la jeune distribution possède le style monteverdien même si certains artistes ne relèvent pas aussi facilement les défis d’une écriture exigeante. Filipp Varik n’a pas exactement le profil attendu pour Arnalta. La nounou de Poppée est un rôle de caractère que le ténor, certes peu aidé par la mise en scène, chante trop sérieusement en oubliant la justesse dans une berceuse mal engagée vocalement. Gageons qu’il prendra de l’assurance lors des prochaines représentations. Même si Monteverdi n’a pas réellement indiqué de tessiture, habitude d’écoute aidant, il est étonnant d’entendre un baryton dans le rôle d’Othon, l’amoureux éconduit de la belle intrigante. Le timbre d’Alexander de Jong est séduisant et la voix bien conduite. Elle manque encore de couleurs pour apporter du dramatisme à ce rôle complexe. La jolie Drusilla, aimant Othon en secret, est campée avec aplomb par Eva Langeland Gjerde, soprano léger qui apporte la fraîcheur et la solidité attendue pour ce rôle. Le Sénèque d’Hugo Santos est également joué avec intensité même si la conduite vocale, avec encore quelques sons coincés dans les résonnateurs, est perfectible. Rappelons que, même s’ils ont l’expérience de la scène de l’Opéra de Lyon, ces jeunes artistes sont encore au tout début de leur carrière. Aux côtés du Néron de Iurii Iushkevich, Jenny Anne Flory est sans doute l’artiste qui se détache le plus en vivant le drame d’Octavie, l’épouse répudiée. Grande dame portant lunettes noires, elle fait preuve d’une forte présence vocale qui conduit à son air « Addio Roma » où ses moyens lui permettraient facilement d’oser plus encore. À la mise en scène, Tatjana Gürbaca accompagne ses artistes en les sollicitant souvent. L’absence de chœur l’oblige à tordre légèrement l’histoire, notamment la mort de Sénèque, pleurée par son bourreau Néron. Elle arrive néanmoins à habiter la narration en faisant interagir ses personnages. Même si la scène et l’action sont parfois surchargées, les échanges entre les héros permettent une caractérisation souvent pertinente dans un décor tournant efficace. Metteuse en scène subtile, Tatjana Gürbaca réussit à installer des atmosphères, notamment le malaise dans les scènes de cruauté. Néron et Poppée, couple triomphant, exultent au final dans un très beau « Pur ti miro » enjambant les corps des protagonistes qu’une petite coquetterie fait tous mourir. Prenant conscience de l’horreur, la belle et vénale héroïne, face au public, émet un cri silencieux, image poignante qui restera en mémoire.

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Les artistes

Poppée / Amour : Giulia Scopelliti ***
Néron : Iurii Iushkevich
Octavie / Vertu : Jenny Anne Flory **
Othon : Alexander de Jong **
Sénèque : Hugo Santos **
Arnalta : Filipp Varik **
Fortune / Drusilla : Eva Langeland Gjerde **
Eros : Arthur Baratin

Orchestre de l’Opéra de Lyon, dir. Simon-Pierre Bestion
Mise en scène : Tatjana Gürbaca
Scénographie : Marc Weeger
Costumes : Dinah Ehm
Lumières : Mathieu Cabanes

** Solistes du Lyon Opéra Studio, promotion 2024-2026
*** Solistes du Lyon Opéra Studio, promotion 2022-2024

Le programme

Le Couronnement de Poppée

Opéra en un prologue et trois actes de Claudio Monteverdi, livret de Giovanni Francesco Busenello d’après les Annales de Tacite, créé à Venise en 1642. Orchestration de Philippe Boesmans (Madrid, 2012).
Opéra de Lyon, représentation du lundi 15 juin 2026.

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Tatjana GürbacaSimon-Pierre BestionGiulia ScopellitiIurii IushkevichJenny Anne Flory
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Hugues Rameau

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