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Les festivals de l’été –
Festival off d’Avignon : un Purcell charivaresque avec l’ensemble Il Buranello

par Nicolas Darbon 24 juillet 2025
par Nicolas Darbon 24 juillet 2025

D.R.

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Dans le spectacle Charivari !, donné à Avignon, l’ensemble Il Buranello mêle, sur le mode onirique, les musiques de Purcell avec les textes de Shakespeare

Festival dans le festival

Le spectacle clôturait le 18 juillet le « festival » Interférences, une série de concerts-spectacles réunis dans deux lieux : la galerie Lambert et, non loin de là, l’Archivolte (dans la chapelle Notre-Dame-des-Miracles). Inclus dans le Festival off d’Avignon, Interférences est la vitrine de la FEVIS, ce collectif rassemblant plus de deux cents ensembles vocaux et instrumentaux indépendants. Cette année, c’étaient dix ensembles qui étaient présentés : citons Ovni baroque, Brins de Voix, La Camera delle Lacrime, Le Banquet Céleste… et, donc, Il Buranello.

Miracle baroque

La chapelle dite « du Miracle » contient une centaine de places ; la scène placée dans le chœur accueille cette petite troupe de cinq chanteurs, un claveciniste aussi chanteur, un théorbiste Diego Salamanca et une violiste de gambe Flore Seube ; ces deux accompagnateurs jouant avec une grande simplicité. Le programme est constitué de chœurs et airs tirés de Henry Purcell (1659-1695), et des paroles de William Shakespeare (1564-1616). Une mise en scène a été élaborée pour refléter le mouvement, l’exubérance et les jeux d’illusion de l’art baroque.

Purcell et Shakespeare

Au début, une sorte de gardien de nuit arrive des coulisses, en chantonnant, passant du classique au jazz ; il s’arrête devant le clavecin, puis chante. Alors, les choses basculent et l’on entre peu à peu dans le spectacle, avec l’arrivée de personnages difformes, sortes de gargouilles vivantes, nymphes, sorcières, fous et rois. « Nous sommes de l’étoffe dont sont faits les rêves » disait Shakespeare. On l’a compris, le spectacle repose sur des textes du barde britannique et des opéras de Purcell parmi lesquels King Arthur ; The Fairy Queen ; The Tempest ; Don Quixote ; Dido & Aeneas.

Des voix mises en scène

Il faut mettre en avant la basse Mathieu Gourlet au registre étendu, qui s’est librement épanché dans les airs et duos de Fairy Queen : « Now the maids and men are making of hay » et « Hush, no more, be silent all ». À louer aussi, sa puissance physique sur laquelle repose une partie de la mise en scène animée, notamment lorsque le contre-ténor Sylvain Manet effectue en chantant des numéros de cirque sur son dos… Ce dernier est à féliciter pour sa capacité à mener de front cette double et délicate activité. Nous n’avons en revanche pas été convaincu par sa technique vocale, notamment l’hétérogénéité entre voix de tête et voix de poitrine. Les sopranos s’expriment pleinement dans les airs de Don Quixote (« From rosy bow’rs ») et de Dido & Aeneas (« Of she visits this lov’d mountain »). Le style vocal de Capucine Méens est un peu trop rempli de soufflets pseudo-baroquisants, mais la voix est agréable et justement posée. La soprano Stéphanie Révillion – par ailleurs directrice de l’ensemble – est plus sobre et plus efficace. Les ténors Maxime Duché et Zeljko Drion-Manic assurent leur partie, ce dernier avec un peu moins de technique, mais en jouant de belle manière de son clavecin, et en nous emportant dans la narration du spectacle.

Un ensemble cohérent

Nous avons ici une succession de tubes, à commencer par la scène du froid « See, we assemble » et le canon « Sir Walter enjoying his damsel one night » tirés de King Arthur. Les chœurs sont à la fois bien conduits musicalement et extrêmement agités sur le plan scénique. La troupe parvient à garder sa justesse et son élégance musicales. Les facéties dramatiques restent cohérentes avec l’esprit de l’époque. Charivari, « féérie et folie », sans fil conducteur particulier, est une mosaïque onirique. La mise en scène signée Denis Mignien se joue d’éléments décalés et triviaux tels que des confetti aux multiples usages, ou même de couvertures de survie, scintillantes de leur or. Dans cet esprit, Il Buranello réunit des voix qui se mettent au service de la musique d’ensemble avec intelligence et énergie.

La salle bien remplie pour cette dernière représentation avignonnaise a beaucoup apprécié ce moment de grâce musicale et d’invention scénique. Le spectacle pourra être entendu dans le cadre de l’Atelier lyrique de Tourcoing en novembre 2025.

Les artistes

Ensemble Il Buratello
Chant : Capucine Méens, Stéphanie Révillion, Sylvain Manet, Maxime Duché, Mathieu Gourlet
Musique : Flore Seube, Diego Salamanca, Zeljko Manic

Mise en scène : Denis Mignien
Direction artistique : Stéphanie Révillion
Collaboration artistique : James Halliday
Création lumière : Guillaume Leclercq
Régie : Alan Montvernay

Le programme

Charivari !

Une immersion fantaisiste et parfois déjantée dans les plus belles pages du compositeur baroque Henry Purcell.
Festival off d’Avignon, Avignon, L’Archivolte – Chapelle du Miracle, représentation du vendredi 18 juillet 2025.

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Il BuratelloCapucine MéensStéphanie RévillionSylvain ManetMaxime DuchéDenis MignienMathieu Gourlet
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Nicolas Darbon

Nicolas Darbon est professeur des universités en musicologie. Avant sa carrière universitaire à l'Université d'Aix-Marseille, il est professeur de musique en collèges-lycées en Normandie et en Guyane. Spécialiste de la musique des XXe-XXIe siècles, il organise de nombreux colloques. Membre du laboratoire LESA, il coordonne le Groupe de recherche sur la musique (GRiiiM) et des projets avec l'Afrique. Parmi ses livres : Pour une approche systémique de l'opéra contemporain ou Penser les métissages sonores. Il contribue notamment à L'Avant-scène opéra et à l'Histoire de l'opéra français publié chez Fayard. Outre sa participation. à Première Loge, il a écrit des analyses des opéras de Clapisson, Ferneyhough, Jolas, Messiaen, Pesson, Rihm...

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