À la une
Livre – Le Voyage dans la Lune, d’après l’œuvre de...
Les brèves de janvier –
Maggio Musicale Fiorentino : une belle réussite pour Tosca avec...
Maggio Musicale Fiorentino: un buon successo per Tosca con Chiara...
Se préparer à La Passagère, Opéra national Capitole de Toulouse,...
CD – Fra l’ombre e gl’orrori : un siècle de musique...
Spectacle Bernstein à Massy Anatomies de l’amour : Lenny Tender
La bouleversante Butterfly d’Asmik Grigorian à Berlin
« Héroïnes de l’Opéra français » : nouveau triomphe de l’Orchestre de Paris...
Au Théâtre des Champs-Élysées, les débuts parisiens de Karine Deshayes...
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs
Première Loge

Pour ne rien manquer de l'actualité lyrique, restons en contact !

Compte renduProductionVu pour vous

L’immense Falstaff d’Ambrogio Maestri ouvre la saison de l’Opéra Bastille

par Camillo Faverzani 12 septembre 2024
par Camillo Faverzani 12 septembre 2024
© Vincent Pontet / OnP
3 commentaires 7FacebookTwitterPinterestEmail
2,5K

Falstaff, Opéra Bastille, 10 septembre 2024

Une production visuellement plus proche de Verdi que de Shakespeare

Un hommage à Hugues Gall

Cette ouverture de saison 2024-2025 de l’Opéra national de Paris est à la fois italienne et française, dans la mesure où l’Opéra Bastille repropose deux piliers de son histoire, Falstaff et Madama Butterfly, dans les mises en scène respectivement de Dominique Pitoiset et de Robert Wilson ; un peu plus tard dans le mois de septembre, ce sera le tour du Faust imaginé par Tobias Kratzer et le Palais Garnier affichera la nouvelle réalisation de Barrie Kosky pour Les Brigands de Jacques Offenbach, à partir du 21.

Datant de décembre 1999, le premier titre est aussi l’occasion de rendre hommage à Hugues Gall, décédé en mai dernier. Directeur de la maison entre 1995 et 2004, il fut le commanditaire de cette production qui lui est maintenant dédiée pour toute la série de ces représentations, se prolongeant jusqu’à la fin du mois.

Vingt-cinq ans de bons et loyaux services, ce n’est pas rien et, comme le rappelle Dominique Pitoiset lui-même dans le programme de salle, lors d’un entretien accordé pour la reprise de 2017, nous assistons bien à une création du siècle dernier, répondant à une esthétique très éloignée de ce que l’on pourrait envisager actuellement. Ce spectacle ayant été programmé à maintes occasions, ne nous appesantissons pas sur un univers que connaît bien le public parisien, et plus largement tout amateur d’opéra itinérant, ayant pu faire étape dans la capitale au cours des trois dernières décennies. Rappelons seulement, toujours avec Dominique Pitoiset, qu’il s’agit d’« une production visuellement plus proche de Verdi que de Shakespeare », même si le metteur en scène n’oublie pas de convoquer ses propres réalisations shakespeariennes du théâtre de parole, de même que le Falstaff d’Orson Welles, remontant à 1965. Deux idées essentielles marquent sa conception : un décor de bâtiments industriels du tournant du XIXe siècle (Alexandre Beliaev), rappelant le film de Sergio Leone Once Upon a Time in America (Il était une fois en Amérique) de 1984 et l’identification de Ford en tant qu’homme politique en campagne électorale, ce qui se perçoit d’ailleurs surtout dans la dernière scène du parc de Windsor et plus particulièrement dans l’ultime fugue de l’épilogue. Les personnages y évoluent ainsi dans des beaux costumes Belle Époque (Elena Rivkina).

Ambrogio Maestri : un monstre sacré

Pilier de l’Opéra, disions-nous, mais aussi une distribution qui laisse la place aux jeunes, ou en tout cas à cinq chanteurs faisant leurs débuts in loco et à l’un des membres de la Troupe lyrique de l’institution. Le tout reposant sur ce monstre sacré qu’est désormais devenu Ambrogio Maestri. Endossant pour l’énième fois les habits du pancione, un héros qu’il incarne depuis bientôt un quart de siècle et que, depuis sa prise de rôle à la Scala en 2001, il a défendu sur les scènes les plus prestigieuses d’Europe et des Amériques, dont cette même salle en février-mars 2013, le baryton italien déploie toute sa verve pour rendre un personnage dont il connaît absolument toutes les facettes. Dès son monologue de l’acte I, il est évident qu’il sait conjuguer de manière magistrale élocution, volume et jeu d’acteur. C’est ainsi qu’il retrouve la Mrs. Quickly de Marie-Nicole Lemieux, déjà sa partenaire il y a un peu plus de dix ans. Si la voix sonne toujours un peu claire, aussi bien dans la scène de l’entremise auprès du chevalier que dans celle du récit rapporté aux commères, elle tisse visiblement une grande complicité avec son souffre-douleur et déploie tout son art de comédienne, afin de parfaire sa commère éhontée. De même, Ambrogio Maestri paraît tout aussi bien assorti avec l’Alice Ford d’Olivia Boen, débutant, si je ne m’abuse, à la fois dans le rôle et dans la maison. Sa belle ligne, couronnée d’un aigu à toute épreuve, se distingue dès le quatuor de l’acte I, et son accent percutant rayonne de tout son éclat lors du lancement du défi à l’acte II, tandis que son récit de l’acte III s’enrichit d’enivrantes variations de couleur, notamment en exploitant intelligemment les notes du bas du registre. Lui aussi à ses premiers pas à Paris et dans le titre, Andrii Kymach oppose au protagoniste un Ford de belle allure, au grave envoûtant, quoique pas toujours intelligible et à la projection parfois ardue. Par ailleurs, Ambrogio Maestri se singularise également par le chant syllabique bien rodé de son arietta de l’acte II, au comique désopilant, et dans une scène finale impressionnante de drame et de vérité.

Place aux jeunes

Débutant à leur tour dans l’établissement, et dans leur personnage pour la première, les jeunes amants ne sauraient être plus harmonieux dans leur couple. Federica Guida est une Nannetta au souffle sans fin, aimant tenir les notes bien longuement, ce qui se ressent dans ses deux entrevues avec son bien-aimé, puis dans la fugue finale, où elle se fait un plaisir de planer dans les plus hautes sphères. Nous avions été ému par la prestation d’un Iván Ayón-Rivas aux premières armes, dans un concert post-covid, à Brescia. L’épreuve des planches ne vient que confirmer nos premières impressions. Son Fenton s’illustre aussitôt par la sûreté du placement d’une voix déjà très mûre, par l’épaisseur de l’accent, par la stabilité de l’aigu et par le sens de la nuance, notamment dans la romanza de l’acte III.

Marie-Andrée Bouchard-Lesieur campe une Meg Page bien articulée et rejoint avec bonheur les trois autres femmes, tout particulièrement dans le sillabato bien huilé de la scène du jardin. Bardolfo à la diction perfectible, Nicholas Jones, issu de la troupe de l’Opéra, investit son personnage à 360°, grâce à des dons d’acteur peu communs. Gregory Bonfatti et Alessio Cacciamani sont respectivement un Dottor Cajus et Pistola de tradition et de bonne facture.

Toujours très idiomatiques, les Chœurs de l’Opéra national de Paris se déchaînent dans l’épilogue du chêne de Herne. Une mention pour les vents, limpides dans leur claironnement, de l’orchestre maison que dirige avec compétence Michael Schønwandt. Public reconnaissant au rideau final.

Les artistes

Sir John Falstaff : Ambrogio Maestri
Ford : Andrii Kymach
Fenton : Iván Ayón-Rivas
Dottor Cajus : Gregory Bonfatti
Bardolfo : Nicholas Jones
Pistola : Alessio Cacciamani
Mrs. Alice Ford : Olivia Boen
Nannetta : Federica Guida
Mrs. Quickly : Marie-Nicole Lemieux
Mrs. Meg Page : Marie-Andrée Bouchard-Lesieur

Orchestre et Chœurs de l’Opéra national de Paris (chef de chœur Alessandro Di Stefano), dir. Michael Schønwandt

Mise en scène : Dominique Pitoiset
Décors : Alexandre Beliaev
Costumes : Elena Rivkina
Lumières : Philippe Albaric

Le programme

Falstaff

Commedia lirica en trois actes de Giuseppe Verdi, livret d’Arrigo Boito, créé au Teatro alla Scala de Milan le 9 février 1893.

Paris, Opéra Bastille, 10 septembre 2024

image_printImprimer
Marie-Andrée Bouchard-LesieurMarie-Nicole LemieuxIván Ayón RivasMichael SchønwandtFederica GuidaDominique PitoisetAmbrogio MaestriAndrii KymachOlivia Boen
3 commentaires 7 FacebookTwitterPinterestEmail
Camillo Faverzani

Professeur de littérature italienne à l’Université Paris 8, il anime le séminaire de recherche « L’Opéra narrateur » et dirige la collection « Sediziose voci. Studi sul melodramma » aux éditions LIM-Libreria musicale italiana de Lucques (Italie). Il est l’auteur de plusieurs essais sur l’histoire de l’opéra. Il collabore également avec des revues et des maisons d’opéra (« L’Avant-scène Opéra », Opéra National de Paris).

3 commentaires

ivonnne 12 septembre 2024 - 12 h 24 min

Raffinata e dettagliata recensione, elegante anche nella critica! Grazie, Prof. Faverzani!

Répondre
Florent LARDIC 26 septembre 2024 - 16 h 36 min

Plutôt d’accord, mais quid de l’Orchestre ? La partition de Falstaff permet des trios (trombones), de très nombreux passages « en dehors » (flûte, cor anglais). Faute d’autres grands rôles vocaux en dehors de Falstaff, l’orchestre est intensément présent dans cette oeuvre, avec de nombreux passages modernes délicats et parfaitement traversés (quasi polyrythmie entre un quatuor de femmes, quatuor d’hommes et contrechant instrumental par exemple). Michaël Schonwand, ex-chef titulaire de Montpellier, s’en sort admirablement.

Répondre
Faverzani 27 septembre 2024 - 16 h 19 min

Bonjour monsieur Lardic,
merci pour votre lecture. Bienvenue au club !!!
Bonne écoute

Répondre

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Sauvegarder mes informations pour la prochaine fois.

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

post précédent
CHRISTINE WEIDINGER (1946-2024)
prochain post
CD – Jessica Pratt : DELIRIO, le belcanto romantique à l’honneur

Vous allez aussi aimer...

Maggio Musicale Fiorentino : une belle réussite pour...

14 janvier 2026

Maggio Musicale Fiorentino: un buon successo per Tosca...

14 janvier 2026

Spectacle Bernstein à Massy Anatomies de l’amour :...

12 janvier 2026

La bouleversante Butterfly d’Asmik Grigorian à Berlin

12 janvier 2026

« Héroïnes de l’Opéra français » : nouveau triomphe de l’Orchestre...

12 janvier 2026

Au Théâtre des Champs-Élysées, les débuts parisiens de...

10 janvier 2026

Glamour, gloire et beauté : Sonya Yoncheva au TCE

9 janvier 2026

Falstaff à Montpellier. Les femmes s’inventent.

9 janvier 2026

L’Oratorio de Noël à Athènes : Noël à...

9 janvier 2026

Elle aurait 100 ans aujourd’hui : Evelyn Lear

8 janvier 2026

Humeurs

  • À la Fenice de Venise, un concert du Nouvel An sous le signe d’un silence assourdissant

    3 janvier 2026

En bref

  • Les brèves de janvier –

    14 janvier 2026
  • Ça s’est passé il y a 200 ans
    Création d’ALAHOR IN GRANATA de Donizetti

    7 janvier 2026

La vidéo du mois

Édito

  • Bonne année 2026 !

    1 janvier 2026

PODCASTS

PREMIÈRE LOGE, l’art lyrique dans un fauteuil · Adriana Gonzàlez & Iñaki Encina Oyón – Mélodies Dussaut & Covatti

Suivez-nous…

Suivez-nous…

Commentaires récents

  • Lelievre Stephane dans À la Fenice de Venise, un concert du Nouvel An sous le signe d’un silence assourdissant
  • Pasquale de rosa dans Libro – Marina Mayrhofer : Ombre in scena. Drammaturgia delle scene d’ombra nel teatro musicale europeo tra Sette e Ottocento
  • Boudou Frederic dans À la Fenice de Venise, un concert du Nouvel An sous le signe d’un silence assourdissant
  • Marquis Lionel dans CRISE À LA FENICE : L’OPÉRA ITALIEN SOUS TENSION POLITIQUE
  • Fabrice del Dongo dans Glamour, gloire et beauté : Sonya Yoncheva au TCE

Première loge

Facebook Twitter Linkedin Youtube Email Soundcloud

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Login/Register

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Rechercher

Archives

  • Facebook
  • Twitter
  • Youtube
  • Email
Première Loge
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs

A découvrirx

Maggio Musicale Fiorentino : une belle...

14 janvier 2026

Maggio Musicale Fiorentino: un buon successo...

14 janvier 2026

Spectacle Bernstein à Massy Anatomies de...

12 janvier 2026