À la une
Les Festivals de l’été –La Turandot de Daniela Kerck à...
Les Festivals de l’été –La Flute enchantée sous les étoiles...
Les festivals de l’été – Salzbourg, Saint François d’Assise :...
Les Festivals de l’été –À Menton, Marie-Laure Garnier et Célia...
Les Festivals de l’été – Innsbruck : Il pomo d’oro,...
Les festivals de l’été –Le Ring des 150 ans à...
Les festivals de l’été –Bayreuth, Le Vaisseau fantôme : Nicholas Brownlee...
TORRE DE LAGO – 72e Festival Puccini 2026 : de passionnantes...
Les festivals de l’été –Torre del Lago : La bohème,...
Les festivals de l’été –Salzbourg, Ariadne auf  Naxos, ou Ariane...
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs
Première Loge

Subscribe our Newsletter for latest news.

ProductionCompte renduVu pour vous

Salade russe à Lyon

par Jean-François Lattarico 16 octobre 2025
par Jean-François Lattarico 16 octobre 2025

© Jean-Louis Fernandez

© Jean-Louis Fernandez

© Jean-Louis Fernandez

© Jean-Louis Fernandez

© Jean-Louis Fernandez

© Jean-Louis Fernandez

© Jean-Louis Fernandez

0 commentaires 1FacebookTwitterPinterestEmail
1,2K

Boris Godounov, Opéra de Lyon, lundi 13 octobre 2025

Une ouverture de saison sauvée par un plateau homogène, d’où se détachent quelques excellents chanteurs, mais gâtée par une mise en scène navrante et une direction peu exaltée de Vitali Alekseenok. L’unique opéra achevé de Moussorgski présenté dans sa version originale méritait sans doute mieux.

Le Regietheater a encore fait des ravages. Cette habitude lassante de saturer l’espace par mille objets qui surinterprètent l’intrigue pour soi-disant mieux guider le spectateur illustre le degré zéro de la mise en scène et produit l’effet exactement inverse. L’œil est constamment détourné, pollué par l’inessentiel et finit par oublier l’interprète. On y voit un tsarévitch autiste, une urne versée sans raison apparente, une scène du sacre qui a troqué la couronne avec un tabouret renversé, Xénia pendue (?) et une scénographie d’abord explicitement inspirée de Dogville (des gradins imaginés par Zinovy Margolin constituant autant de petits groupes censés incarner le peuple), puis, dans la deuxième partie, un décor tout droit venu d’Ikea et de Mc Do qui devient l’espace ridicule de la mort de Boris plongeant dans une piscine à balles. Comment être frappé de stupeur (ce qu’indique la didascalie du livret), après une scène aussi affligeante ? L’affront fait à l’intelligence du spectateur atteint ici des sommets.

La production est heureusement sauvée par une distribution assez remarquable dominée par le Boris de Dmitry Ulyanov, impressionnant d’autorité, qui charge la moindre de ses inflexions de toute la force pathétique, le faisant passer par toute la gamme des affects exprimée par un personnage aux multiples casquettes (de tzar, de père, de meurtrier supposé, de fou). Dans le rôle du tzarévitch Fiodor, Iurii Iushkevich parvient à faire fi des élucubrations scéniques imposées par le metteur en scène et déploie un timbre remarquablement projeté : on pourra vérifier l’étendue de son talent dans le rôle de Néron dans le Couronnement de Poppée en fin de saison. Sergey Polyakov campe un Chouïsski fielleux à souhait, au timbre solide et très à l’aise y compris dans les aigus chantés avec force, dessinant ainsi un personnage exemplaire pour semer le doute dans l’esprit de Boris, tandis que Maxim Kuzmin-Karavaev offre à Pimène sa voix de basse caverneuse avec un sens de la narration qui force le respect. Grigori a les traits et le beau timbre du ténor letton Mihails Čuļpajevs, très convaincant dans sa fameuse tirade « Boris, Boris, tout tremble devant toi ». La basse David Leigh est un inénarrable Varlaam aux accents bouffes. On louera également la prestation impeccable de la Nourrice de Dora Jana Klarić. Le reste de la distribution est issu du riche vivier du Lyon Opéra Studio (2024-2026). Y brille en particulier le ténor estonien Filipp Varik dans le rôle secondaire mais important sur le plan dramaturgique de l’Innocent, et que l’on avait pu voir avec bonheur à Lyon dans Wozzeck et dans Peter Grimes : un timbre lumineux conjugué à une présence scénique parfaitement conforme aux intentions du compositeur ; à lui revient d’ailleurs les derniers mots, émouvants, de l’opéra : « Coulez, coulez, larmes amères ». Andrei Chtchelkatov, clerc du conseil des boyards est superbement interprété par le baryton néerlandais Alexander de Jong qu’on a pu également voir dans le rôle de Ned Keene du Peter Grimes. Si l’on peut regretter le timbre un peu acide, bien qu’en adéquation avec le personnage de Xénia – et plus globalement avec la tonalité âpre et rugueuse de cette version primitive – de Eva Langeland Gjerde, les autres interprètes méritent tous les éloges : la soprano américaine Jenny Anne Flory dans le rôle de l’aubergiste et Hugo Santos, pourtant souffrant, dans celui de Nikititch au timbre solidement charpenté.

Les chœurs toujours bien dirigés par Benedict Kearns, assisté, pour la Maîtrise, de Clément Brun, brillaient par leur cohérence et leur unité, mais ont malgré tout subi les retombées d’une lecture absconse qui lui ont ôté l’âpreté requise, ou du moins la ferveur souhaitée par le compositeur.

Dans la fosse, Vitali Alekseenok livre une lecture bien trop sage, parfois poussive de la partition ; les forces de l’Orchestre de l’opéra de Lyon, d’habitude exaltantes, déploient des sonorités qui tempèrent, voire escamotent le sens dramatique de l’opéra, distillant un sentiment d’ennui qu’on ne leur connaissait guère. On plaint les nombreux jeunes spectateurs présents ce soir de première qui découvrent l’œuvre et s’en iront avec une image tronquée, biaisée, détournée, faussée, du chef-d’œuvre de Moussorgski. 

Les artistes

Boris Godounov : Dmitry Ulyanov
Féodor : Iurii Iushkevich
Xénia : Eva Langeland Gjerde
La Nourrice : Dora Jana Klarić
Le Prince Vassili Chouïski : Sergey Polyakov
Andrei Chtchelkatov : Alexander de Jong
Grigori : Mihails Čuļpajevs
Pimène : Maxim Kuzmin-Karavaev
Varlaam : David Leigh
Missaïl / L’innocent : Filipp Varik
L’Aubergiste : Jenny Anne Flory
Nikititch (L’Exempt) : Hugo Santos
Mitioukha : Paolo Stupenengo

Orchestre, Chœur et Maîtrise de l’opéra de Lyon, dir. Vitali Alekseenok
Chef des chœurs : Benedict Kearns
Chef de chœur de la Maîtrise : Clément Brun
Mise en scène : Vasily Barkhatov
Scénographie : Zinovy Margolin
Costumes : Olga Shaishmelashvili
Lumières : Alexander Sivaev

Le programme

Boris Godounov

Opéra en quatre parties et sept tableaux de Modeste Moussorgski, livret du compositeur d’après la pièce de Pouchkine, créé au théâtre Mariinsky le 27 janvier 1874 (version originale de 1869).
Opéra de Lyon, représentation du lundi 13 octobre 2025.

image_printImprimer
Mihails ČuļpajevsMaxim Kuzmin-KaravaevDavid LeighFilipp VarikVitali AlekseenokVasily BarkhatovDmitry UlyanovIurii IushkevichEva Langeland GjerdeSergey PolyakovAlexander de Jong
0 commentaires 1 FacebookTwitterPinterestEmail
Jean-François Lattarico

Professeur des Universités en études italiennes à l'université Lyon 3 Jean Moulin, spécialiste de l'opéra des XVIIe et XVIIIe siècles. Il a publié l'édition critique des livrets de Busenello, ainsi qu'un ouvrage sur les animaux à l'opéra (Le chant des bêtes), tous deux parus chez Classiques Garnier.

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Sauvegarder mes informations pour la prochaine fois.

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

post précédent
Le Louvre célèbre DAVID, peintre et metteur en scène de la Révolution, en images… et en musiques !
prochain post
Naples – Double Mascherate pour Un Bal de choc

Vous allez aussi aimer...

Les Festivals de l’été –La Turandot de Daniela...

12 août 2026

Les Festivals de l’été –La Flute enchantée sous...

12 août 2026

Les festivals de l’été – Salzbourg, Saint François...

11 août 2026

Les Festivals de l’été –À Menton, Marie-Laure Garnier...

11 août 2026

Les Festivals de l’été – Innsbruck : Il...

10 août 2026

Les festivals de l’été –Le Ring des 150...

8 août 2026

Les festivals de l’été –Bayreuth, Le Vaisseau fantôme :...

8 août 2026

Les festivals de l’été –Torre del Lago :...

7 août 2026

Les festivals de l’été –Salzbourg, Ariadne auf  Naxos,...

6 août 2026

Les festivals de l’été – Salzbourg : un Lucio...

6 août 2026

Humeurs

  • La colline verte n’a pas fini de rougir —
    L’affaire Friedman et les fantômes de Bayreuth : le festival Wagner bute sur son passé antisémite

    26 juin 2026

En bref

  • La vidéo du mois : l’ouverture de RIENZI

    1 août 2026
  • Les brèves de juillet –

    29 juillet 2026

La vidéo du mois

Édito

  • Édito d’août –
    La culture, éternelle variable d’ajustement  budgétaire…

    1 août 2026

Suivez-nous…

Suivez-nous…

Commentaires récents

  • CHIL dans Les Festivals de l’été –
    La Flute enchantée sous les étoiles de Sanxay
  • Doguet dans Les festivals de l’été –
    Le Ring des 150 ans à Bayreuth, ou quand l’IA oublie le théâtre
  • meyer frederic dans Les festivals de l’été –
    Le Ring des 150 ans à Bayreuth, ou quand l’IA oublie le théâtre
  • CHRISTINE FRANCEZON dans Les festivals de l’été –
    Salzbourg : un Lucio Silla de feu et de flammes
  • Kediha dans Les festivals de l’été –
    Salzbourg : un Lucio Silla de feu et de flammes

Première loge

Facebook Twitter Linkedin Youtube Email Soundcloud

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Login/Register

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Rechercher

Archives

  • Facebook
  • Twitter
  • Youtube
  • Email
Première Loge
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs

A découvrirx

Les Festivals de l’été –La Turandot...

12 août 2026

Les Festivals de l’été –La Flute...

12 août 2026

Les festivals de l’été – Salzbourg,...

11 août 2026