À la une
Se préparer à Benvenuto Cellini, Monnaie de Bruxelles, 28 janvier...
La Clémence de Titus à Nice, une sacrée salade
8ᵉ Concours Voix des Outre-mer : le talent et l’enthousiasme en...
Sur la scène de l’Opéra de Nancy, les Carmélites de...
Parme, Orfeo ed Euridice – Humain, trop humain : un...
Le Vaisseau fantôme à Rouen : de l’errance à la chaîne...
Philharmonie : Le Paradis et la Péri par Philippe Jordan
Sabine Devieilhe et Mathieu Pordoy à Bordeaux, un hymne aux...
Opéra Bastille : Un ballo in maschera, retrouvailles avec Anna...
Monte-Carlo – Die Walküre avec voix, effets scénographiques mais sans...
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs
Première Loge

Pour ne rien manquer de l'actualité lyrique, restons en contact !

Compte renduConcert

Sémiramis de Destouches à Versailles : une redécouverte majeure du répertoire baroque français

par Nathanaël Eskenazy 4 mars 2020
par Nathanaël Eskenazy 4 mars 2020
0 commentaires 0FacebookTwitterPinterestEmail
1,7K

Sémiramis marque une redécouverte majeure du répertoire lyrique français de l’époque baroque et le succès de la représentation de ce soir le prouve grandement. Margaux Blanchard et Sylvain Sartre l’avaient d’ailleurs présentée en première mondiale au festival d’Ambronay en octobre 2018. Cette tragédie lyrique n’avait plus été montée depuis sa création en 1718. La version de concert de ce soir permet donc, dans l’écrin idéal de l’opéra du château de Versailles, de lui donner une seconde naissance.

Destouches est peu connu du grand public. À la charnière des XVIIe et XVIIIe siècles, le compositeur fut aussi un missionnaire et un soldat. Sémiramis est le dernier opéra qu’il donne à l’Académie royale de musique, et assurément l’une de ses plus belles réussites tant la variété musicale y est grande. Bien qu’héritier de la tradition lullyste, il n’apparaît jamais dans cette partition comme un pâle épigone du maître florentin. Bien au contraire, Destouches parvient à sublimer le modèle crée par Lully et à composer une œuvre particulièrement saisissante par maints aspects et en maints endroits.

La reine de Babylone ne fut pas l’héroïne la plus prisée du monde théâtral et opératique de l’époque classique, ce qui ne l’empêche pas de traverser aussi bien en France qu’en Italie tout le XVIIIe siècle. Les auteurs antiques (Hygin, Diodore de Sicile…) nous rapportent les faits de cette femme qui fut à la fois une conquérante et une bâtisseuse mais aussi une femme de pouvoir, une femme « mâle », prête à conserver pour soi les rênes de ses états, quitte à faire emprisonner ou tuer (c’est selon) son mari Ninus. Héroïne de Crébillon en 1717 puis de Voltaire une trentaine d’années plus tard, la grande reine put frapper de stupeur les spectateurs, notamment par ses crimes et le désir incestueux qu’elle ressent pour son fils qu’elle ne reconnaît pas. C’est en substance ce que reprend le livret écrit pour Destouches. À ce fond, le librettiste Roy ajoute un quatuor amoureux où s’affrontent différents personnages : le mage Zoroastre qui aime Sémiramis laquelle lui préfère Arsane (son fils), ce dernier aimant Amestris, qui doit être sacrifiée. Se dessinent donc de manière logique des rivalités et des antagonismes sentimentaux qui vont être à l’œuvre durant tout l’opéra et que la musique va magnifiquement servir.

Sylvain Sartre réussit à donner une très grande cohésion à son ensemble ainsi qu’au chœur du Concert Spirituel et de manière générale, la représentation appelle beaucoup d’éloges. On pourrait peut-être reprocher au chef une direction un peu trop monochrome mais cela est parfaitement anecdotique tant l’orchestre, grâce aussi à la grande musicalité du premier violon, Marie Rouquié, sonne bien comme les voix du chœur. Il faudra saluer en premier lieu les petits rôles confiés à Judith Fa (une prêtresse et une babylonienne aux aigus charnus), Clément Debieuvre (un génie et un babylonien à la voix encore jeune mais très claire) et David Witzack, dont l’Oracle peut sembler manquer un peu de coffre, mais qui trouve des accents virtuoses et martiaux dans le rôle de l’Ordonnateur au cinquième acte.

Côté soliste, il faut saluer la prestation de chacun des chanteurs.

Et à tout seigneur, tout honneur, commençons par le rôle-titre que défend avec beaucoup de conviction Éléonore Pancrazi, à la fois reine tourmentée et amoureuse. On retiendra plus particulièrement son premier monologue au début de l’acte I, « Pompeux apprêts, fête éclatante », ainsi que la scène finale où elle trouve de vrais accents pathétiques et tragiques. Emmanuelle de Negri est une Amestris touchante, elle aussi jeune femme amoureuse mais prête, avec stoïcisme, à accepter son sacrifice. Les voix masculines ne sont pas en reste non plus. Mathias Vidal s’investit pleinement dans le rôle d’Arsane et trouve aussi des accents héroïques comme dans son duo avec Amestris au quatrième acte. Quant à Thibault de Damas, il campe un Zoroastre à la fois galant jaloux, arrogant et sûr de ses prérogatives sur la reine de Babylone. On eût cependant peut-être aimé une voix plus caverneuse ou profonde. Néanmoins, il faut saluer ses nombreuses interventions notamment avec le chœur dans la scène d’invocation au Styx à la fin du troisième acte et son air « Haine, transports jaloux. » Enfin, il faut aussi rendre hommage au chœur du Concert Spirituel qui sonne plein et de manière homogène.

On ne peut terminer sans toucher un mot des nombreuses beautés que recèle la partition. Il faut être attentif notamment à l’aspect formel car Destouches, surtout dans les passages avec Zoroastre, écrit de longues scènes d’une extrême diversité musicale. Signalons encore la présence d’un duo à chaque acte. L’orchestre joue également un rôle sans précédent dans l’importance accrue qui lui est accordée : les nombreux passages dansés, les ritournelles, l’accompagnement des airs, tout concourt à donner aux instruments un réel poids dramatique. Et parmi les passages les plus beaux, comment ne pas se délecter de la grande passacaille avec chœur du premier acte ?

Gageons que la version de concert (et enregistrée) de ce soir soit une première étape et espérons que Sémiramis puisse un jour avoir les faveurs de la mise en scène.  

Pour ce spectacle, notre rédacteur a bénéficié d’une invitation de l’Opéra Royal de Versailles, auquel Première Loge adresse ses remerciements.

Les artistes

Sémiramis Éléonore Pancrazi
Amestris Emmanuelle de Negri
La Prêtresse, une Babylonienne Judith Fa
Arsane Mathias Vidal
Zoroastre Thibault de Damas
Un Génie, un Babylonien Clément Debieuvre
L’Oracle David Witczak 

Chœur du Concert Spirituel (préparation du chœur Hervé Niquet), Les Ombres, dir. Margaux Blanchard, Sylvain Sartre 

Le programme

Sémiramis de André-Cardinal Destouches (1672-1749). Tragédie en musique en cinq actes sur un livret de Pierre-Charles Roy, créée en 1718 à Paris

Opéra royal de Versailles, concert du 4 mars 2020

image_printImprimer
Mathias VidalThibault de DamasHervé NiquetÉléonore PancraziEmmanuelle de Negri
0 commentaires 0 FacebookTwitterPinterestEmail
Nathanaël Eskenazy

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Sauvegarder mes informations pour la prochaine fois.

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

post précédent
Laissez l’ombre envahir lentement le salon… – Mélodies de Dussaut et Covatti au Bal Blomet
prochain post
Continuer à se divertir après les interdictions de rassemblement…

Vous allez aussi aimer...

La Clémence de Titus à Nice, une sacrée...

31 janvier 2026

Sur la scène de l’Opéra de Nancy, les...

31 janvier 2026

Parme, Orfeo ed Euridice – Humain, trop humain...

31 janvier 2026

Le Vaisseau fantôme à Rouen : de l’errance à...

30 janvier 2026

Philharmonie : Le Paradis et la Péri par Philippe...

29 janvier 2026

Sabine Devieilhe et Mathieu Pordoy à Bordeaux, un...

28 janvier 2026

Opéra Bastille : Un ballo in maschera, retrouvailles...

28 janvier 2026

Monte-Carlo – Die Walküre avec voix, effets scénographiques...

28 janvier 2026

Traviata à Bordeaux – Tout ce qui brille…

28 janvier 2026

Eugène Onéguine de retour au Palais Garnier : un...

27 janvier 2026

Humeurs

  • À la Fenice de Venise, un concert du Nouvel An sous le signe d’un silence assourdissant

    3 janvier 2026

En bref

  • Les brèves de janvier –

    28 janvier 2026
  • Ça s’est passé il y a 200 ans
    Création d’ALAHOR IN GRANATA de Donizetti

    7 janvier 2026

La vidéo du mois

Édito

  • Bonne année 2026 !

    1 janvier 2026

PODCASTS

PREMIÈRE LOGE, l’art lyrique dans un fauteuil · Adriana Gonzàlez & Iñaki Encina Oyón – Mélodies Dussaut & Covatti

Suivez-nous…

Suivez-nous…

Commentaires récents

  • Stéphane Lelièvre dans ERMIONE, Rossini (1819) – dossier
  • Stéphane Lelièvre dans In memoriam – JEAN-PIERRE MARTY (1932-2024)
  • LAVIGNE Jean-François dans Le Miracle d’Héliane à Strasbourg : le miracle et l’épure
  • Vinson dans ERMIONE, Rossini (1819) – dossier
  • charles Marty dans In memoriam – JEAN-PIERRE MARTY (1932-2024)

Première loge

Facebook Twitter Linkedin Youtube Email Soundcloud

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Login/Register

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Rechercher

Archives

  • Facebook
  • Twitter
  • Youtube
  • Email
Première Loge
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs

A découvrirx

La Clémence de Titus à Nice,...

31 janvier 2026

Sur la scène de l’Opéra de...

31 janvier 2026

Parme, Orfeo ed Euridice – Humain,...

31 janvier 2026