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« Il était une fois… » SIEGFRIED par Yannick Nézet-Séguin

par Hervé Casini 24 avril 2026
par Hervé Casini 24 avril 2026
© Hans van der Woerd
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Siegfried, Théâtre des Champs-Élysées, dimanche 19 avril 2026

A quoi doit-on l’excitation d’une grande soirée lyrique wagnérienne ? Au récit que nous raconte un chef d’orchestre qui prend par la main l’auditeur et dispose pour celà d’interprètes jouant parfaitement le jeu.

Une version de concert pleine d’images…


C’est sans doute une idée reçue parmi les wagnériens que d’écrire que Siegfried, deuxième journée du Ring, est le « conte de fées » du cycle ! Avouons qu’à titre personnel, nous ne l’avons jamais vu ainsi sur scène, tant les visions actuelles de cet opéra s’inscrivent à rebours d’un quelconque réenchantement chez la plupart des metteurs en scène et de leurs scénographes : pourtant, Siegfried par son côté « conte initiatique » nécessite de « voir », au sein d’un environnement naturel mystérieux, des objets, des accessoires, des créatures menaçantes ou bienveillantes, des êtres maléfiques ou lumineux s’animer devant le spectateur. Ce rôle d’ensemblier – au sens quasi-cinématographique du terme – c’est Yannick Nézet- Séguin qui l’endosse, une nouvelle fois, lors de cette mémorable version concertante donnée dans le cadre d’un Ring dont il égrène, depuis 2022, à la tête de l’orchestre philharmonique de Rotterdam, chacun des opus (Voyez nos comptes rendus des triomphaux Or du Rhin et Walkyrie précédemment donnés au TCE). Loin de se limiter à mettre en valeur les pupitres d’une formation chauffée à blanc qui effectue un parcours absolument sans faute de la première note à la dernière – ce qui serait déjà fort bien ! -, le chef canadien donne aux artistes réunis une formidable occasion de nous parler de « leur » vision personnelle de Mime, Alberich, der Wanderer ou Siegfried, chose finalement pas si fréquente, et réunit les conditions pour qu’ils puissent la partager avec les musiciens : certains pourront appeler cela de l’alchimie, d’autres, plus simplement, de l’amour fou pour une musique qui, justement, n’est pas « seulement que » musique mais aussi architecture, quête des origines, roman d’apprentissage, pensée philosophique et… éclat de rire, et qu’il faut ressentir presque impulsivement pour en narrer l’épopée.

Dessinant une atmosphère musicale pour chacun des trois actes, la manière dont Yannick Nézet- Séguin aborde les trois préludes introductifs est un modèle de communication didactique entre un chef et son orchestre. Permettant au public de retrouver sans fard les leitmotivs et autres citations musicales qui font le bonheur des amateurs de La Tétralogie, cette battue vise à l’essentiel et utilise toute une palette de contrastes destinés à inquiéter, effrayer, émouvoir, agiter ou éblouir l’auditeur qui assiste ainsi à une soirée d’opéra, façon saga épique, au cours de laquelle tubens, timbales, harpes et, bien sûr, cor solo – celui, en l’occurrence, de David Fernàndez Alonso au legato subtil et au souffle inépuisable, à l’acte II – vont, à la fois tour à tour et tous ensemble, nous raconter la geste de Siegfried.

Un plateau vocal des grands soirs

C’est peut-être en constatant le soin avec lequel est distribué l’oiseau de la forêt que l’on reconnaît être face à une grande soirée de Siegfried : avec sa vocalise assurée et ce fruité dans la voix qui lui donne un charme indéniable, la jeune soprano Julie Roset (lauréate Operalia 2023), native d’Avignon, emporte immédiatement l’adhésion[1]. C’est également le cas de Soloman Howard, Fafner impressionnant par une voix de véritable basse noble qui dispose de toute la projection nécessaire pour tétaniser son auditoire !

Si l’on a décidément du mal avec les sons systématiquement droits de Samuel Youn, force est de constater que son Alberich s’inscrit parfaitement dans l’efficacité recherchée par la direction d’orchestre et que sa confrontation avec le Voyageur offre un jeu scénique assez bluffant. On demeure également sur la réserve avec le Wanderer du baryton Brian Mulligan, voix à la couleur peu attractive et assez court d’aigu.

En revanche, on est bluffé par l’adéquation vocale et scénique de Ya-Chung Huang avec le personnage de Mime : débarquant sur scène en blouson de cuir, le ténor chinois bénéficie d’une projection vocale saisissante que vient doubler une voix à la souplesse, au legato et à l’incisivité bienvenues. Une révélation en ce qui nous concerne.

Avec la Erda de Wiebke Lehmkuhl, on se retrouve face à une authentique contralto aux graves soyeux et jamais poitrinés qui nous réserve une scène d’affrontement avec Wotan de belle facture.

Remplaçant Tamara Wilson, initialement distribuée, la soprano Rebecca Nash, originaire de Melbourne, compense par des aigus dardants – jusqu’à un claironnant contre-ut final ! – un organe au vibrato omniprésent. L’émotion est cependant bien au rendez-vous tout comme l’intelligence dramatique chez cette interprète qui prend tous les risques et nous permet d’entendre un duo final s’élevant sur les sommets !

A quelques semaines d’un Tristan, entendu à Barcelone, qui demeure encore bien présent à notre esprit, le ténor américain Clay Hilley fait des débuts parisiens fulgurants avec un Siegfried à la fois vaillant et, lorsque la partition le nécessite, nuancé. Connaissant son rôle sur le bout des doigts – comme d’ailleurs la totalité de la distribution, ce qui nous vaut une absence bienvenue de pupitres sur scène ! -, n’hésitant pas à mimer, par des gestes assurés, la refonte des morceaux de Notung ou encore, pendant la scène des murmures de la forêt, à balayer d’un regard énamouré la phalange orchestrale, avant de tenter timidement quelques notes – fausses ! – à la flûte puis à saisir vaillamment son cor, Clay Hilley « est » tout simplement le personnage ! Grâce à une voix qui sonne d’emblée héroïque – les airs de la forge et de l’acier, à la fin de l’acte I, sont en cela hallucinants de santé vocale, tout comme le duo final avec Brünnhilde – le ténor américain a le souci permanent de faire entendre, dans sa manière de chanter, cette naïveté niaise du personnage qui, ici, n’est entachée par aucune idée, plus ou moins saugrenue, de mise en scène mais repose exclusivement sur le pouvoir rendu à la seule émotion musicale : on est ainsi sincèrement touché par les inflexions vocales et la gestuelle venant accompagner la scène où Siegfried ôte progressivement l’armure de Brünnhilde et découvre le corps féminin.

Sans nul doute, s’il sait faire attention à varier son répertoire, un authentique heldentenor qui comptera dans les décennies à venir.

—————————————————————-

[1] On note avec le plus grand intérêt son premier récital, salle Favart, le 5 mai prochain, accompagnée au piano par Susan Manoff.

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Les artistes

Siegfried : Clay Hilley 
Mime : Ya-Chung Huang 
Der Wanderer : Brian Mulligan
Alberich : Samuel Youn
Fafner : Soloman Howard
Brünnhilde : Rebecca Nash
Erda : Wiebke Lehmkuhl
Waldvogel : Julie Roset

Orchestre philharmonique de Rotterdam, direction : Yannick Nézet- Séguin

Le programme

Siegfried

Opéra en trois actes de Richard Wagner, 2e journée de L’Anneau du Nibelung, créée à Bayreuth, Théâtre des festivals, le 16 août 1876

Théâtre des Champs-Élysées, concert du 19 avril 2026

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Hervé Casini

Hervé Casini est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques d’Aix-en-Provence, docteur en littérature française à Aix-Marseille Université et Secrétaire Général du Museon Arlaten (Musée d’ethnographie provençale). Collaborateur de diverses revues (Revue Marseille, Opérette-Théâtre Musical, Résonances Lyriques…), il anime un séminaire consacré au « Voyage lyrique à travers l’Europe (XIXe-XXe siècle) à l’Université d’Aix-Marseille et est régulièrement amené à collaborer avec des théâtres et associations lyriques dans le cadre de conférences et colloques.

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