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Kurt Weill, Les Sept Péchés capitaux : une soirée de douce amertume au TCE

par Ivar kjellberg 11 janvier 2024
par Ivar kjellberg 11 janvier 2024

© Cyprien Tollet / Théâtre des Champs-Elysées

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© Cyprien Tollet / Théâtre des Champs-Elysées

© Cyprien Tollet / Théâtre des Champs-Elysées

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Ce spectacle autour des  Sept péchés Capitaux est un «  songspiel » qui raconte l’histoire d’Anna, personnage dédoublé d’une même jeune fille confrontée au système capitaliste de l’Amérique des années 30. En miroir de la création et de l’intention de Kurt Weill et de Bertolt Brecht, le projet s’est joué au Théâtre des Champs-Élysées et au Victoria Hall de Genève.

Tout l’enjeu, lorsqu’on donne en représentation ce ballet chanté de Kurt Weill, œuvre de commande certes, mais saisissant le Zeitgeist de l’entre 2 guerres, est de fournir l’écrin approprié à ce triomphe de cynisme musical.

© D. R.

Pari gagné avec une mise en scène très sobre mais très efficace, conçue et dirigée par l’enthousiaste chef d’orchestre Marc Leroy-Calatayud (que Première Loge a découvert il y a tout juste un an à l’occasion du premier Roméo de Benjamin Bernheim à Genève) et Laurent Delvert au Théâtre des Champs-Elysées où, il faut le rappeler, ce ballet a été créé. 

La soirée est donc divisée savamment en 2 parties distinctes : des airs (au programme des airs de Weill, mais aussi de Charles Ives, et d’Aaron Copland), puis Les 7 péchés capitaux. La première partie est intitulée « Anna » comme si avant de partir chercher gloire et fortune dans les 7 chants de Weill, on nous livrait le passé de la jeune femme à travers des airs de la même époque.

Languissant près du piano disposé au milieu de l’orchestre, Judith Chemla, ouvre le bal avec un Youkali chanté façon « Torch Singer » des années 30 et 40, ces chanteuses brûlées par la vie et exorcisant leur douleur sur scène en musique. Ici un chant très doux, contenu (parfois difficilement) mais finissant avec de beaux aigus infusés d’émotion. Le talent et la diversité de la soprano rayonnent à travers toute la soirée, aussi bien dans le chant que dans la récitation, avec ces extraits lus par elle des textes d’Ash Erdogan. Extraits venant annoncer le thème de soirée : l’humanité, et plus particulièrement la condition féminine. Comme elle le chante si bien dans le Nannas Lied : « Schlieβlich bin ich ja auch ein Mensch » : « Après tout, je suis aussi un être humain ». 

On notera les qualités indéniables d’interprétation de la chanteuse, notamment dans le magnifique « Je ne t’aime pas » de Weill, et sa performance dansée dans la seconde partie comme Anna II. L’orchestre de chambre de Genève intervient également, apportant comme des petits aplats de couleur dans cette première partie à la lumière crépusculaire, avec des interprétations enlevées d’Ives avec « Hymn for strings » ou le « Music for movies : V. Threshing machines » d’Aaron Copland. 

Yoann Le Lan, Alban Legos, Victor Sicard et Jérôme Varnier viennent agrémenter ce début de soirée avec une quatuor façon « barbershop quartet« , c’est-à-dire en harmonie et a capella dans un style délicieusement suranné pour la chanson « Hello my baby » de Joseph Edgar Howard et Ida Emerson. Marina Viotti intervient également quelque peu pour chanter le fameux « Zion’s walls » de Copland et aussi son « Simple Gifts« . 

C’est toutefois dans la deuxième partie que Marina Viotti vient prendre la relève pour chanter « Die Sieben Todsünden » et entamer le récit de cette Anna, partie chercher fortune à travers plusieurs villes des États-Unis, et bâtir pour elle et sa famille une maison en Louisiane. Le jeu scénique se déploie, très minimaliste : quelques valises, des allées et venues, quelques esquisses de danse, une allure de dictateur derrière le pupitre… Un rien suffit pour donner vie à l’histoire des Anna. Le barbershop quartet s’est transformé en chœur antique ou « la famille », qui vient ponctuer de ses jugements et recommandations toutes les actions entreprises par notre pauvre Anne, cherchant désespérément à trouver sa voie, tandis que Judith Chemla, notre Anna I, tournoie, danse, souffre, marche et ponctue d’un « Jah Anna, es ist gut » (« Oui, Anna, cela est bien ») les injustices qu’elle subit. 

Car finalement on parvient toujours à s’arranger de nos petits péchés, et là où frappe le cynisme de Weil, c’est qu’en voulant le bien de son héroïne il la fait succomber à tout. Avant de retrouver cette maison qu’elle désirait tant et pour laquelle elle a tout accepté, et tout subi. Marina Viotti, qui continue de prouver qu’elle peut tout chanter, navigue à travers la représentation avec la diction parfaite et l’investissement qui la caractérisent, sous le bâton électrisant de Marc Leroy-Calatayud et de son orchestre, offrant le véhicule parfait aux chanteurs pour faire briller de cet éclat étrange et sombre le ballet de Kurt Weill.

Retrouvez Marina Viotti en interview ici.

 

 

Les artistes

Anna I : Marina Viotti 
Anna II et narratrice : Judith Chemla 
Un frère : Yoann Le Lan 
Le père : Alban Legos 
L’autre frère : Victor Sicard
La mère : Jérôme Varnier

Edwige Herchenroder : piano

L’Orchestre de Chambre de Genève
Conception et direction : Marc Leroy-Calatayud
Collaboration artistique : Laurent Delvert

Le programme

Les sept péchés capitaux

Ballet chanté en un prologue et sept tableaux de Kurt Weill, créé au Théâtre des Champs-Elysées (Paris) le 7 juin 1933. Représentation du 10 janvier 2024, Théâtre des Champs-Elysées (Paris)

 

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Victor SicardJérôme VarnierJudith ChemlaMarc Leroy-CalatayudYoann Le LanAlban LegosLaurent DelvertMarina Viotti
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Ivar kjellberg

Habitué de longue date du TCE et pianiste amateur, Ivar Kjellberg est venu à l'art lyrique grâce à ses parents, qui faisaient sonner Wagner dans tout l'immeuble pour l'amuser. Grand fan des interprètes des années 70 et de l'opéra allemand, Ivar peut écouter en boucle les disques d'Edda Moser et d'Hermann Prey avant d'enchaîner... sur un bon Offenbach !

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