À la une
In memoriam – MARTINA ARROYO (1937-2026), la voix verdienne…
Les brèves d’octobre –
Roméo et Juliette à La Monnaie : le lyrisme en...
Même sans mariage, de charmantes Noces de Figaro au Théâtre...
Opéra de Rome : un Falstaff milanais, mental et onirique
Tarare de Salieri (1787) : un cas rare à Versailles
Le Requiem de Verdi selon Jérémie Rhorer : entre terreur...
Gala de l’Opéra royal de Versailles aux Concerts d’automne –...
Le Crépuscule des dieux de Wagner à Bastille : pour...
« Faute et Pardon » au Festival Verdi 2027 de Parme
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs
Première Loge

Subscribe our Newsletter for latest news.

Compte renduProductionVu pour vous

Kurt Weill, Les Sept Péchés capitaux : une soirée de douce amertume au TCE

par Ivar kjellberg 11 janvier 2024
par Ivar kjellberg 11 janvier 2024

© Cyprien Tollet / Théâtre des Champs-Elysées

© Cyprien Tollet / Théâtre des Champs-Elysées

© Cyprien Tollet / Théâtre des Champs-Elysées

© Cyprien Tollet / Théâtre des Champs-Elysées

0 commentaires 4FacebookTwitterPinterestEmail
8,8K

Ce spectacle autour des  Sept péchés Capitaux est un «  songspiel » qui raconte l’histoire d’Anna, personnage dédoublé d’une même jeune fille confrontée au système capitaliste de l’Amérique des années 30. En miroir de la création et de l’intention de Kurt Weill et de Bertolt Brecht, le projet s’est joué au Théâtre des Champs-Élysées et au Victoria Hall de Genève.

Tout l’enjeu, lorsqu’on donne en représentation ce ballet chanté de Kurt Weill, œuvre de commande certes, mais saisissant le Zeitgeist de l’entre 2 guerres, est de fournir l’écrin approprié à ce triomphe de cynisme musical.

© D. R.

Pari gagné avec une mise en scène très sobre mais très efficace, conçue et dirigée par l’enthousiaste chef d’orchestre Marc Leroy-Calatayud (que Première Loge a découvert il y a tout juste un an à l’occasion du premier Roméo de Benjamin Bernheim à Genève) et Laurent Delvert au Théâtre des Champs-Elysées où, il faut le rappeler, ce ballet a été créé. 

La soirée est donc divisée savamment en 2 parties distinctes : des airs (au programme des airs de Weill, mais aussi de Charles Ives, et d’Aaron Copland), puis Les 7 péchés capitaux. La première partie est intitulée « Anna » comme si avant de partir chercher gloire et fortune dans les 7 chants de Weill, on nous livrait le passé de la jeune femme à travers des airs de la même époque.

Languissant près du piano disposé au milieu de l’orchestre, Judith Chemla, ouvre le bal avec un Youkali chanté façon « Torch Singer » des années 30 et 40, ces chanteuses brûlées par la vie et exorcisant leur douleur sur scène en musique. Ici un chant très doux, contenu (parfois difficilement) mais finissant avec de beaux aigus infusés d’émotion. Le talent et la diversité de la soprano rayonnent à travers toute la soirée, aussi bien dans le chant que dans la récitation, avec ces extraits lus par elle des textes d’Ash Erdogan. Extraits venant annoncer le thème de soirée : l’humanité, et plus particulièrement la condition féminine. Comme elle le chante si bien dans le Nannas Lied : « Schlieβlich bin ich ja auch ein Mensch » : « Après tout, je suis aussi un être humain ». 

On notera les qualités indéniables d’interprétation de la chanteuse, notamment dans le magnifique « Je ne t’aime pas » de Weill, et sa performance dansée dans la seconde partie comme Anna II. L’orchestre de chambre de Genève intervient également, apportant comme des petits aplats de couleur dans cette première partie à la lumière crépusculaire, avec des interprétations enlevées d’Ives avec « Hymn for strings » ou le « Music for movies : V. Threshing machines » d’Aaron Copland. 

Yoann Le Lan, Alban Legos, Victor Sicard et Jérôme Varnier viennent agrémenter ce début de soirée avec une quatuor façon « barbershop quartet« , c’est-à-dire en harmonie et a capella dans un style délicieusement suranné pour la chanson « Hello my baby » de Joseph Edgar Howard et Ida Emerson. Marina Viotti intervient également quelque peu pour chanter le fameux « Zion’s walls » de Copland et aussi son « Simple Gifts« . 

C’est toutefois dans la deuxième partie que Marina Viotti vient prendre la relève pour chanter « Die Sieben Todsünden » et entamer le récit de cette Anna, partie chercher fortune à travers plusieurs villes des États-Unis, et bâtir pour elle et sa famille une maison en Louisiane. Le jeu scénique se déploie, très minimaliste : quelques valises, des allées et venues, quelques esquisses de danse, une allure de dictateur derrière le pupitre… Un rien suffit pour donner vie à l’histoire des Anna. Le barbershop quartet s’est transformé en chœur antique ou « la famille », qui vient ponctuer de ses jugements et recommandations toutes les actions entreprises par notre pauvre Anne, cherchant désespérément à trouver sa voie, tandis que Judith Chemla, notre Anna I, tournoie, danse, souffre, marche et ponctue d’un « Jah Anna, es ist gut » (« Oui, Anna, cela est bien ») les injustices qu’elle subit. 

Car finalement on parvient toujours à s’arranger de nos petits péchés, et là où frappe le cynisme de Weil, c’est qu’en voulant le bien de son héroïne il la fait succomber à tout. Avant de retrouver cette maison qu’elle désirait tant et pour laquelle elle a tout accepté, et tout subi. Marina Viotti, qui continue de prouver qu’elle peut tout chanter, navigue à travers la représentation avec la diction parfaite et l’investissement qui la caractérisent, sous le bâton électrisant de Marc Leroy-Calatayud et de son orchestre, offrant le véhicule parfait aux chanteurs pour faire briller de cet éclat étrange et sombre le ballet de Kurt Weill.

Retrouvez Marina Viotti en interview ici.

 

 

Les artistes

Anna I : Marina Viotti 
Anna II et narratrice : Judith Chemla 
Un frère : Yoann Le Lan 
Le père : Alban Legos 
L’autre frère : Victor Sicard
La mère : Jérôme Varnier

Edwige Herchenroder : piano

L’Orchestre de Chambre de Genève
Conception et direction : Marc Leroy-Calatayud
Collaboration artistique : Laurent Delvert

Le programme

Les sept péchés capitaux

Ballet chanté en un prologue et sept tableaux de Kurt Weill, créé au Théâtre des Champs-Elysées (Paris) le 7 juin 1933. Représentation du 10 janvier 2024, Théâtre des Champs-Elysées (Paris)

 

image_printImprimer
Marina ViottiVictor SicardJérôme VarnierJudith ChemlaMarc Leroy-CalatayudYoann Le LanAlban LegosLaurent Delvert
0 commentaires 4 FacebookTwitterPinterestEmail
Ivar kjellberg

Habitué de longue date du TCE et pianiste amateur, Ivar Kjellberg est venu à l'art lyrique grâce à ses parents, qui faisaient sonner Wagner dans tout l'immeuble pour l'amuser. Grand fan des interprètes des années 70 et de l'opéra allemand, Ivar peut écouter en boucle les disques d'Edda Moser et d'Hermann Prey avant d'enchaîner... sur un bon Offenbach !

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Sauvegarder mes informations pour la prochaine fois.

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

post précédent
LOTTE DE BEER
prochain post
Desmarest et Campra : Iphigénie en Tauride, un opéra « à quatre mains » au TCE

Vous allez aussi aimer...

Roméo et Juliette à La Monnaie : le...

14 octobre 2026

Même sans mariage, de charmantes Noces de Figaro...

14 octobre 2026

Opéra de Rome : un Falstaff milanais, mental et...

13 octobre 2026

Tarare de Salieri (1787) : un cas rare...

13 octobre 2026

Le Requiem de Verdi selon Jérémie Rhorer :...

11 octobre 2026

Gala de l’Opéra royal de Versailles aux Concerts...

11 octobre 2026

Le Crépuscule des dieux de Wagner à Bastille...

10 octobre 2026

« Faute et Pardon » au Festival Verdi 2027 de...

10 octobre 2026

À Lille, les voix de la magicienne Alcina...

9 octobre 2026

Wozzeck à Florence : Marie, gratia plena

8 octobre 2026

Humeurs

  • PAATA BURCHULADZE : UN AN DE PRISON, ET LE SILENCE ASSOURDISSANT DU MONDE LYRIQUE

    7 octobre 2026

En bref

  • Les brèves d’octobre –

    14 octobre 2026
  • La vidéo du mois : Gala aus dem Festspielhaus Baden-Baden – Anja Harteros, Ekaterina Gubanova, Jonas Kaufmann, Bryn Terfel et Marco Armiliato

    1 octobre 2026

La vidéo du mois

Édito

  • Édito de septembre –
    L’inaltérable modernité des chefs-d’œuvre

    7 octobre 2026

Suivez-nous…

Suivez-nous…

Commentaires récents

  • Hugues Rameau dans Le Crépuscule des dieux de Wagner à Bastille : pour les voix et la musique
  • Jean-Jacques van Weinan dans PAATA BURCHULADZE : UN AN DE PRISON, ET LE SILENCE ASSOURDISSANT DU MONDE LYRIQUE
  • Jean-Jacques van Weinan dans À Lille, les voix de la magicienne Alcina enchantent dans la confusion des genres
  • Marylise Ty dans Le Crépuscule des dieux de Wagner à Bastille : pour les voix et la musique
  • Hugues Rameau dans A l’Opéra de Nice, une rentrée de folie avec Orlando de Haendel

Première loge

Facebook Twitter Linkedin Youtube Email Soundcloud

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Login/Register

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Rechercher

Archives

  • Facebook
  • Twitter
  • Youtube
  • Email
Première Loge
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs

A découvrirx

Roméo et Juliette à La Monnaie...

14 octobre 2026

Même sans mariage, de charmantes Noces...

14 octobre 2026

Opéra de Rome : un Falstaff milanais,...

13 octobre 2026