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Daniele Rustioni sublime l’orchestre et le bouquet de jeunes talents pour ADRIANA LECOUVREUR à L’Auditorium de Lyon

par Aurélie Mazenq 5 décembre 2023
par Aurélie Mazenq 5 décembre 2023

© Claire Mc Adams

© Blandine Soulage

© D.R.

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3,1K

L’opéra de Lyon nous propose, en cette froide après-midi de décembre, une somptueuse version concert d’Adriana Lecouvreur, le superbe opéra qui assura la postérité de Francesco Cilea. Ce spectacle en co-production avec le Théâtre des Champs-Elysées où il sera donné ce mardi 5 décembre, réunit un plateau vocal d’exception.

Il incombe à la soprano américaine Tamara Wilson de donner vie au personnage célébrissime d’Adriana Lecouvreur. Cette dernière a accepté de remplacer Elena Stikhina, absente pour motif personnel. Après son succès en Turandot à l’Opéra de Paris le mois dernier, elle révèle tout au long de la soirée un véritable tempérament de prima donna ! À l’aise dans tous les registres, elle emporte l’adhésion du public par son expressivité et son souhait constant de faire vivre cette version concertante. Son air d’entrée « Io son l’umile ancella » méditatif et plein de douceur enchante l’auditoire au moyen de sons filés superbes.  Tamara Wilson bouleverse également dans « Poveri fiori » qui devient le cri du cœur d’une femme amoureuse, trahie, agonisante. C’est donc une prise de rôle réussie pour cette jeune cantatrice au lyrisme généreux, dont nous attendons maintenant avec impatience de voir comment elle abordera le répertoire belcantiste : elle doit en effet chanter le rôle-titre de Beatrice di Tenda à l’Opéra Bastille en février prochain. 

Le ténor Brian Jagde, également présent dans la Turandot parisienne, campe un comte de Saxe assuré et convaincant aux aigus vaillants. Sa projection particulièrement sonore remplit l’auditorium de Lyon lors de sa déclaration d’amour à Adriana « la dolcissima effigie ». Son timbre brillant et solaire sied parfaitement au héros militaire attiré par l’éclat de la gloire, bien que celui-ci aurait pu être plus doux et rond au moment des duos d’amour.

Clémentine Margaine donne vie à la Princesse de Bouillon en lui conférant un caractère noble et affirmé. La mezzo-soprano aux graves sombres et profonds, marque les esprits dès les premières secondes.  Dans l’air « Acerba voluttà, dolce tortura », l’artiste démontre sa très grande maitrise vocale. Son engagement de chaque instant et ses aigus particulièrement expressifs donnent du relief à ce personnage torturé. Clémentine Margaine parvient à attendrir le public et éloigner le caractère sombre et maléfique souvent conféré au personnage. Par un chant envoutant aux subtiles inflexions et par sa gestuelle, elle laisse entrevoir une femme délaissée, remplie de questionnements. La mezzo-soprano française poursuit donc avec succès son incursion dans le répertoire vériste. Elle aura d’ailleurs l’occasion de défendre sa vision du personnage prochainement dans une version mise en scène…

Misha Kiria revêt les traits de l’affectueux complice d’Adriana, le régisseur Michonnet. Bien que légèrement en retrait lors de ses interventions de l’acte 1, il réussit à prendre de l’assurance et développe un chant plus coloré et tendre dans la seconde partie de l’ouvrage.

Le duo d’intrigants Maurizio Muraro et Robert Lewis, respectivement Le Prince de Bouillon et L’Abbé de Chazeuil, apparaissent comme particulièrement complices et complémentaires. La basse captive l’auditoire par son phrasé et ses graves solides et profonds, alors que le jeune ténor convainc par sa fougue et son énergie.  La distribution est complétée par les quatre amis et artistes qui partagent la scène avec Adriana Lecouvreur : Giulia Scopelliti, Thandiswa Mpongwana, Pete Thanapat et Léo Vermot-Desroches, essentiellement distribués parmi le studio de l’Opéra de Lyon. Ils apportent un peu de légèreté à l’ouvrage par un jeu enjoué et accessoirisé. Yannick Berne, artiste des chœurs est quant à lui le majordome.

Incontestable roi de la soirée, Daniele Rustioni sublime la musique de Francesco Cilea avec son orchestre. Il tisse au moyen d’une direction claire et affirmée une nappe sonore poétique et sensuelle, et met en relief toute la poésie de l’opéra. Le chef italien s’approprie pleinement les passages instrumentaux. Le ballet, ponctué de l’intervention des chœurs, devient ainsi la démonstration de toute la palette sonore que peut développer l’orchestre alors que le début de l’Acte 4 et la mort d’Adriana, constituent de vraies parenthèses poétiques où le temps suspend son vol. Daniele Rustioni, véritable maestro concertatore, toujours attentif aux solistes, sublime par sa direction le bouquet de jeunes talents réunis à l’occasion. Il s’inscrit ainsi dans la continuité de son illustre prédécesseur et maitre du genre : Gianandrea Gavazzeni.

C’est donc une entrée en matière réussie pour le plateau ici rassemblé, avant la seconde représentation parisienne prévue ce soir au Théâtre des Champs-Élysées. Le spectacle sera également diffusé sur France Musique le 10 janvier 2024  à 20h.

Les artistes

Tamara Wilson | Adriana Lecouvreur
Brian Jagde | Maurice Comte de Saxe
Misha Kiria | Michonnet
Maurizio Muraro | Le Prince de Bouillon
Clé
mentine Margaine | La Princesse de Bouillon
Robert Lewis* | L’Abbé de Chazeuil
Giulia Scopelliti* | Mademoiselle Jouvenot
Thandiswa Mpongwana* | Mademoiselle Dangeville
Pete Thanapat* | Quinault
Léo Vermot-Desroches | Poisson
Yannick Berne** | Le majordome

Daniele Rustioni | direction
Orchestre et Chœurs de l’Opéra national de Lyon  | direction Benedict Kearns

* soliste du Lyon Opéra Studio
** artiste des Chœurs de l’Opéra national de Lyon

Le programme

Adriana Lecouvreur de Francesco Cilea

Livret d’Arturo Colautti, d’après la pièce d’Eugène Scribe

Opera en 4 actes

Création à Milan en 1902 

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Daniele RustioniClementine MargaineBrian JagdeTamara Wilson
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Aurélie Mazenq

Critique musicale passionnée, Aurélie Mazenq fréquente les théâtres lyriques comme on entreprend un voyage : avec curiosité, émerveillement et l'envie intacte de se laisser surprendre. Des grandes scènes européennes aux maisons plus confidentielles, elle collectionne moins les spectacles que les émotions. À travers ses chroniques, elle aime partager ces vibrations invisibles qui naissent entre les artistes et le public, et qui font de chaque représentation une expérience unique.

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