À la une
CD – Clémence de Grandval, MAZEPPA, à toute bride !
CD — Nahuel di Pierro, Alphonse Cemin : Un grand...
Nuit sans aube à l’Opéra-Comique : un fascinant cauchemar éveillé
Il aurait 100 ans aujourd’hui : Zoltán Kelemen
Ça s’est passé il y a 300 ans : création...
Idoménée à la Monnaie par Calixto Bieito : c’est le...
Hello Dolly ! enthousiasme l’Odéon de Marseille
CD – Simon Boccanegra : encore un rôle majeur de...
Avignon : Décaméron, l’opéra réinventé
Les brèves de mars –
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs
Première Loge

Pour ne rien manquer de l'actualité lyrique, restons en contact !

Compte renduVu pour vousConcert

Festival de Saint-Denis : un superbe Chant de la terre dans la rare version d’Arnold Schönberg

par Patrice Gay 6 juin 2022
par Patrice Gay 6 juin 2022
© Festival de Saint-Denis
0 commentaires 1FacebookTwitterPinterestEmail
1,5K

Le Chant de la Terre de Gustav Mahler : une symphonie de chambre expressionniste au Festival de Saint-Denis

Ce concert est en quelque sorte une renaissance : après avoir enregistré l’œuvre en juillet 2020 dans une Basilique déserte pour cause de pandémie, Maxime Pascal à la tête de son ensemble Le Balcon offre enfin Das Lied von der Erde de Gustav Mahler au public du Festival de Saint-Denis.

L’œuvre est habituée du Festival, mais c’est la version choisie qui est plus singulière sous ces voûtes immenses, puisqu’il s’agit de l’arrangement qu’Arnold Schönberg propose en 1920 pour orchestre de chambre. Si Mahler n’hésitait pas à parler de symphonie pour désigner cet ensemble de six lieder, cette version chambriste donne un caractère intime à une œuvre dont elle souligne l’intériorité. Nous ne sommes pas loin, parfois, d’entendre un quatuor, voire un quintette ou encore un sextuor tant les instruments se répondent les uns aux autres. C’est une très belle et très émouvante réussite à laquelle la voix cuivrée du ténor Kévin Amiel et le timbre de mélodiste du baryton Stéphane Degout conviennent parfaitement. Le dialogue, voire le duel, entre les voix et les instruments est constant, restituant la grande variété des couleurs de l’œuvre originale sans pour autant lui ôter son caractère dramatique. On pouvait en effet redouter qu’une version aussi intimiste n’ôte à l’œuvre sa force première. Il n’en est rien alors que nous sommes transportés loin des masses de l’orchestre mahlérien. N’hésitons pas à parler de redécouverte : Arnold Schönberg nous fait entendre, treize ans après sa Kammersymphonie, une sorte de seconde symphonie de chambre, pour voix cette fois-ci, et la direction précise de Maxime Pascal sert parfaitement son idée.

Si l’attaque du premier lied surprend peu l’auditeur qui reconnaît bien toute la force mahlérienne de ce Trinklied vom Jammer der Erde (« Le chant à boire de la douleur de la Terre »), bien vite la musique de chambre, notamment dans les cordes, apparaît. Kévin Amiel a toute la force nécessaire qui lui permet de se fondre parfois avec l’orchestre ; sa voix, rompue au bel canto, restitue également toutes les couleurs mahlériennes et constitue une fort belle parade contre tout risque d’uniformité. Aussi est-il parfait dans le Von der Jugend (« De la jeunesse ») où la rondeur du timbre fait merveille. Le lied suivant, Von der Schönheit (« De la beauté ») permet aux instrumentistes de témoigner d’une belle virtuosité, notamment dans le crescendo final lorsque la voix et l’orchestre semblent se confondre et s’unir.

Jamais on n’a aussi bien entendu que dans cette version des instruments tels que la clarinette ou le hautbois, jamais le dialogue entre les cordes et les vents, entre les graves et les aigus n’a tant frappé l’oreille de l’auditeur. Maxime Pascal parvient à donner tout à la fois une très grande cohérence à un ensemble qui, pourtant, semble n’associer que des solistes. Les instrumentistes, rompus à tous les répertoires, qui s’adaptent en fonction des concerts et des musiques, sont tous remarquables. Toute la soirée, la petite voix du premier violon, fort lyrique, se fait entendre et semble suivre le chemin musical tracé par le chef. Ce dernier manifeste une remarquable compréhension de la musique de Mahler et de l’idée de Schönberg. On entend comme jamais des échos d’une musique populaire qui font songer à la Symphonie Titan. L’œuvre se colore d’un caractère expressionniste frappant, qui nous éloigne de tout pathos.

Après un Trunkene im frühling (« L’homme ivre au printemps ») quelque peu straussien, le public attend l’ample Abschied (« L’adieu »), dans lequel nous retrouvons toute l’émotion contenue, la tension dramatique et l’intériorité des lieder précédents. Stéphane Degout est encore absolument remarquable, comme plongé en lui-même, soutenu par les percussions et le piano.

Un fort beau concert, dont on pourra prolonger le plaisir en écoutant la version discographique, tout juste parue chez B Records (1 CD B Records, 27 mai 2022)

Les artistes

Kévin Amiel, ténor
Stéphane Degout, baryton
Le Balcon, orchestre
Florent Derex, projection sonore

Maxime Pascal, direction

Le programme

Das Lied von der Erde

Symphonie pour ténor, baryton et orchestre, créée le 20 novembre 1911, version d’Arnold Schönberg pour orchestre de chambre (1920)

Festival de Saint-Denis, mercredi 1er juin 2022

image_printImprimer
Kévin AmielStéphane DegoutMaxime Pascal
0 commentaires 1 FacebookTwitterPinterestEmail
Patrice Gay

Patrice Gay est agrégé de Lettres modernes. Après des études de Lettres à l’Université de Clermont-Ferrand, il enseigne en collège, puis en lycée. Il est aujourd’hui professeur de culture générale en classe préparatoire économique à Versailles. Passionné d’opéra, il a conduit de nombreux projets pédagogiques autour d’un spectacle lyrique (Châtelet, Opéra national de Paris, TCE) avec des élèves de lycée (seconde et première) et également avec des étudiants de CPGE technologique.

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Sauvegarder mes informations pour la prochaine fois.

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

post précédent
Journée mondiale de l’environnement : un Opéra éco-responsable ?
prochain post
Thomas HENGELBROCK

Vous allez aussi aimer...

Nuit sans aube à l’Opéra-Comique : un fascinant cauchemar éveillé

12 mars 2026

Idoménée à la Monnaie par Calixto Bieito :...

11 mars 2026

Hello Dolly ! enthousiasme l’Odéon de Marseille

10 mars 2026

Avignon : Décaméron, l’opéra réinventé

9 mars 2026

Au Maggio Musicale Fiorentino, première reprise moderne du...

8 mars 2026

Allumer le feu : une Norma incandescente à l’Arsenal...

8 mars 2026

Faust à Tours : quand Vannina va, tout...

7 mars 2026

Rouen : une Iolanta lumineuse qui fera date

7 mars 2026

Al Maggio Musicale Fiorentino torna a vivere Le...

7 mars 2026

À Toulon, un Barbier de Séville bien ficelé

5 mars 2026

Humeurs

  • Journée internationale des droits des femmes : Mojca Lavrenčič, cheffe d’orchestre

    8 mars 2026

En bref

  • Ça s’est passé il y a 300 ans : création de Scipione de Händel

    12 mars 2026
  • Les brèves de mars –

    9 mars 2026

La vidéo du mois

Édito

  • Transposer un mythe dans la contemporanéité : mettre à jour… ou mettre à plat ?

    1 mars 2026

PODCASTS

PREMIÈRE LOGE, l’art lyrique dans un fauteuil · Adriana Gonzàlez & Iñaki Encina Oyón – Mélodies Dussaut & Covatti

Suivez-nous…

Suivez-nous…

Commentaires récents

  • Sigmund83 dans À Toulon, un Barbier de Séville bien ficelé
  • Stéphane Lelièvre dans Découvrez la saison 2025-2026 de l’Opéra de Massy
  • Anais dans Découvrez la saison 2025-2026 de l’Opéra de Massy
  • Fabrice del Dongo dans Timothée Chalamet, ou la médiocrité tranquille
  • MICHAEL dans Timothée Chalamet, ou la médiocrité tranquille

Première loge

Facebook Twitter Linkedin Youtube Email Soundcloud

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Login/Register

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Rechercher

Archives

  • Facebook
  • Twitter
  • Youtube
  • Email
Première Loge
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs

A découvrirx

Nuit sans aube à l’Opéra-Comique : un fascinant...

12 mars 2026

Idoménée à la Monnaie par Calixto...

11 mars 2026

Hello Dolly ! enthousiasme l’Odéon de...

10 mars 2026