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In memoriam – MIGNON DUNN, grande mezzo-soprano américaine et pédagogue admirée, s’est éteinte

par Stéphane Lelièvre 30 juin 2026
par Stéphane Lelièvre 30 juin 2026
Mignon Dunn en 1960
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La mezzo-soprano américaine Mignon Dunn est décédée le 28 juin 2026 à Colorado Springs (Colorado), à l’âge de 98 ans.

Figure majeure du chant lyrique durant plus de quatre décennies, elle laisse le souvenir d’une interprète d’une rare intensité dramatique, aussi à l’aise dans les grands rôles verdiens que dans les héroïnes wagnériennes ou françaises, ainsi que d’une pédagogue dont l’influence s’est prolongée bien après son retrait de la scène.

Née le 17 juin 1928 à Memphis (Tennessee), Mignon Armistead Dunn grandit entre le Tennessee et l’Arkansas. Orpheline de père à l’âge de sept ans, elle découvre très tôt sa vocation en écoutant les retransmissions radiophoniques du Metropolitan Opera. Encore étudiante au Rhodes College, elle obtient une bourse qui lui permet de partir à New York étudier auprès de la grande mezzo-soprano suédoise Karin Branzell. Avant de s’imposer sur les scènes lyriques, elle gagne sa vie en chantant dans les cabarets sous le pseudonyme de Marianne Grey.

Après des débuts remarqués dans Carmen à La Nouvelle-Orléans en 1955, elle rejoint le New York City Opera puis fait ses débuts au Metropolitan Opera en 1958. Cette prestigieuse maison deviendra son port d’attache : elle y chantera plus de 650 représentations jusqu’à ses adieux en 1994, dans le rôle de Clytemnestre d’Elektra de Richard Strauss.

Sa carrière prend rapidement une dimension internationale. Invitée à la Scala de Milan, au Royal Opera House de Londres, à l’Opéra de Paris, au Staatsoper de Vienne, au Bolchoï de Moscou ou encore aux Arènes de Vérone, elle s’impose comme l’une des grandes mezzo-sopranos dramatiques de son époque. Son répertoire, d’une exceptionnelle ampleur, embrasse Verdi, Wagner, Strauss, Bizet, Saint-Saëns, Janáček, Moussorgski ou encore Ponchielli. Son incarnation de Carmen, qu’elle interpréta plus de 400 fois et en quatre langues, demeure l’un des sommets de sa carrière, aux côtés d’Amneris, Azucena, Eboli, Kundry, Ortrud ou Dalila.

En France, on retiendra notamment ses apparitions au Palais Garnier entre 1973 et 1980, dans Il trovatore et Die schweigsame Frau, ou encore aux Chorégies d’Orange : en juillet 1981, Mignon Dunn y incarnait, aux côtés de la Leonora de Teresa Żylis-Gara, une Azucena au charisme scénique et vocal impressionnant, dont je garde un souvenir ému (c’était le deuxième opéra auquel, enfant, il m’était donné d’assister – et l’unique fois où je pus entendre sur scène cette belle artiste).

Parallèlement à ses engagements sur scène, Mignon Dunn mena une importante carrière de concertiste et grava plusieurs enregistrements de référence, notamment sous la direction de Karl Böhm, Julius Rudel ou Alain Lombard.

Professeure recherchée, elle enseigna dans plusieurs universités américaines avant de rejoindre, en 1985, la Manhattan School of Music, où elle forma plusieurs générations de chanteurs jusqu’à sa retraite, en décembre 2023. Récompensée pour son engagement pédagogique par de nombreuses distinctions, elle était unanimement respectée pour sa générosité, son exigence artistique et sa profonde connaissance de la voix.

Avec Mignon Dunn disparaît l’une des dernières représentantes de la grande tradition des mezzo-sopranos dramatiques américaines de l’après-guerre.

Le duo Radames/Amneris "Già i sacerdoti adunansi", à Londres, en 1973, aux côtés de Carlo Bergonzi
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Stéphane Lelièvre

Stéphane Lelièvre est maître de conférences en littérature comparée, responsable de l’équipe « Littérature et Musique » du Centre de Recherche en Littérature Comparée de la Faculté des Lettres de Sorbonne-Université. Il a publié plusieurs ouvrages et articles dans des revues comparatistes ou musicologiques et collabore fréquemment avec divers opéras pour la rédaction de programmes de salle (Opéra national de Paris, Opéra-Comique, Opéra national du Rhin,...) Il est co-fondateur et rédacteur en chef de Première Loge.

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