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Satyagraha entre en triomphe au répertoire de l’Opéra de Paris

par Frédéric Meyer 11 avril 2026
par Frédéric Meyer 11 avril 2026

© Yonathan Kellerman – Opéra National de Paris

© Yonathan Kellerman – Opéra National de Paris

© Yonathan Kellerman – Opéra National de Paris

© Yonathan Kellerman – Opéra National de Paris

© Yonathan Kellerman – Opéra National de Paris

© Yonathan Kellerman – Opéra National de Paris

© Yonathan Kellerman – Opéra National de Paris

© Yonathan Kellerman – Opéra National de Paris

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© Yonathan Kellerman – Opéra National de Paris

© Yonathan Kellerman – Opéra National de Paris

© Yonathan Kellerman – Opéra National de Paris

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Satyagraha, Paris, Opéra Garnier, vendredi 10 avril 2026.

Après Nice en 2025, il aura donc fallu attendre plus de quarante ans pour avoir sur une scène parisienne la création de ce chef d’œuvre de Philip Glass, aujourd’hui âgé de 89 ans. Sachons-en gré à l’Opéra de Paris ! Écrit en sanskrit et inspiré de la Baghavad Gita, un des écrits fondamentaux de l’hindouisme, Satyagraha, créé en 1980, est un vaste opéra en trois parties inspiré de la vie de Gandhi, chacune d’entre elles étant liée à un personnage historique : Tolstoï, Rabidranath Tagore et Martin Luther King. C’est le premier opéra écrit par Glass pour grand orchestre ; il possède la particularité de n’avoir ni percussions, ni cuivres. Viennent s’y adjoindre de nombreux solistes, un vaste chœur, des acteurs et des danseurs.

Dans cette production de l’Opéra de Paris, le décor de Christian Friedländler est réduit à sa plus simple expression et pourrait évoquer un studio de répétition. Un vaste plateau nu avec en fond de scène un grand cadre noir et une estrade par laquelle entrent et sortent les chœurs et les chanteurs. Sur chacun des côtés, un haut balcon sur lequel viennent se placer les chanteurs mais surtout, immobiles, les personnages de Gandhi, Tagore et Tolstoï assistant à l’action sans intervenir. La mise en scène se contente de faire se déplacer les protagonistes avec le plus souvent une extrême lenteur, rompue par moments par des affrontements très violents, souvent contre le personnage principal du contre-ténor. Les éclairages de John Torres, admirablement réglés, confèrent parfois un aspect fantomatique à l’action.

Enfin, les nombreuses interventions des danseurs, sur une chorégraphie de Bobbi Jene Smith et Or Schraiber, sont d’une grande beauté, chacun d’entre eux faisant preuve d’une expressivité des plus engagées. Cette chorégraphie vient admirablement offrir un contrepoint à une action au ralenti  – voire statique – un peu à la manière des interventions du chœur dans une tragédie grecque. On reste, tout au long de ces trois parties, fasciné et conquis par un équilibre qui semblait a priori improbable au début, de par sa dichotomie, mais qui in fine vient sublimer encore plus la musique de Glass.

On ne peut évidemment juger de la qualité de la prononciation du sanskrit des chanteurs même si un grand travail a été fait avec des spécialistes de cette langue. Cela se traduit par l’apparente facilité de tous les chanteurs à prononcer leur texte avec la plus grande fluidité.

Le contre-ténor Anthony Roth Costanzo tient le rôle principal de chacune des trois parties. Il est un habitué des opéras de Philippe Glass dont Akhnaten qui lui a valu un Grammy awards en 2022. Dès ses premiers pas sur scène et les premières notes chantées, on sent que quelque chose d’exceptionnel va se produire. La voix est claire, assurée, d’une puissance incroyable, et résonne au plus profond de nous, touchant parfois au surnaturel. Quelle émotion dans la ligne de chant et dans son jeu d’acteur empreint d’une sublime lenteur ! Les toutes dernières paroles déclamées telle une douce mélopée nous conduisent à un absolu de beauté. La salle, debout, lui fera triomphe.

Si la voix du ténor Nicky Spence est belle, on ne le sent pas complètement impliqué dans cette œuvre, mais le baryton Davones Tines est impressionnant dans la première partie par la profondeur de sa voix qui emplit toute la salle en parvenant à surmonter la masse orchestrale. Il y a une sorte de détachement dans son jeu de scène qui tranche avec ses formidables possibilités vocales. Le second baryton, Amin Ahangaran possède une voix forte et assurée – mais on le sent parfois un peu perdu dans ses déplacements.

On est un peu frustré d’entendre la basse Nicolas Cavalier dans un rôle aussi court. Ses interventions, surtout dans la première partie, sont toujours aussi impressionnantes par la puissance de la projection vocale.

Les voix féminines sont toutes excellentes. La mezzo gabonaise Adriana Bignani Lesca  chante avec force et conviction et son jeu de scène est par moments bouleversant. Ilanah Lobel-Torres, soprano, fait partie de la troupe de l’Opéra de Paris. Son timbre est clair, cristallin, la déclamation est sans faille. Elle dégage par son jeu naturel une grande émotion. Les interventions d’Olivia Boen et Deepa Johnny sont également de haute tenue.

On est enfin sous le charme envoûtant des chœurs, si importants dans cette œuvre. Par la beauté de son écriture, la puissance hallucinante de la fin de la première partie nous laisse pantois et sans voix. Les chœurs qui ouvrent la deuxième partie, intervenant à la façon d’un cœur qui bat, portent à nouveau l’œuvre vers d’absolus sommets. Le travail de la cheffe des chœurs (ici en surnombre) Ching-Lien Wu y est une fois de plus remarquable. Passant du murmure au déchaînement de violence, chaque intervention suscite fascination et admiration. Moment extraordinaire que leur intervention, semblant tomber du ciel,  rideau baissé, au début de la troisième partie. Triomphe à faire vibrer les murs lors des saluts !

Comment enfin ne pas dire toute notre admiration pour le travail effectué par l’orchestre sous la baguette précise du chef Ingo Metzmacher ? Les pupitres de vents cisèlent chaque moment de cette partition alors que les cordes captivent d’un bout à l’autre. Tous servent à merveille cette œuvre, la rendant littéralement hypnotique.

Point d’orgue de cette soirée mémorable, l’apparition de Philippe Glass en personne au moment des saluts, redoublant les applaudissements effrénés d’une salle déjà debout et conquise.

On ne sort pas indemne après avoir été confronté à un joyau tel que Satyagraha. C’est aussi cela la magie de l’opéra : nous permettre d’atteindre de tels moments d’éternité.


N.B. Satyagraha fera l’objet d’une captation et sera diffusé en direct vendredi 24 avril sur Paris Opera Play, la plateforme de l’Opéra national de Paris. L’œuvre sera enregistrée par France Musique pour diffusion le 23 mai 2026 à 20h dans l’émission  Samedi à l’Opéra, présentée par Judith Chaine, puis disponible en streaming sur le site de France Musique et l’application Radio France.

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Les artistes

Anthony Roth Costanzo, Contre-ténor
Ilanah Lobel-Torres, Olivia Boen, Sopranos
Davóne Tines, Amin Ahangaran, Barytons
Adriana Bignagni Lesca, Alto
Deepa Johnny, Mezzo-soprano
Nicky Spence, Ténor
Nicolas Cavallier, Basse
Danseurs : Alexander Bozinoff , Lorrin Brubaker , Jeremy Coachman , Jonathan Fredrickson, Marion Gautier de Charnacé , Awa Joannais, Héloïse Jocqueviel, Payton Johnson , Rachel McNamee , Mermoz Melchior , Adrien Ouaki , Ido Toledano
Mohandas Karamchand Gandhi : Vedanth Ramesh
Léon Tolstoï : Éric Fardeau
Rabindranath Tagore : Robert Georges
Martin Luther King, Jr. : Abdel Soufi

Orchestre de l’Opéra national de Paris, dir. Ingo Metzmacher
Choeurs de l’Opéra national de Paris, dir. Ching-Lien Wu
Mise en scène et chorégraphie : Bobbi Jene Smith, Or Schraiber
Décors : Christian Friedländer
Costumes : Wojciech Dziedzic
Lumières : John Torres
Dramaturgie : Jacob Mallinson Bird

Le programme

Satyagraha

Opéra en trois actes (1980) de Philipp Glass, livret de Constance De Jong d’après la Bhagavad-Gita, créé à Rotterdam le 5 septembre 1980.
Paris, Opéra Garnier, représentation du vendredi 10 avril 2026.

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Amin AhangaranAdriana Bignani LescaBobbi Jene SmithIlanah Lobel-TorresOr SchraiberIngo MetzmacherNicky SpenceDeepa JohnnyAnthony Roth CostanzoNicolas CavalierOlivia BoenDavones Tines
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