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Roméo et Juliette au Théâtre des Champs-Élysées en guise d’hommage à la disparition de José van Dam

par Camillo Faverzani 20 février 2026
par Camillo Faverzani 20 février 2026

© Tom Gachet

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Roméo et Juliette, Théâtre des Champs-Élysées, jeudi 19 février 2026

Un festival du belcanto à la française – et un hommage rendu à José van Dam, interprète légendaire du répertoire français qui grava notamment le rôle de Frère laurent sous la direction de Michel Plasson.

S’il est une œuvre emblématique du belcanto à la française, c’est bien Roméo et Juliette de Gounod. Dès lors, quel titre pouvait mieux honorer la mémoire de José van Dam, ardent défenseur du chant français, disparu le 17 février, à qui Baptiste Charroing a eu la noble idée de dédier le concert de ce soir ? Et c’est bien à un festival de belcanto que nous convient le cycle des Grandes Voix, coproducteur, et tous les artistes de cet événement exceptionnel. Et ce à partir du couple des amants malheureux du titre.

Titulaire du rôle depuis quelques années, qu’elle a surtout abordé aux États-Unis, Kathryn Lewek incarne une Juliette à la fois juvénile et désabusée. Si le volume n’est pas excessivement éclatant et le haut du registre peut par moments paraître quelque peu tendu, sa caractérisation se saisit de toutes les nuances du personnage dès l’arietta de la fête chez Capulet, qu’elle attaque presque en sourdine, afin de laisser jaillir encore davantage les effets de la colorature, soutenue par un legato exceptionnel et par la précision des vocalises. Elle vit d’ailleurs son héroïne même sur le plan scénique que ne sauraient brimer les limites du concert. C’est alors le plus amoureux des Roméo qui lui donne la réplique et elle lui rend bien la pareille d’une voix cristalline, dans le madrigal suivant, très brillant d’expression. Malgré quelques aspérités à peine perceptibles et un aigu qui pourrait être parfois plus lumineux, Charles Castronovo fait précéder d’un récitatif au phrasé époustouflant sa cavatine de l’acte II qu’il défend à son tour par une longueur de souffle à toute épreuve et par le meilleur contrôle des transitions. Leur duo d’amour est donc un enchantement, notamment dans une strette (moderato) qui en fait ressortir l’entente la plus totale. Tout aussi heureux, leurs adieux, supposés être temporaires, se singularisent par le contraste prodigieux des teintes, chez un Roméo on ne peut plus viril et chez une Juliette fabuleusement aérienne, comme cela sied à l’évocation de l’alouette et du rossignol, présages néanmoins de la mort prochaine. Dès le récitatif de l’air de l’acte IV se profile ainsi le drame du doute que la soprano américaine nourrit d’une rare intensité, la maîtrise de la ligne laissant s’allumer encore une lueur d’espoir dans l’aria à proprement parler, débouchant tout de même sur un cri prémonitoire généreusement voluptueux. Fin diseur, son compatriote de ténor fait un sort à chaque mot, voire à chaque note, dans la scène précédant les retrouvailles dans la mort (andante). Juliette le suit sans réserve, dans un accomplissement dont se dégage la plus grande émotion.

Chez les seconds rôles, aucun ne démérite, tous faisant état d’une excellente diction. Le Mercutio de Philippe-Nicolas Martin se distingue par un sens aigu de la nuance, notamment dans un chant syllabique parfaitement réglé. Léo Vermot-Desroches donne vie à un Tybald d’une étendue considérable et d’ un aigu solide. Arborant la pourpre cardinalice de son pantalon, Paul Gay investit le personnage – qui fut aussi celui de José van Dam – de l’austérité qui convient à Frère Laurent, et ce dès le trio de l’acte III ; non dépourvu d’ampleur, son religieux sait varier à bon escient les couleurs en fonction du tragique de la situation, tout particulièrement dans son andante du breuvage, l’allegro faisant ressortir à son tour une souplesse extrême. En prise de rôle, Éléonore Pancrazi campe un Stéphano bien chantant, quoiqu’à la projection contrainte. Capulet parfois un peu trop appuyé et à la justesse perfectible, Marc Barrard relaie Marie-Ange Todorovich, Gertrude volontairement vieillissante. Tandis que Julien Ségol est un Duc de Vérone au beau grave. Réunissant les chœurs de chambre de Rouen et de Sorbonne-Université, les habitants de Vérone savent doser chaque instant en fonction du moment. Tout en retenue dans le commentaire de l’introduction, il devient vaillant pendant les réjouissances du bal, puis guerrier à l’occasion du duel, avant de se replier dans un recueillement lyrique, à la mort de Tybald.

Donné sans le ballet, la marche nuptiale et l’épithalame, le concert est mené d’une main de maître par Clelia Cafiero qui dirige un Orchestre national de France très inspiré : à la justesse des vents qui dialoguent entre eux dès l’ouverture succède l’harmonie des cordes invitant à la danse ; ces dernières rejoignent la harpe dans la berceuse éclairant la nuit à l’entracte de l’acte II, puis les vents dans la complicité devant animer le rêve de Juliette. On pourra d’ailleurs les réentendre le 21 mars prochain, à 20h, sur France Musique, dans le cadre de l’émission « Samedi à l’Opéra », et par la suite en streaming sur le site et sur l’application de Radio France.

Enthousiaste, le public ne sait comment remercier une telle générosité !!!

———————————————————

Retrouvez Kathryn Lewek en interview ici !

Les artistes

Roméo : Charles Castronovo
Juliette : Kathryn Lewek
Mercutio : Philippe-Nicolas Martin
Benvolio : Abel Zamora
Stéphano : Éléonore Pancrazi
Capulet : Marc Barrard
Gertrude : Marie-Ange Todorovich
Tybald : Léo Vermot-Desroches
Grégorio : Maurel Endong
Pâris : Yuriy Hadzetskyy
Frère Laurent : Paul Gay
Frère Jean : Mathieu Gourlet
Le Duc de Vérone : Julien Ségol

Chœur de chambre de Rouen et Chœur Sorbonne-Université (chef de choeur Frédéric Pineau), dir. Clelia Cafiero.

Le programme

Le programme

Roméo et Juliette

Opéra en cinq actes de Charles Gounod, livret de Jules Barbier et Michel Carré d’après la tragédie de Shakespeare, créé au Théâtre Lyrique de Paris le 27 avril 1867.

Paris, Théâtre des Champs-Élysées, jeudi 19 février 2026

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Kathryn LewekCharles CastronovoClelia CafieroPhilippe-Nicolas Martin
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Camillo Faverzani

Professeur de littérature italienne à l’Université Paris 8, il anime le séminaire de recherche « L’Opéra narrateur » et dirige la collection « Sediziose voci. Studi sul melodramma » aux éditions LIM-Libreria musicale italiana de Lucques (Italie). Il est l’auteur de plusieurs essais sur l’histoire de l’opéra. Il collabore également avec des revues et des maisons d’opéra (« L’Avant-scène Opéra », Opéra National de Paris).

2 commentaires

Henri 21 février 2026 - 8 h 11 min

Je vous trouve bien indulgent avec Charles Castronovo. S’il n’est pas calamiteux, il n’a absolument pas la voix qu’il faut pour chanter Roméo. Ses accents « à l’italienne » sont un peu en contradiction avec l’art du chant français (entendez Bernheim) ; la diction, sans être catastrophique, est quelque peu lacunaire. Le grave et le médium sont vaguement engorgés et si quelques aigus sont assez triomphants, le ténor atteint vite ses limites. Il n’a pas la note du « la revoir » à la fin du III, ce qui n’est pas rédhibitoire, mais demeure quand même fâcheux. Le public ne s’y est d’ailleurs pas trompé, et si les applaudissements ont été chaleureux et nourris pour Kahryn Lewek, ils sont restés assez modérés pour Castronovo.

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Camillo Faverzani 21 février 2026 - 23 h 49 min

Merci pour votre lecture. Il est vrai que la perception d’une interprétation peut varier aussi en fonction de l’endroit où l’on se trouve dans la salle. Une amie qui m’avait rejoint jeudi soir avait été plutôt sévère, non seulement avec Castronovo mais avec toute l’équipe à l’issue de la première partie. Elle était assise dans une loge de corbeille. Descendue à l’orchestre à l’entracte, elle en est sortie enthousiaste, de Castronovo aussi.
Cela dit, je ne classerais pas le style de ce ténor dans la tradition italienne. Toute sa formation s’est faite aux États-Unis. Par ailleurs, son répertoire est très varié et se partage équitablement entre opéra italien et opéra français surtout, mais pas seulement.
Il m’est arrivé de formuler des réserves sur son interprétation, même récemment dans La Bohème à l’Opéra Bastille. Mais je ne voudrais pas non plus qu’il fasse l’objet d’un préjugé assez rependu, même chez certains de mes confrères, comme quoi, pour chanter de l’opéra français il faut être francophone.
Que dirait-on si on appliquait le même préjugé dans les répertoires allemand, italien ou russe au détriment des chanteurs francophones ?
Mais je suppose que vous n’êtes pas dans ce cas de figure.
Dans l’espoir de vous compter toujours parmi nos lecteurs.

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