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Au Théâtre des Champs-Élysées, les débuts parisiens de Karine Deshayes dans Norma

par Camillo Faverzani 10 janvier 2026
par Camillo Faverzani 10 janvier 2026

© Théâtre des Champs-Elysées

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Norma, Théâtre des Champs-Élysées, 8 janvier 2026

Des partenaires et un chef en tout point exceptionnels

Puisque l’Opéra national de Paris semble avoir renoncé à reprendre Norma, absente maintenant depuis vingt-cinq ans de ses scènes, c’est le Théâtre des Champs-Élysées qui s’en charge, comme déjà pour deux productions scéniques très rapprochées, celle de Stéphane Braunschweig, avec Maria Agresta dans le rôle-titre, en décembre 2015, et celle, itinérante, de Moshe Leiser et Patrice Caurier, avec Cecilia Bartoli, en octobre 2016. Presque dix ans plus tard, ce concert fait figure d’événement, dans la mesure où, en coproduction avec Les Grandes Voix, il affiche les débuts parisiens de la druidesse de Karine Deshayes. Dommage dès lors que la presse n’y fut guère invitée.

Nous avons rendu compte à plusieurs reprises de l’incarnation de la cantatrice française, dès sa prise de rôle dans le cadre d’un concert France Musique au Grand Théâtre de Provence, l’été 2022, puis au Capitole de Toulouse et à l’Opéra de Marseille. Celle qui fut pendant une quinzaine d’années une Adalgisa singulière consolide donc dans la durée ses affinités avec l’univers de son aînée. Dès sa sortita, un récitatif extrêmement articulé lui donne aussitôt l’occasion d’émettre des notes filées prodigieuses, cependant que, d’abord murmuré, l’andante s’enrichit d’ornementations dont Karine Deshayes semble être la seule à avoir le secret ; l’accent se faisant plus tranchant dans le tempo di mezzo, il nourrit un allegro avant tout belcantiste, aux variations et aux trilles inouïs. Dommage que des applaudissements impromptus ne permettent pas de savourer entièrement la transition à l’issue de la cavatine… mais, on le sait, c’est l’obole à sacrifier au succès !!! Par la suite, la mélopée typiquement bellinienne du début de l’acte II est abordée sur le fil, secondée par des vents de l’Orchestre de chambre de Paris en tout point remarquables.

Karine Deshayes se confronte par ailleurs à des partenaires à leur tour exceptionnels. Réussissant l’exploit presque callassien de passer de Wagner à Bellini en quelques semaines, bien que l’inclination de l’un à l’égard de l’autre ne soit plus à découvrir, Ève-Maud Hubeaux s’investit corps et âme dans sa prise de rôle de la jeune condisciple du temple d’Irminsul. Sans doute quelque peu mécanique au tout début de la rencontre avec Pollione, elle déploie immédiatement une ligne savante et se laisse entraîner par son acolyte dans un duo enivrant de justesse, notamment dans une strette où elle épouse sans réserve l’art de Francesco Demuro, diseur sans pair. Très dialogué, le récitatif introduisant le premier duo avec Norma se démarque par une complicité amplement affirmée que vient confirmer la manière fort naturelle dont les deux artistes se relaient dans les roulades. Dans ce même passage, relevons encore la douceur exceptionnelle du moderato des souvenances. C’est une constante qui se confirme dans le trio suivant auquel manque peut-être un zest d’élan, sans toutefois empêcher l’épanouissement du drame : tout en se réfugiant constamment dans la suavité de l’expression et dans le belcanto, Norma se fait néanmoins menaçante et prépare l’avènement de la catastrophe finale. Le second duo des deux femmes permet de souligner la longueur du souffle de l’Adalgisa d’Ève-Maud Hubeaux et d’admirer l’harmonie des affects, tout particulièrement dans la strette, attaquée piano, malgré le rythme frénétique auquel nous convie l’orchestre. Le duo de l’épilogue, entre les deux anciens amants, se distingue, chez l’héroïne, par l’admirable exploitation des notes plus graves du registre, afin de rendre la souffrance qu’engendre la situation, non sans des effets d’éclat illustrant l’indignation. La montée au bûcher sera alors sublime !!!

Personnage peu fréquenté jusque-là, le Pollione de Francesco Demuro paraît d’abord quelque peu laborieux dans le récitatif de son air de présentation, la cavatine se singularisant par la suite grâce à la maîtrise du legato, notamment dans les passages vers l’aigu, et à de belles fioritures, de même que la cabalette, peu guerrière, s’embellit d’habiles vocalises. Lui donne la réplique le Flavio au beau timbre viril d’Ian Spinetti.

Oroveso de petit format, la basse de George Andguladze est néanmoins bien chantante et en progression au cours de la soirée, bien que ses hésitations dans l’élocution persistent jusque dans le finale. Complète la gracieuse Clotilde de Déborah Salazar.

Lorenzo Passerini impressionne par la manière dont il tient les rênes de sa phalange. L’ouverture est un chef-d’œuvre de crescendo, rallentando et diminuendo suggestifs, jusqu’au soudain tutti conclusif. D’emblée, en ressort la finesse des vents et la délicatesse des cordes, venant plus loin soutenir l’harmonie de la prière de Norma. Un gong royal en appellera enfin à la clarté des trompettes de la révolte, jusqu’à une conclusion étincelante. Saluons encore la manière dont Lorenzo Passerini sait également gérer les silences, par exemple après les aveux de Norma, dans le finale.

Le jeune chœur de Paris porte bien son nom, étant composé d’interprètes tous et toutes dans la fleur de l’âge. Très idiomatique dès l’introduction, il se montre aussitôt très homogène et magistralement bien placé. Dès lors, c’est une très bonne idée que de le faire chanter de dos, afin de signifier l’éloignement, à l’issue du premier tableau. Le soin de la nuance prépare l’éblouissement tout religieux de l’hymne à la lune. Un bel effet question/réponse jalonne ainsi le désarroi de l’acte II, aux teintes judicieusement variées, soutenu promptement par la vaillance de l’appel à la guerre.

Une mention particulière pour les belles robes des deux primedonne, très en phase avec leurs personnages, sobre celle de Norma, somptueuse celle d’Adalgisa.

Public aux anges au moment des saluts !!!

Les artistes

Norma : Karine Deshayes
Pollione : Francesco De Muro
Adalgisa : Ève-Maud Hubeaux
Oroveso : George Andgulatze
Clotilde : Déborah Salazar
Flavio : Ian Spinetti
Orchestre de chambre de Paris et Le jeune chœur de Paris, dir. Lorenzo Passerini et Christophe Grapperon

Le programme

Norma

Tragedia lirica en deux actes de Vincenzo Bellini, livret de Felice Romani, créée au Teatro alla Scala de Milan le 26 décembre 1831.
Paris, Théâtre des Champs-Élysées, représentation du jeudi 8 janvier 2026.

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Lorenzo PasseriniKarine DeshayesFrancesco DemuroÈve-Maud Hubeaux
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Camillo Faverzani

Professeur de littérature italienne à l’Université Paris 8, il anime le séminaire de recherche « L’Opéra narrateur » et dirige la collection « Sediziose voci. Studi sul melodramma » aux éditions LIM-Libreria musicale italiana de Lucques (Italie). Il est l’auteur de plusieurs essais sur l’histoire de l’opéra. Il collabore également avec des revues et des maisons d’opéra (« L’Avant-scène Opéra », Opéra National de Paris).

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