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« Sempre con fe sincera … »
Quelques questions à Chiara Isotton à l’occasion de sa première Tosca à la Scala

par Hervé Casini 2 avril 2025
par Hervé Casini 2 avril 2025
© Brescia e Amisano
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Depuis qu’il l’a découverte à Marseille en Elisabetta de Don Carlo, en 2022, Première Loge suit la brillante carrière de la soprano Chiara Isotton et a régulièrement pris l’habitude de l’interroger sur ses rôles les plus marquants. A l’occasion de sa première série de Tosca à la Scala de Milan, nous avons recueilli, presque au débotté, les réponses de cette si attachante artiste sur sa conception du personnage dans la production déjà bien connue de Davide Livermore.

HERVE CASINI : Dans quelle mesure peut-on dire que cette série de représentations marque pour vous une forme de consécration dans ce théâtre de la Scala que vous connaissez si bien ? 
CHIARA ISOTTON : Cela fait effectivement déjà dix ans, cette année, que je chante à la Scala ! D’abord dans de petits rôles puis dans des secondes distributions, plus récemment en tant que doublure pour une substitution de dernière minute (Fedora) et, pour deux représentations, en Maddalena d’Andrea Chenier. L’an dernier, j’ai eu la chance de chanter le premier rôle féminin dans cet opéra incroyable, L’Amore dei tre re de Montemezzi ! Mais il est vrai que chanter Tosca ici, avec une telle distribution, représente pour moi un évènement capital et, vous avez raison, une nouvelle forme de « début », dont je ne remercierai jamais assez le théâtre, qui plus est dans un rôle que j’aime énormément !

H. C. : Comment parvenir à trouver sa conception personnelle dans un personnage tellement entendu par le public et interprété par autant d’artistes illustres ?
C. I. : Comme j’ai l’habitude de le faire pour chacun de mes rôles, trouver ma propre vision du personnage de Floria Tosca résulte d’un très lourd travail sur le livret et sur la partition. J’ai ainsi mené une analyse minutieuse de toutes les nuances et de toutes les indications fournies par le compositeur à propos de son personnage : N’oublions pas que chez Puccini, tout est écrit !
J’ai donc, tout d’abord, essayé de rester le plus possible fidèle à ce que le compositeur a essayé d’indiquer et, ensuite, au texte lui-même qui est d’une réelle profondeur, constellé de multiples nuances qui en font l’une de ses caractéristiques particulières. C’est bien dans la perception de toutes ces nuances que je puise ma conception personnelle du rôle de Floria Tosca !
En outre, ce que j’aime à penser du personnage, c’est qu’il s’agit tout de même d’une jeune femme : amoureuse, jalouse, très impulsive mais, en même temps, croyante et dont il ne faudrait surtout pas oublier la dimension liée à la foi, une foi qu’elle ressent comme trahie, comme on peut l’entendre jusque dans les paroles du « Vissi d’arte »…
Ce que j’essaye donc d’exprimer, c’est cette polyvalence d’images d’une femme qui, de jeune fiancée au premier acte, grandit jusqu’à en venir se cogner violemment contre l’amère réalité de la violence et des harcèlements de Scarpia ! De fait, au-delà de l’image de Tosca comme diva et grande chanteuse, il est très important de faire émerger, pour le public, toute cette infinie palette de nuances qui traduisent la profonde humanité, les forces mais aussi les faiblesses du personnage.

© Brescia e Amisano

H. C. : Pour terminer, pouvez-nous nous dire quelques mots sur la production de Davide Livermore[1] ?
C .I.
: Je suis extrêmement heureuse de travailler dans cette production si belle et, à proprement parler, colossale ! C’est une scénographie géniale qui exploite au mieux toutes les possibilités – même les plus techniques – du Teatro alla Scala, avec des mouvements de pont, de systèmes pivotants… il y a vraiment de tout dans ce spectacle ! En outre, le spectateur est véritablement bouleversé par une narration qui ne tombe jamais dans la banalité et qui, dans le même temps, est totalement « vériste » en ce sens qu’elle est très crue : je crois même pouvoir dire qu’après toutes ces années où j’ai interprété ce personnage, l’affrontement du deuxième acte avec Scarpia est probablement le plus brutal que j’ai eu à vivre !
Paradoxalement, cette production devient presque facile quand on y est si bien entourée : j’ai ici la chance de bénéficier de collègues vraiment merveilleux, et cela du premier au dernier, chœur – absolument flamboyant ! – et figurants compris !
Chacun, ici, aide à construire un Spectacle avec un « S » majuscule !

Propos recueillis et traduits de l’italien par Hervé Casini le 23/03/2025

———————————————————————

[1] Créé pour l’ouverture de la saison 2019-2020.

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Chiara Isotton
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Hervé Casini

Hervé Casini est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques d’Aix-en-Provence, docteur en littérature française à Aix-Marseille Université et Secrétaire Général du Museon Arlaten (Musée d’ethnographie provençale). Collaborateur de diverses revues (Revue Marseille, Opérette-Théâtre Musical, Résonances Lyriques…), il anime un séminaire consacré au « Voyage lyrique à travers l’Europe (XIXe-XXe siècle) à l’Université d’Aix-Marseille et est régulièrement amené à collaborer avec des théâtres et associations lyriques dans le cadre de conférences et colloques.

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