À la une
La colline verte n’a pas fini de rougir — L’affaire...
Les Deux Pêcheurs au Théâtre du Châtelet, une amitié qui fait...
Les opéras du monde – Bayerische Staatsoper, l’âme lyrique de...
Le nozze di Teti e Peleo : quand la Discorde...
Le dernier scandale de Monteverdi : Poppea, influenceuse de l’Empire...
Daniel-François-Esprit AUBER : un maître de l’opéra romantique à redécouvrir
Maggio Musicale Fiorentino – et 89e Festival del Maggio :...
Maggio Musicale Fiorentino: la ricca Stagione 2027, compreso l’89° Festival...
Le siège de Corinthe : 1826-2026Pour en savoir plus sur le...
Le Requiem de Verdi à Bordeaux : l’audace d’une autre...
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs
Première Loge

Pour ne rien manquer de l'actualité lyrique, restons en contact !

CDMédiathèque

CD- Par amour, le chant racé et énamouré de Vannina Santoni

par Hervé Casini 24 mars 2025
par Hervé Casini 24 mars 2025
0 commentaires 2FacebookTwitterPinterestEmail
1,9K
Les artistes

Vannina Santoni, soprano
Albane Carrère, mezzo-soprano
Julien Dran, ténor

Orchestre National de Lille, dir. Jean-Marie Zeitouni

Le programme

Par Amour

Airs, mélodie et scènes extraits d’opéras d’Alfano, Catalani, Gounod, Massenet, Verdi, Puccini, Tomasi.

1 CD Alpha-Classics

Superbe album qui confirme le très grand talent d’une des meilleures représentantes actuelles du chant français.

Dans le cas d’un premier récital discographique, on parle souvent de disque « carte de visite » présentant un aperçu général d’airs souvent bien (trop !) connus, destinés à faire la promotion de l’artiste auprès des circuits autorisés. Comme on est bien loin de cela avec Par Amour, album à thème de Vannina Santoni, l’une des artistes incontournables du paysage lyrique actuel… et française qui plus est !

Déjà, parce que la soprano lyrique aux origines russo-corses compte, depuis déjà quelque quinze années de carrière, une trentaine de premiers rôles à son actif et se produit sur les plus grandes scènes européennes ; ensuite, parce que le programme qu’elle nous présente, accompagnée par l’orchestre national de Lille dirigé par Jean-Marie Zeitouni, fait preuve des plus belles audaces musicales et s’inscrit dans un véritable projet artistique qu’il convient de saluer avec enthousiasme.

On pourrait se dire que la thématique amoureuse, dans le domaine de l’Opéra, au disque, est tout de même passablement fréquentée par les grandes dames de l’art lyrique ? L’auteur de ces lignes en est peut-être le premier surpris mais, dès les premières minutes d’écoute, force est de reconnaître que la captatio benevolentiae que Vannina Santoni parvient à instaurer auprès de l’auditeur est du plus grand intérêt : amorçant son programme par l’une des scènes les plus dramatiques de la Giovane Scuola, extraite du Risurrezione d’Alfano, l’air de Katiusha, attendant avec anxiété, sur le quai d’une petite gare russe, l’homme qu’elle aime, nous donne un premier exemple de l’impact d’une voix qui, bien que foncièrement lyrique, sait mettre toutes les forces de son ambitus vocal au service de la vérité dramatique. Certes, à ce stade de la carrière, ce serait sans doute prématuré d’aborder ce type d’emploi sur scène, mais bien encadrée ici par un chef aux petits soins, c’est tout de même diablement efficace ! C’est la même impression que nous laisse l’écoute du célébrissime « Ebben ? Ne andrò lontana » de La Wally, même si, avouons-le, nous sommes personnellement ici moins saisis par l’air en soi – magnifique mais sans doute trop entendu ? – que par la palette de nuances insoupçonnées et ce soffio que la soprano arrive à y faire passer, performance que l’on retrouvera dès les premières phrases d’« O mio babbino caro » (Gianni Schicchi) chanté comme une authentique berceuse, à fleur de lèvres, avec un art consommé de la mezza voce dont on ne se souvient pas d’avoir entendu l’équivalent. On est, enfin, personnellement heureux d’entendre une nouvelle gravure de l’air d’Anna « Se come voi piccina io fossi », extrait du premier opéra de Puccini, Le Villi : Vannina Santoni y déploie une ligne de chant adamantine qui ne laisse planer aucun doute sur l’authentique puccinienne qu’elle est et sera encore dans ses futurs emplois.

Ce qui frappe d’emblée à l’écoute de la plupart des extraits réunis, c’est cette qualité de sincérité dans l’accent et une couleur de voix dont l’identité est rapidement reconnaissable : dans l’Air du saule puis l’Ave Maria de Desdemona (Otello), on retrouve cette intelligence de l’approche d’une scène qui réclame de l’interprète de pouvoir exprimer tous les degrés du sentiment de la mort qu’elle ressent prochaine. Particulièrement soutenue dans cette entreprise par le mezzo velouté de l’Emilia d’Albane Carrère, l’artiste côtoie ici les étoiles et nous émeut avec simplicité.

La partie française du récital est peut-être la plus passionnante : ici, Vannina Santoni joint à la richesse de la voix, une vision personnalisée du texte : passons sur la colorature de l’air d’entrée de Juliette (« Ah ! je veux vivre ») qui ne nous a pas totalement séduit pour insister davantage sur l’authentique tableau réaliste que peint devant nous la chanteuse dès les premières notes de son « Adieu, notre petite table » (Manon), petit bijou d’interprétation nostalgique. C’est pourtant, un instant auparavant, d’une voix glorieuse que notre soprano aborde le récitatif du même air, « Allons, il le faut », sans jamais perdre de vue le sens du texte : la phrase « Je ne suis que faiblesse et que fragilité » est ainsi admirablement ponctuée.

Avec un orchestre national de Lille vif argent et la présence luxueuse du ténor Julien Dran, ici particulièrement à son aise, le duo de St Sulpice (Manon) est sans doute l’un des moments les plus excitants d’un programme qui n’en manque pas : c’est là le Massenet que l’on aime, tout de passion et de raffinement dans l’écriture vocale et l’on comprend, avec ce duo, pourquoi cet album ne pouvait s’appeler autrement que « Par amour » ! Enfin, la sensualité provoquante et les nombreuses nuances de désespoir de l’Air du miroir de Thaïs trouvent dans le soyeux, soudain éclatant, de l’organe de Vannina Santoni un écrin idéal.

C’est non sans une certaine émotion que l’on écoute la conceptrice de ce fort bel album prendre congé de l’auditeur avec un hommage à ses origines insulaires corses et au grand Henri Tomasi – qu’il faudrait davantage défendre sur nos scènes – dont elle délivre une bouleversante interprétation d’« O Ciucciarella », berceuse extraite de Six mélodies populaires corses. Même si ce n’était que pour entendre la façon dont, dans ce dernier titre, l’interprète cisèle chaque mot de cette langue si chère à son cœur, ce disque serait à acquérir de toute urgence !

image_printImprimer
Vannina Santoni
0 commentaires 2 FacebookTwitterPinterestEmail
Hervé Casini

Hervé Casini est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques d’Aix-en-Provence, docteur en littérature française à Aix-Marseille Université et Secrétaire Général du Museon Arlaten (Musée d’ethnographie provençale). Collaborateur de diverses revues (Revue Marseille, Opérette-Théâtre Musical, Résonances Lyriques…), il anime un séminaire consacré au « Voyage lyrique à travers l’Europe (XIXe-XXe siècle) à l’Université d’Aix-Marseille et est régulièrement amené à collaborer avec des théâtres et associations lyriques dans le cadre de conférences et colloques.

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Sauvegarder mes informations pour la prochaine fois.

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

post précédent
Le printemps montpelliérain éclot avec Elza van den Heever
prochain post
Tous en Cène à Versailles !

Vous allez aussi aimer...

CD – Carl Maria von Weber, l’esprit du...

3 juin 2026

CD – Adriana González : Rondos for Adriana,...

30 avril 2026

CD – O weh ! La terreur et la beauté

25 avril 2026

CD – Charles Silver ou le charme retrouvé...

24 avril 2026

CD Reines, un opéra imaginaire aux multiples découvertes

24 avril 2026

CD – Romancero (Chœur de chambre Septentrion) : un...

12 avril 2026

CR – Livre : Florian Sempey, De vive...

4 avril 2026

CD – Les mondes de Médée

1 avril 2026

Leonardo García-Alarcón, compositeur en fusion

29 mars 2026

CD – Tout Puccini (ou presque) avec Sondra...

24 mars 2026

Humeurs

  • La colline verte n’a pas fini de rougir —
    L’affaire Friedman et les fantômes de Bayreuth : le festival Wagner bute sur son passé antisémite

    26 juin 2026

En bref

  • Les brèves de juin –

    19 juin 2026
  • Ça s’est passé il ya 200 ans : création de Don Gregorio de Gaetano Donizetti

    11 juin 2026

La vidéo du mois

Édito

  • L’été des festivals : la parenthèse enchantée qu’attendent tous les lyricophiles !

    3 juin 2026

PODCASTS

PREMIÈRE LOGE, l’art lyrique dans un fauteuil · Adriana Gonzàlez & Iñaki Encina Oyón – Mélodies Dussaut & Covatti

Suivez-nous…

Suivez-nous…

Commentaires récents

  • Sabine Teulon Lardic dans La colline verte n’a pas fini de rougir —
    L’affaire Friedman et les fantômes de Bayreuth : le festival Wagner bute sur son passé antisémite
  • Marc Dumont dans Bach (Cantates II : Actus tragicus) à Versailles : le souffle profond de Gardiner
  • Maurice Dinard dans Bach (Cantates II : Actus tragicus) à Versailles : le souffle profond de Gardiner
  • Ngus dans La Vie parisienne au Châtelet, ou la joyeuse basse-cour ! 
  • Stéphane Lelièvre dans Opéra Bastille, La traviata toujours : Pretty Yende retrouve la production de ses débuts dans le rôle de Violetta

Première loge

Facebook Twitter Linkedin Youtube Email Soundcloud

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Login/Register

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Rechercher

Archives

  • Facebook
  • Twitter
  • Youtube
  • Email
Première Loge
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs

A découvrirx

CD – Carl Maria von Weber,...

3 juin 2026

CD – Adriana González : Rondos...

30 avril 2026

CD – O weh ! La terreur et...

25 avril 2026