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CD — Mélodies avec orchestre, volume 2 de Jules Massenet

par Stéphane Lelièvre 24 février 2026
par Stéphane Lelièvre 24 février 2026
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Les artistes

Hélène Guilmette, soprano
Marie-Andrée Lesieur-Bouchard, mezzo-soprano
Julien Henric, ténor
Thomas Dolié, baryton

Orchestre de l’Opéra Normandie Rouen, dir. Pierre Dumoussaud

Le programme

Massenet, mélodies avec orchestre II

Noël païen
Larmes maternelles
Élégies
Sainte Thérèse prie
Entracte Sévillana

Chansons des bois d’Amaranthe

Orpheline
Première danse
La Rivière
Avril est amoureux
la Mer
Chanson pour elle
Départ

Expressions lyriques

Le Petit Jésus
La Nuit

1 CD Palazzetto Bru Zane, 2026

Avec ce second volume des Mélodies avec orchestre de Jules Massenet, le Palazzetto Bru Zane parachève utilement notre connaissance des mélodies du musicien français, un pan de sa production encore trop souvent considéré comme marginal. Massenet en écrivit pourtant près d’une quarantaine, et cet album confirme combien ce corpus est loin d’être anecdotique.

Une veine lyrique très théâtrale

L’intérêt de ce CD est d’abord musical. Il révèle une facette largement méconnue de Massenet dans le domaine de la mélodie, souvent imprégnée d’une esthétique opératique affirmée. Les textes mis en musique par le musicien ne laissent pas toujours une empreinte poétique durable — entre hymnes à la nature assez convenus et effusions religieuses d’un lyrisme attendu. Mais l’inspiration musicale de Massenet transcende généralement cette matière littéraire. Nombre de ces mélodies prennent l’allure de véritables mini-scènes d’opéra, portées par un lyrisme généreux et une grande liberté formelle.
Si certaines pièces adoptent une forme strophique — alternance couplets-refrain comme dans « Noël païen » qui ouvre l’album —, la plupart privilégient des architectures plus libres, riches en larges ariosos expressifs. L’accompagnement orchestral, particulièrement soigné, met en lumière le talent d’orchestrateur du compositeur. Notons également quelques formules particulièrement originales : les voix féminines offrant un écho au chant du ténor dans « Ô ruisseau » ; ou encore la superposition des quatre lignes vocales pour évoquer le souffle du vent dans « Chères fleurs » ; et surtout une alternance voix chantée-déclamation tout à fait originale dans le cycle Expressions lyriques, avec une utilisation extrêmement bien pensée de la voix parlée : tantôt il s’agit d’un véritable dialogue entre les deux types de voix, tantôt la voix parlée prend nettement le dessus sur le chant : ainsi, toute la mélodie « Battements d’ailes » est-elle parlée, la voix chantée n’intervenant que dans la toute dernière strophe pour mieux mettre en lumière la conclusion du discours poétique : « Ah ! laissons-nous bercer par le divin hasard »… Parfois enfin, il s’agit d’un véritable tissage entre chant et déclamation, les deux types de voix étant amenés à alterner au sein même d’une seule et même phrase (« Nocturne »).
Voix parlée et voix chantée gardent cependant toujours chacune leurs caractéristiques propres, sans encore opérer la fusion du Schprechgesang que proposera quelques années plus tard Arnold Schoenberg avec son Pierrot Lunaire. Quoi qu’il en soit, on retrouve ici, appliqué au genre de la mélodie, le goût que Massenet manifeste à l’opéra pour le mélodrame (tel qu’on peut l’entendre, par exemple, dans Manon), soit un texte parlé porté par un accompagnement orchestral.

Une orchestration évocatrice

Massenet use volontiers de la couleur instrumentale pour caractériser le climat poétique. Ainsi, le violoncelle tendre et mélancolique qui introduit l’ « Élégie » chantée par Hélène Guilmette installe immédiatement une atmosphère de confidence douloureuse. Ailleurs, l’orchestre se fait parfois imitatif : dans « Oiseau des bois » (extrait des Chansons des bois d’Amarante), les pizzicati accompagnant les mélismes vocaux suggèrent avec finesse le babillage de l’oiseau. Le compositeur sait également créer des atmosphères contrastées, tour à tour légères — comme dans la « Première danse » du même cycle — ou plus sombres et mystérieuses, notamment dans l’émouvant « Départ ». Le programme inclut aussi deux pièces purement orchestrales bienvenues : l’entracte hispanisant de César de Bazan, ainsi qu’une adaptation pour cor et orchestre du douzième lied du Schwanengesang (« Am Meer ») de Franz Schubert. À la tête de l’Orchestre de l’Opéra Normandie Rouen, on peut compter sur Pierre Dumoussaud pour distiller avec élégance toute  la poésie que recèle l’orchestre massenetien.

Un plateau vocal de qualité

Le Palazzetto Bru Zane a réuni pour ce projet quatre des meilleurs représentants de la jeune école de chant française : Hélène Guilmette, Marie-Andrée Bouchard-Lesieur, Julien Henric et Thomas Dolié. Tous se montrent à la hauteur de la tâche, faisant entendre un chant élégant et une diction soignée.

Les premières plages du CD ne mettent toutefois pas idéalement les voix en valeur. Dans le « Noël » chanté par Julien Henric, l’aigu paraît légèrement tendu – une réserve qui vaut aussi pour la première intervention d’Hélène Guilmette (« Élégie »). D’une manière générale, on a le sentiment que les micros ont du mal à apprivoiser les deux voix féminines, qui, au concert ou à l’opéra, font entendre un moelleux faisant ici parfois défaut. Hélène Guilmette séduit cependant dans « La rivière », où ses mélismes vocaux épousent avec grâce le mouvement ondoyant du cours d’eau. Marie-Andrée Bouchard-Lesieur, quant à elle, fait valoir son timbre si personnel, profond, chaud, présentant parfois certaines rugosités bienvenues à la « Rita Gorr ». Julien Henric se distingue tout particulièrement dans les mélodies pleines de fantaisie, de poésie ou de légèreté qui lui échoient (« Première danse », « Chanson pour elle »). Thomas Dolié, enfin, est à son mieux dans les pages empreintes de retenue, où sa ligne de chant, délicate et poétique, portée par une diction claire et élégante, font merveille.

Un album qui vient très opportunément enrichir notre connaissance de la mélodie française en général, et de l’art de Massenet en particulier.

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Thomas DoliéHélène GuilmetteMarie-Andrée Bouchard-LesieurJulien HenricPierre Dumoussaud
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Stéphane Lelièvre

Stéphane Lelièvre est maître de conférences en littérature comparée, responsable de l’équipe « Littérature et Musique » du Centre de Recherche en Littérature Comparée de la Faculté des Lettres de Sorbonne-Université. Il a publié plusieurs ouvrages et articles dans des revues comparatistes ou musicologiques et collabore fréquemment avec divers opéras pour la rédaction de programmes de salle (Opéra national de Paris, Opéra-Comique, Opéra national du Rhin,...) Il est co-fondateur et rédacteur en chef de Première Loge.

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