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CD – THEODORA : la martyre est un plat qui se mange froid

par Laurent Bury 19 novembre 2022
par Laurent Bury 19 novembre 2022
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Les artistes

Theodora : Lisette Oropesa
Irene : Joyce DiDonato
Didymus : Paul-Antoine Bénos-Djian
Septimius : Michael Spyres
Valens : John Chest
Un messager : Massimo Lombardi

Il Pomo d’Oro, dir. Maxim Emelyanychev

 

Le programme

George Frideric Haendel, Theodora

Oratorio en trois parties
3 CD Erato, 179’18, parution octobre 2022

En novembre 2021, une foule de mélomanes se pressait au Théâtre des Champs-Elysées pour assister à un concert qui promettait d’être l’un des événements de la saison (et qui avait été donné quelques jours auparavant à la Scala de Milan). Alors que la Theodora de Haendel, oratorio dont Peter Sellars avait révélé le potentiel dramatique dans la production inoubliable qu’il conçut pour Glyndebourne en 1996, venait de connaître une mise en scène dans cette même salle en 2015, l’œuvre était déjà de retour, en version de concert, mais pas n’importe quel concert. Étaient rassemblés pour l’occasion quelques-uns des meilleurs chanteurs du moment, baroqueux confirmés ou stars de la scène lyrique, soutenus par une des formations orchestrales les plus dynamiques dans ce répertoire. Un peu moins d’un an après, arrive dans les bacs des disquaires l’enregistrement réalisé quelques jours plus tard, au cours de la tournée internationale organisée pour cette Theodora au cast étoilé : très précisément, c’est à Essen, du 26 au 29 novembre qu’ont été réalisées les prises débouchant sur le coffret de trois disques que fait paraître Erato. De manière générale, l’impression ressentie à Paris n’est pas ici sensiblement modifiée, même si l’on peut regretter que l’on ait au passage perdu la ferveur du live, mais le studio permet bien sûr une plus grande perfection sonore.

La qualité de prise de son profite tout d’abord à l’orchestre, Il Pomo d’Oro apparaissant ici sous son meilleur jour, conduit par un Maxim Emelyanychev inspiré, un peu revenu de la fougue parfois excessive qu’il déployait en concert. Moins malmené, le chœur semble plus à l’aise et réussit parfaitement l’alternance de paillardise et de sainteté qui doit caractériser ses interventions, puisqu’il incarne tour à tour les païens célébrant la fête de Vénus et les chrétiens persécutés.

Quant aux solistes, ils restent tels qu’ils étaient au TCE. Un peu inattendue dans le rôle-titre, car même si elle sera Alcina début novembre à Londres, ce n’est pas dans les opéras de Haendel qu’elle s’est le plus fait connaître, Lisette Oropesa est bien la chrétienne de haute naissance dont parle le livret : on entend ici la noble dame, la princesse vierge, mais la martyre paraît bien froide, peut-être parce que cette musique nécessite, contrairement à celle d’autres siècles, un supplément d’âme que la soprano n’y met pas tout à fait. Sa compatriote Joyce DiDonato, à l’inverse, est toujours l’Irene stupéfiante qu’avait applaudie le public parisien il y a un an : impérieuse quand il le faut (« Bane of virtue »), mais ô combien émue et émouvante dans la plupart des airs que le compositeur a réservés à ce personnage, avec notamment une invraisemblable cadence d’une minute, presque en forme d’improvisation jazzy, sur « We sing », dans l’air qui ouvre la troisième partie, « Lord to thee each night and day ». Sur les mêmes sommets se situe Paul-Antoine Bénos-Djian, qui bénéficie enfin d’un rôle de premier plan, le pudique Didymus lui allant comme un gant, entre autres lors des deux duos qui lui permettent d’unir sa voix à celle de Theodora. Michael Spyres n’a cette fois pas à émettre ces suraigus qu’exige de lui la musique du XIXe siècle, mais il trouve à déployer sa maîtrise de la vocalisation rapide. Grâce à la beauté de son timbre, John Chest évite de faire de Valens une caricature de méchant, l’un des artistes du chœur complétant cette distribution dans le petit rôle du messager.

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Paul-Antoine Bénos-DjianMaxim EmelyanychevJohn ChestIl Pomo d’OroJoyce DiDonatoLisette OropesaMichael Spyres
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Laurent Bury

Une fois hors d'un charnier natal assez septentrional, Laurent Bury a longtemps habité sous les vastes portiques du 123, rue Saint-Jacques, du 45, rue d'Ulm et du 1, rue Victor Cousin (et même ensuite du 86, rue Pasteur, 60007). Longtemps, il s'est couché de bonne heure aussitôt après les spectacles que, de 2011 à 2020, il allait voir pour un autre site opératique. Papillon inconstant, farfallone amoroso, il vole désormais entre divers sites, et a même parfois l'honneur de prêter sa plume aux volumes de L'Avant-Scène Opéra.

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