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LES TROIS DRAN, ténors de (grand-)père en (petit-)fils !

par Stéphane Lelièvre 9 avril 2021
par Stéphane Lelièvre 9 avril 2021
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Les fratries d’artistes, de musiciens, ou même de chanteurs, ne sont pas si rares. La famille Garcia en est l’un des exemples les plus célèbres de l’Histoire du chant, avec le père, Manuel, qui fut l’un des tout premiers ténors de son temps, et qui eut pour filles Marie Malibran et Pauline Viardot. Plus près de nous, rappelons que Gino est le fils de Louis Quilico, que la cheffe et contralto Nathalie Stutzmann est la fille de la talentueuse soprano Christiane Stutzmann, ou que le jeune baryton Huw Montague Rendall, récemment applaudi en Comte des Noces à Nancy ou en Pelléas à Rouen, est le fils de David Rendall et de Diane Montague. Mais que le don du chant se transmette sur trois générations, et à chaque fois dans la même tessiture, voilà qui n’est pas banal…

C’est pourtant ce qui singularise la famille Dran, où l’on est ténor… de (grand)-père en (petit)-fils !

ANDRÉ DRAN, tout d’abord (1924-2014). Ce ténor est notamment resté célèbre pour les trois excellentes intégrales Offenbach gravées sous la direction de René Leibowitz : La Belle Hélène et Orphée aux enfers, enregistrés en 1952 pour Nixa, dans lesquelles il laisse des incarnations de Pâris et Aristée/Pluton idéales de style et d’humour. Sa tyrolienne de La Belle Hélène reste à ce jour l’une des meilleures jamais gravées ! Six ans plus tard, c’est le Fritz de La Grande-Duchesse qu’il grave pour Urania, toujours sous la direction de Leibowitz, aux côtés d’Eugenia Zareska en Dorothée de Gérolstein. S’il s’illustra beaucoup dans le répertoire léger (il chanta entre autres Pomponnet dans La Fille de Madame Angot, Antonin dans Ciboulette, Alfred dans La Chauve-Souris ou encore le role-titre du Comte de Luxembourg), André Dran interpréta également avec bonheur le répertoire d’opéra ou d’opéra-comique. Il remporta notamment de grands succès en Nadir, Pinkerton ou encore Fra Diavolo.

Orphée aux Enfers, "Moi, je suis Aristée..."
La Belle Hélène, "Et tout d'abord, ô vile multitude"
L'intégrale de La Grande-Duchesse de Gérolstein sous la direction de René Leibowitz

De l’union d’André Dran avec la soprano Monique de Pondeau naquit le ténor THIERRY DRAN, qui mena lui aussi une très belle carrière : après quatre années passées à l’école de chant de l’Opéra de Paris dans la classe de Michel Sénéchal, Thierry Dran se produisit sur les principales scènes de France, mais sa carrière le conduisit également sur les grandes scènes internationales, telles l’Opéra de Paris, l’Opéra de Lyon, le Festival de Glyndebourne ; il se produisit également entre autres à New York, Amsterdam, Genève, ou encore au festival de Parry Sound au Canada.

Il fut parfois amené à interpréter certains rôles qu’avaient tenus son père :  Jean du Jongleur de Notre-Dame, Pâris, mais aussi Aristée et Pluton d’Orphée aux Enfers qu’il interpréta en 1982 dans un très beau concert à Radio France aux côtés de Pierrette Delange (Eurydice), Jean Brun (Jupiter) et du regretté Tibère Raffalli (Orphée), puis en 1988 au Palais Garnier dans la mise en scène de Martinoty. Il fut également un excellent Fenton de Falstaff, Mazel du Voyage de M. Broucek, Lindoro de L’Italienne à Alger, Ramiro de La Cenerentola, Ottavio de Don Giovanni. Mais c’est sa maîtrise du style français qui lui valut peut-être ses plus grands succès (Vincent de Mireille, le rôle-titre de Fortunio de Messager, Nadir des Pêcheurs de perles, Bénédict de Béatrice et Bénédict,…)

De l’ensemble de sa discographie (Roméo et Juliette, Les Contes d’Hoffmann, Padmavati, Fra Diavolo,…), c’est sans doute son enregistrement du rôle-titre de Fortunio sous la direction de Gardiner qui est le plus célèbre.

Fortunio, "Si vous croyez que je vais dire.."
Fra Diavolo "Pour toujours, disait-elle"
L'Italienne à Alger, "Languir per una bella"
Tonio dans La Fille du Régiment à l'Opéra d'Avignon (janvier 2020)

JULIEN DRAN, enfin, fils de Thierry, mène actuellement la carrière que l’on sait, et nous avons déjà eu plusieurs fois l’occasion de dire tout le bien que nous pensions de cette voix claire, à la fois vaillante et tendre, à l’aigu facile (les neuf contre-ut du Tonio de La Fille du Régiment ne lui font pas peur !) et de ce chant souple, stylé et  porté par un très appréciable sens des nuances ; une voix et un chant adaptés aussi bien au répertoire italien qu’au répertoire français (il vient d’être un formidable Georges Brown de La Dame blanche), et qu’on a pu applaudir à l’opéra comme en récital.
Lauréat du Concours Gayarr à Pampelune en Espagne (placé sous la présidence de Teresa Berganza), Julien Dran a déjà interprété, entre autres rôles, ceux de Ferrando et Tamino, Fra Diavolo,  Fenton, Lindoro (L’Italienne à Alger), Nadir, Bénédict (Béatrice et Bénédict), Antinoüs (Pénélope), Edgardo (Lucia di Lammermoor) Alfredo (La Traviata) ou encore Tonio (La Fille du régiment).  

Il s’est produit sur les principales scènes françaises (et notamment à l’Opéra de Paris), mais aussi au Theater an der Wien ou encore à l’Opéra de Fribourg et à La Monnaie de Bruxelles.

Nadir en récital à Vichy (2020)
Tonio à Montpellier (2018)

André, Thierry, Julien : trois époques, trois ténors, mais à chaque fois un même amour de la voix, de la diction, et du beau chant !

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Julien DranThierry Dran
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Stéphane Lelièvre

Stéphane Lelièvre est maître de conférences en littérature comparée, responsable de l’équipe « Littérature et Musique » du Centre de Recherche en Littérature Comparée de la Faculté des Lettres de Sorbonne-Université. Il a publié plusieurs ouvrages et articles dans des revues comparatistes ou musicologiques et collabore fréquemment avec divers opéras pour la rédaction de programmes de salle (Opéra national de Paris, Opéra-Comique, Opéra national du Rhin,...) Il est co-fondateur et rédacteur en chef de Première Loge.

2 commentaires

Vincent DESPORT 8 juillet 2021 - 20 h 12 min

Pour compléter, j’ajouterai que Julien est également le fils de l’excellente soprano Martine March et qu’il tient autant si ce n’est plus d’elle. Concernant l’air de Nadir qu’il interprète magnifiquement, c’était à l’opéra de Vichy et non de Limoges 😉

Répondre
Stéphane Lelièvre 8 juillet 2021 - 20 h 59 min

Merci pour ces précisions ! Le compte rendu du récital de Vichy avec Jérôme Boutillier se trouve ici

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