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Monte Carlo : Aïda… de nos aïeux !

par Hervé Casini 24 novembre 2025
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© OMC-Marco Borrelli

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Aïda, Opéra de Monte Carlo, jeudi 20 novembre 2025

Dans une production voulant évoquer les premiers péplums hollywoodiens du silent movie des Années folles, les personnalités vocales d’Aleksandra Kurzak et de Ludovic Tézier nous renvoient aux plus grands souvenirs du chant verdien.

Mise en espace avec costumes, vidéos et lumières… plus que véritable mise en scène

On connaît le péché mignon du metteur en scène italien Davide Livermore à donner aux technologies nouvelles, et au mapping video en particulier, une importance démesurée en regard d’un véritable projet de mise en scène qui laisserait le dernier mot au jeu entre les personnages. De fait, nous nous prenons à réécrire ici ce que nous avions déjà observé dans ces colonnes pour le Don Carlo d’ouverture, in loco, de la saison 2023 : si la partition et le livret sont respectés – à l’exception de l’apparition de guerriers éthiopiens, fidèles à leur roi emprisonné, qui s’invitent, à l’acte III, lors du duo Aïda/Amonasro, dans un moment pourtant d’intimisme dramatique – la mise en scène ne parvient pas à délivrer une proposition scénique originale et se contente, le plus souvent, de laisser les interprètes se mouvoir entre cour et jardin, Livermore donnant à ses fréquents complices, le studio Giò Forma pour les décors, Antonio Castro pour les lumières, Gianluca Falaschi pour les costumes et D-Wok pour la vidéo, le soin d’en mettre plein les yeux aux spectateurs. Mais que l’on ne se méprenne pas sur le sens de notre propos : la recherche de nouveaux publics, friands de technologies nouvelles, est aujourd’hui, dans le monde du spectacle lyrique, une impérieuse nécessité qui peut rechercher la création d’ambiances visuelles ponctuant voire approfondissant le propos du livret de l’ouvrage. À la condition expresse que le dispositif scénique, si ingénieux soit-il, débouche sur quelque chose de plus concret dans le jeu des personnages.

Dans une Égypte qui voudrait rappeler les superproductions hollywoodiennes des premiers temps du cinéma américain et la caméra d’un Cecil B. DeMille, on retiendra surtout un décor qui a la judicieuse idée d’habiller la cage de scène de murs de style Art déco, aux brisures évoquant, pour nous, l’architecture d’intérieurs filmés par la RKO ou encore la scène d’un théâtre de Broadway, tel que celui où apparaît King Kong, enchaîné, dans la version mythique de 1933. On trouve moins heureux certains des costumes fleurant bon les représentations d’opéra du temps jadis et qui, pour ne prendre que deux exemples, affublent le malheureux Radamès, maquillé comme Rudolph Valentino dans Le fils du Cheik, d’un casque doré qui reste rivé sur sa tête pendant la majeure partie du spectacle, et semblent confondre la princesse Amnéris avec une meneuse de revue des Ziegfeld Follies.

De même, l’omniprésence des danseuses – non seulement dans les deux intermèdes musicaux et dans le ballet mais également au début du troisième acte, devant le temple d’Isis, où leur présence n’est guère indispensable – finit par devenir trop répétitive malgré, initialement, une intéressante vision chorégraphique de Carlo Massari, en hommage à la gestuelle surannée du cinéma muet.

Un souffle verdien qui tarde à venir…

Malgré nos réserves sur cette production, c’est la musique de Verdi qui aurait légitimement dû rétablir le juste équilibre et emporter, au final, la partie : or, là encore, nous restons au milieu du gué. Si le chef italien Massimo Zanetti, habitué de la scène monégasque où il a déjà dirigé Il Corsaro et Don Carlo, sait faire ressortir toutes les moirures de l’une des partitions les plus fascinantes de Verdi, donnant l’occasion aux divers pupitres de l’orchestre philharmonique de Monte-Carlo de rivaliser en nuances et en effets sonores, c’est davantage dans les scènes d’intimisme – et donc, plutôt à partir de l’acte III – que le maestro parvient à trouver une originalité dans son discours musical : il faut dire qu’à partir de ce moment-là, la partition met les chanteurs au premier plan et laisse loin derrière tout décorum intempestif !

Dans la première partie de la soirée, le souffle verdien, c’est davantage du côté du chœur de l’Opéra de Monte-Carlo qu’il faut aller le rechercher : en effet, avec l’annonce du départ de Radamès pour la guerre puis avec l’ensemble du temple de Ptah et, enfin, avec la scène du triomphe à l’acte II, nous sommes dans le Graal de toute grande formation chorale professionnelle, ce que la direction attentive et amoureuse de Stefano Visconti pour cette musique sait magnifier mieux que personne.

Si l’on ne s’attardera guère sur les interprètes de la prêtresse (Galia Bakalov) et du Roi (Antonio di Matteo), on est heureux d’entendre à nouveau Vincenzo di Nocera porter vaillamment le message de l’entrée des troupes éthiopiennes en Egypte : la voix est parfaitement projetée et fait plaisir à l’oreille ! On est également toujours heureux de retrouver sur nos scènes Erwin Schrott, même dans un rôle peu gratifiant comme celui de Ramfis, dans laquelle sa belle voix ne trouve pas totalement, ce soir, matière à se développer.

Plus problématique, lors de la représentation à laquelle nous avons assisté, se révèle être la voix d’Arsen Soghomonyan. Particulièrement convaincant dans l’Otello d’Aix-en-Provence, en 2023, le ténor arménien semble ici en difficulté dès un « Celeste Aïda » poussif et à l’absence de demi-teintes. Ni au triomphe ni, surtout, dans le duo de l’acte du Nil, « Pur ti riveggo », puis lors du dramatique affrontement avec Amnéris, à l’acte IV, Arsen Soghomonyan ne parvient à remporter la mise. Dans le duo final, cependant, allongé par terre où la projection de sa voix, au bronze naturel séduisant, passe curieusement enfin la rampe, le chanteur se libère soudain et délivre de belles nuances, chauffé à blanc sans doute par l’envoûtement vocal de sa partenaire.

Pour sa prise de rôle en Amnéris, Marie-Nicole Lemieux se jette dans le chaudron vocal de l’un des rôles les plus éprouvants de grand mezzo verdien. Nous ne ressortons pas totalement convaincu de l’adéquation de cette grande artiste avec le personnage. Certes, la mise en scène ne l’aide guère mais, au-delà, Amnéris nécessite un ambitus vocal de grand Falcon et requiert une force de frappe dans le duo avec Aïda, à l’acte II, et, bien évidemment, dans le duo avec Radamès puis la scène du jugement, au dernier acte, qui, malgré tout l’engagement et l’art du chant dont sait faire preuve la chanteuse, semblent le plus souvent hors de portée.

Comme nous l’écrivions précédemment, c’est véritablement avec l’acte du Nil que Verdi reprend totalement ses droits, et un spectateur ne s’y est d’ailleurs pas trompé, en lançant un sonore « Finalmente, Verdi ! » à la fin du duo Amonasro/Aïda. Il est vrai que Ludovic Tézier, venu remplacer son collègue Artur Ruciński, continue avec cette soirée sur la lancée de son Renato dans Un Ballo in maschera, entendu à Naples il y a quelques semaines : arrogance impérieuse de l’accent, largeur de l’ambitus et palette de couleurs font de cet Amonasro guerrier – que, singulièrement, nous entendions sur scène pour la première fois – un portrait verdien de grande facture, à ajouter à la galerie de ceux dans lequel nous aimons à entendre cet artiste si attachant.

A ces côtés, et dans le même état de fièvre verdienne, Aleksandra Kurzak (qui venait tout juste de triompher à l’Opéra Bastille dans le même rôle) est une princesse éthiopienne racée qui trouve ses meilleurs moments dans un air du Nil, « Qui, Radames verrà », de grande école, faisant irrésistiblement songer, par cette volonté de chanter « bel canto », à ce que dégageait dans ce même emploi l’émouvante Maria Chiara… Ainsi, nous entendons, ce soir, chez Aleksandra Kurzak, non seulement un contre-ut filé, et tenu, à faire pâlir d’envie beaucoup de ses consœurs mais également tout un nuancier vocal qui permet d’être ému – chose peu fréquente dans cette production ! – par une inflexion vocale ou par un chant qui sait se faire à fleur de lèvres. À réentendre absolument.

Applaudissements clairsemés à la fin par une salle qui parait souvent peu concernée par le propos de l’ouvrage, pourtant toujours largement d’actualité, quand elle ne quitte pas la salle… après la scène du triomphe. Dommage, surtout quand le meilleur reste à venir !

Les artistes

Aïda  : Aleksandra Kurzak
Amnéris: Marie-Nicole Lemieux
La prêtresse : Galia Bakalov
Radamès : Arsen Soghomonyan
Amonasro : Ludovic Tézier
Ramfis : Erwin Schrott
Le Roi : Antonio di Matteo
Le messager : Vincenzo di Nocera

Orchestre philharmonique de Monte-Carlo, dir. Massimo Zanetti
Chœurs de l’Opéra de Monte-Carlo, dir. Stefano Visconti
Mise en scène : Davide Livermore
Décors : Giò Forma
Costumes : Gianluca Falaschi
Lumières : Antonio Castro
Vidéos : D-Wok
Chorégraphie : Carlo Massari

Le programme

Aïda

Opéra en 4 actes de Giuseppe Verdi, livret d’Antonio Ghislanzoni d’après François Auguste Mariette et Camille Du Locle, créé à l’Opéra khédival du Caire le 24 décembre 1871.
Opéra de Monte Carlo, représentation du jeudi 20 novembre 2025.

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Ludovic TézierMarie-Nicole LemieuxAleksandra KurzakDavide LivermoreArsen SoghomonyanMassimo Zanetti
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Hervé Casini

Hervé Casini est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques d’Aix-en-Provence, docteur en littérature française à Aix-Marseille Université et Secrétaire Général du Museon Arlaten (Musée d’ethnographie provençale). Collaborateur de diverses revues (Revue Marseille, Opérette-Théâtre Musical, Résonances Lyriques…), il anime un séminaire consacré au « Voyage lyrique à travers l’Europe (XIXe-XXe siècle) à l’Université d’Aix-Marseille et est régulièrement amené à collaborer avec des théâtres et associations lyriques dans le cadre de conférences et colloques.

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